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Cent pour cent d’impo...sture !

vendredi 21 décembre 2012, par Sausausau

Il est des fourberies auxquelles même Scapin n’aurait pas pensé. Il est des bouffonneries auxquelles le plus servile des pitres ne se prêterait pas. Il est des manoeuvres tellement grossières que l’on se demande quel public d’attardés elles visent à tromper, il est des leurres auxquels la plus affamée des carpes ne se laisserait pas prendre. Ceux qui s’y livreraient, pourraient postuler au titre du plus piètre des margoulins et l’on pourrait penser que les candidats ne se seront pas légion. Détrompez vous, aux âmes avides, la bassesse n’attend pas d’être sollicitée. Ils se bousculent pour prendre le rôle. C’est à celui qui y mettra le plus d’outrance, qui aura l’air le plus convaincu, celui qui n’hésitera pas à ponctuer son discours d’une larme affligée, celui qui avec l’air le plus innocent du monde défendra l’injustice faite aux riches en France depuis l’élection de Hollande.
Commentant l’exil fiscal de Depardieu, le choeur médiatique des animateurs télé reprend à l’unisson la complainte du riche contribuable que l’on dépouille et que l’on prive des fruits de son labeur. Craignant pour leur fortune faite ou à venir, ils s’apitoient avec compassion à son sort si peu enviable. Demandant au dernier venu son avis sur la question, au moyen de questions fermées du genre : " 75 % c’est beaucoup n’est-ce pas ?" ou bien "N’est-ce pas légitime de vouloir préserver ses gains ?" ou encore "Ne fallait-il pas s’y attendre à cet exode fiscal, somme toute logique ?" ils proposent ainsi aux téléspectateurs une consécration de notre décadence morale, une banalisation de nos bas instincts et le triomphe de l’argent en tant que fin ultime. Pas d’interrogation sinon en creux sur l’égoïsme, sur la solidarité, sur la pauvreté, sur l’inégalité.
Le stratagème est connu, plus l’infamie est grande, plus la duperie est mesquine, et plus le public honnête peut-être trompé. Qui pourrait en vouloir à ceux, qui bien loin d’être envieux, en toute indépendance d’esprit, sans aucune arrière pensée, par pure charité, prennent la défense de leurs concitoyens contre un fisc toujours plus avide, prêt à nous défaire de nos moindres économies, prêt à dénicher le moindre de nos pactoles jusqu’à sous notre couche. Sans doute faut-il y discerner l’hostilité atavique du bon peuple contre les fermiers généraux du roi qui à l’époque les dépouillaient du moindre écu. Peut-être aussi a-t-il intégré comme une évidence naturelle le bon peuple, qu’en ce temps là les nobles étaient exonérés d’impôts, profitant ainsi des premières niches fiscales . Toujours est-il qu’obéissant au fameux adage : il vaut mieux vaut prendre à de nombreux pauvres sans moyens de tricher qu’à quelques riches prêts à toutes les combines pour préserver leur magôt, le fisc n’a que très rarement dérogé à la règle. Qu’il s’y essaie et c’est le tollé général. C’est à qui sortira le plus vite sa calculette pour faire dire aux chiffres des réalités qu’ils ne contiennent pas. Quatre vingt cinq pour cent s’offusque-t-ils reprenant en coeur les chiffres donnés par Depardieu. Il faut savoir raison gardée ! Personne n’accepterait de travailler une heure pour lui et sept heures pour le fisc. Dis comme cela effectivement même un marxiste pourrait s’insurger ; et la vérité dans tout cela ?
85 % alors que la tranche d’imposition la plus haute est à 75% comment diable est-ce possible ? La solution s’impose au plus cancre des collégiens : la division par zéro tendant vers l’infini, il suffit de déclarer le moins de revenus possibles - comme Mme Bettancourt, qui ne paye des impôts que sur son argent de poche - et là, par le jeu de l’imposition du patrimoine, l’impôt que vous aurez à payer peut, en pourcentage, atteindre des sommets. Vous pouvez alors sortir vos plus beaux mouchoirs et pleurer sans vergogne sur le triste sort que réserve la France aux plus fortunés d’entre-nous, pestant contre cet état socialiste qui sanctionne la réussite, le talent et l’audace.
Mais ne comptez pas sur eux pour se satisfaire de cette seule approximation.
Ces malheureux travaillent, nous assure-t-on, plus des trois quarts du temps pour l’état. Pas de RTT pour eux, s’ils veulent pouvoir faire face à l’appétit sans limite du fisc, et espérer pouvoir boucler le mois, il faut qu’ils bossent eux. Et là encore votre sang ne fait qu’un tour ! Comment voulez vous ma brave dame, encourager les jeunes à entreprendre si c’est pour finir en pigeons plumés !
En premier lieu, levons une approximation sémantique. Le mot travail amalgame dans un vocable fourre tout, des contenus totalement différents. Rien de commun en effet entre l’activité de : ministre, député, PDG, petit chef d’entreprise, ingénieur, artisan, chanteur ou comédien à succès, maçon, boucher, OS sur une chaine, cantonniers, éboueurs, femme de ménage, j’en passe et des moins drôles. Ni en terme de fatigue, ni d’intérêt, et encore moins en terme de rémunération. Pourtant dans un raccourci dont ils ne sont même pas dupes, les plus privilégiés n’hésitent pas à se décrire comme des "bourreaux de travail" et à expliquer leur réussite par un "travail acharné", et d’affirmer qu’ils sont eux aussi à 35 heures mais sur deux jours . Les mêmes dont la place est tellement bonne qu’ils se battent pour la conserver au delà d’un âge raisonnable, espèrent nous convaincre qu’il est normal d’éviscérer des poulets, à une cadence infernale et dans un froid glacial jusqu’à 65 ans. On voit bien que le terme travail est devenu inopérant pour décrire des conditions sociales éminemment différentes. Ce raccourci tend à faire percevoir le labeur comme une égalité sociologique auquel tout le monde, du manoeuvre au président serait soumis. Il dissimule une réalité tout autre. La définition de certaines fonctions et charges, gagnerait en clarté en abandonnant la notion de peine contenue dans le mot travail, pour revendiquer ce qu’elles sont : une sinécure.
Ceci dit, entendons nous bien, il ne faut pas confondre revenus et travail. Pour nous l’amalgame est naturel, si tu ne bosse pas, pas d’argent ou si peu, nos revenus sont strictement proportionnels à notre temps de travail. Pour certains, et surtout pour les plus riches, leur revenu est sans lien avec leur temps de "travail", il peut varier en fonction de leur talent ou de celui de leur conseiller fiscal, de leur ingéniosité à détruire leurs concurrents, du rendement de leurs placements, du montant de leur héritage, de leur faculté à spéculer, de leur avidité, de leur sens plus ou moins aigu de la justice, du nombre de salarié qu’ils exploitent - heu pardon... déformation idéologique - qu’ils emploient , de ce qu’ils considèrent comme leur juste part dans le partage des fruits de l’entreprise, autant de chose qui n’ont rien à voir ou si peu avec leur ardeur au travail et encore moins avec le temps qu’ils y consacrent.
Et quand bien même, en cherchant bien vous trouveriez des riches dont les revenus dépendent du temps qu’ils vouent à leurs affaires. Vous n’en feriez pas vous, des heures supplémentaires qui rapportent autant ?

Stop ! Fini la facétie, un peu de dignité tout de même ! A l’heure où les pauvres sont de plus en plus nombreux, où les dindons de la crise sont encore et toujours les plus mal lotis, où on détricote chaque jour un peu plus la protection sociale pour satisfaire le marché, certains voudraient nous émouvoir avec l’agacement d’une bande d’égoïstes qui non contents de s’être amplement servis sur la richesse produite par l’ensemble des français, rechignent sans vergogne et avec un aplomb honteux, à contribuer à la solidarité nationale.
Allez donc Messieurs les nantis, ne vous privez pas, enrichissez vous, puisez encore et encore dans la richesse commune, accumulez puisque tel est l’alpha du système économique que vous nous imposez. De votre voracité dépend, affirmez-vous, le sort des plus pauvres qui pourront toujours profiter du ruissellement de ce que vous n’avez pas pu capter, mais de grâce cessez de vous poser en victime d’un système dont vous n’êtes que les usuriers.
Et vous qui êtes si prompts à vous émouvoir, ressortez votre calculette et dites nous combien il reste d’un SMIC quand on en a ôté le montant du loyer, des factures, des achats alimentaires et des vêtements.
Combien dites-vous ? Rien du tout, il en manque ?
Finalement, il est des bouffonneries indignes qui passent mal en cette période et
l’esprit de Noël s’en trouve décidément bien malmené.

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