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Croyances, opinions, convictions, certitudes, faites le tri !

mercredi 16 janvier 2013, par Sausausau


La pensée unique, la bien-pensance, le prêt à penser. Certains mots sont couramment associés à la pensée des autres, visant à la qualifier ou parfois à la dénigrer. On s’interroge moins souvent sur l’origine de nos propres pensés, convaincus que nous sommes de notre totale liberté en la matière.
Il y aurait une pensée autonome, bien souvent la nôtre, et une pensée moutonnière, celle d’autrui, qui serait influencée par différents agents extérieurs de façon plus ou moins consciente.
Cette démarcation est-elle aussi nette que cela ? N’est-elle pas caricaturale ?
Il est certes rassurant de croire que nos actions sont le résultat de la délibération autonome de notre esprit. Pourtant en y réfléchissant bien, ce que nous concluons de notre processus de réflexion et de décision ne sert le plus souvent qu’à justifier des décisions que nous avions déjà prises de façon bien moins consciente. Nous sommes maintes fois amenés à nous convaincre du bien fondé d’une décision après l’avoir exécutée, persuadé par on ne sait quelle volonté, que c’était la décision qui s’imposait.
Nous sentons tous, bien plus que nous nous l’avouons, que nous sommes influençables. Les multinationales et les hommes politiques ne dépenseraient pas des fortunes pour essayer de nous séduire à travers la publicité ou de beaux discours, s’ils n’avaient pas la certitude de pouvoir nous convaincre, les uns de l’absolue nécessité de posséder leurs produits les autres du monde meilleur qu’ils nous préparent. Evidement nous nous en défendons vivement et nous revendiquons avec véhémence la singularité de nos réflexions, de nos décisions, de nos modes de vie, de notre façon de nous habiller. Pour ce faire nous cherchons toujours à nous démarquer du groupe en affichant plus ou moins ostensiblement nos différences, mais nous ne faisons par là que nous rapprocher d’un sous-groupe qui affiche les mêmes différences que nous, d’une multitude certes plus retreinte, mais où notre originalité finalement se dilue.
Ce constat constitue une amère réalité pour nos egos surdimensionnés et dessine les limites de notre libre arbitre. Il nous interroge : la liberté de la pensée et par conséquent notre liberté d’action, ne serait-elle pas qu’une illusion ?
Que serait une pensée vraiment libre ?
En nous interrogeant sur ces questions nous serons inévitablement amenés à réfléchir sur ce que produit notre pensée. Que nous décidions de craquer pour un gâteau au chocolat, que nous nous prononcions pour tel ou tel parti politique, que nous réfléchissions à notre destinée ou à celle de notre société, que nous nous disions religieux ou athée, que nous tentions de résoudre un problème de mathématiques ou plus prosaïquement, de fin de mois, nous mettons en œuvre un processus identique, qui s’appuie sur des données plus ou moins fiables, pour parvenir à élaborer un raisonnement, qui nous permettra alors de prendre une décision. Nous le pressentons aisément, selon la fiabilité des données initiales dont nous disposons, et le contexte de notre réflexion, le résultat n’aura pas le même fondement. Nous pouvons être intimement persuadé de sa validité et néanmoins être conscient que le jugement auquel nous avons abouti est strictement personnel et qu’il n’est pas opposable à autrui. Il en est d’autres par contre pour lesquels vous êtes convaincus que le monde tournerait bien mieux, s’ils étaient partagés par l’ensemble de nos semblables. Qu’est-ce qui prévaut à cette hiérarchie et comment s’organise-t-elle dans nos esprits et dans les faits ?
Ce texte est avant tout un travail répondant à un besoin personnel. J’ai essayé de comprendre pourquoi depuis que nous sommes devenus sapiens nous finissons toujours par nous écharper à propos de nos idées. Il m’a semblé plus efficace et plus utile d’y réfléchir par écrit, il en reste des traces. J’aurais pu choisir de creuser la question dans les livres nombreux sur la raison humaine, et je l’avoue j’ai tenté bien immodestement de chercher des réponses dans la critique de la raison pure de Kant, malheureusement bien que parfaitement traduit, l’ouvrage semble écrit en une langue qui est restée impénétrable à mon entendement, somme toute limité.

Rien n’est plus personnel, nous semble-t-il, que nos pensée, nos idées, nos opinions, nos croyances. Elles prennent forme au plus profond de notre être, dans l’intimité de notre conscience et sont le résultat de l’activité de notre cerveau, l’organe qui fait de nous ce que nous sommes, le siège de notre esprit.
Nous les construisons, les protégeons, les revendiquons, les défendons, comme autant de propriétés privées qui forment le patrimoine de notre personnalité. Mais les avoir enfantées suffit-il à faire de nous les parents légitimes de nos pensées, jusqu’à quel point en sommes nous les propriétaires, n’en n’avons-nous pas seulement la nue-propriété, le droit de jouissance ?
Nous sentons bien que notre liberté de pensée n’est pas totale. Existe-il seulement une possibilité de se défaire des liens qui l’entravent ?
Pour que nous puissions parler d’une pensée totalement libre il faudrait imaginer un intellect qui réinvente tout, même le réel, car celui-ci nous enferme dans un champ de représentations fini, elles mêmes limités par nos sens. Le monde qui nous entoure est vaste certes mais nous en sommes réduits à penser le probable sinon le possible. Une pensée qui tenterait d’y échapper serait condamnée à la fiction, déformation plus ou moins grande du réel auquel elle est assujettie. Aucune imagination, aussi fertile quelle soit, ne peut réinventer un monde qui ne soit pas inspiré de ce que nous connaissons. Faites un test. Pensez à un arbre, transformez le par l’imagination, essayez de réinventer l’idée de l’arbre, comment est-il ? Il a des branches, recommencez, il n’en a plus ? Ce n’est plus un arbre car ce qui le caractérise dans notre esprit c’est un tronc sur lequel se rattache des branches, même l’imagination est tenue par la réalité, sauf à perdre l’idée même de l’objet sur lequel elle s’exerce. Le mot arbre restera le seul lien ténu, qui rattachera le produit de votre imagination à la réalité de l’arbre. Ainsi donc une pensée totalement affranchie de notre perception du monde est impossible. La première limite de notre pensée est donc naturelle, elle s’impose à tous non seulement comme une limite absolue, qui la contraint à ce qui est connaissable, mais aussi comme une limite relative qui nous astreint à partager ce territoire commun et donc à emprunter quelques fois les mêmes chemins de réflexions.

De la même façon, imagine-t-on une pensée libérée des carcans des savoirs anciens qui, tout en la soutenant, établissent de fait les frontières dans lesquelles elle est tenue. Il lui reviendrait alors de tout réexpliquer, chacun redécouvrant, ou pas, les connaissances accumulées par ceux qui nous ont précédés. Concevons-nous une pensée qui par souci de non conformisme se prévaudrait de repartir de zéro, de ne rien tenir pour vrai. Ce fut le pari de Descartes dans son "discours de la méthode" qu’il perdit aussitôt, contraint d’admettre qu’il avait besoin d’une morale provisoire, d’un modus vivendi - celle de son temps et de son pays – en dépit de sa volonté de douter de tout. Nous avons donc besoin de tenir pour fondés une bonne part des savoirs actuels et le plus intelligent des hommes ne pourrait reconstitué seul, le savoir accumulé depuis des siècles. Nous n’inventons rien, ou si peu, nous ne faisons que développer des théories ou des techniques déjà existantes. Ainsi donc nos raisonnement s’appuient sur des bases construites par d’autres, ils peuvent évidemment s’élever, prendre de la hauteur, construire un étage supplémentaire à l’édifice de la connaissance commune, ils n’en reposent pas moins sur des fondations que nous partageons avec d’autres. Notre pensée à donc du mal à s’isoler totalement et nous nous trouvons contraints à la cohabitation dans le temple de la connaissance.

Autre prothèse de notre pensée, le langage, et plus précisément notre langue maternelle.
Que serait une pensée qui se libérerait du langage qui la formalise en concepts nécessairement réducteurs ?
Le langage est un outil de communication avec autrui, mais aussi avec soi-même. Nous avons tous rencontrés la difficulté d’exprimer une pensée lorsque les termes pertinents nous font défaut. Les mots sont donc à la fois le moyen d’expression mais aussi la limite de notre expression et de notre réflexion. A ce titre ils enferment notre pensée dans un lexique donné et fini.
La pensée a bien sûr précédé le langage, lui a donné corps, mais c’est le langage qui permet à la pensée de se déployer. Essayez un seul instant de penser autrement que par mot : des images fugaces, des sensations primaires, des enchaînements de relations de causes à effets très limitées, allez penser une Ethique ou la République avec cela ! Impossible. Les mots circonscrivent notre pensée et selon l’étendue de notre vocabulaire, elle disposera de plus ou moins d’espace pour se déployer. Quand le langage s’avère insuffisant pour résoudre certains problèmes, l’homme en invente d’autres qui telle les mathématiques par exemple deviennent un nouveau médiateur de la pensée. La pauvreté de notre vocabulaire n’entrave pas seulement l’aisance de l’expression de cette pensée, mais aussi l’élaboration des concepts qui en sont le fondement. Penser par exemple le concept de vérité sans les mots qui le définisse est tout simplement impossible.

Ainsi donc se trouvent posés les limites dans lesquelles notre pensée se trouvera contrainte d’évoluer : notre monde et les représentations que nous nous en faisons, les connaissances actuelles pour autant qu’elles nous soient accessibles, et la maitrise des langages à notre disposition, qui fixent les limites conceptuelles que nous sommes capables de forger. Cela laisse malgré tout à chacun d’entres-nous un champ d’investigation intellectuel quasi illimité, mais qui, n’en déplaise à ceux qui prétendent penser par eux-mêmes, a déjà été longuement arpenté et labouré.

Ainsi dans cet espace de liberté notre esprit va tenter de penser le monde, d’émettre des opinions, de se forger des convictions, d’acquérir des connaissances, un savoir.
Mais avant d’aller plus loin quelques définitions, pour établir précisément ce dont nous parlons.
Le savoir est une objectivité. 2+2 font 4 indépendamment de celui qui compte. Et la loi de la gravitation universelle n’a pas attendu Newton pour être opérante. Ces réalités préexistent à leur découverte, et s’imposent à tous objectivement. Pourtant, le savoir est aussi inhérent à la personne qui le détient, sans sujet pour analyser les causes et les effets il n’y a que la nature et ses lois, l’histoire et ses faits, mais pas de connaissance, à ce titre seulement le savoir possède une part de subjectivité, en tant qu’il est une appropriation du sujet. Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qu’ Henry lV avait promulgué, quand bien même vous l’ignoriez, pourtant ces signatures reprennent corps au moment précis où vous en avez connaissance. C’est votre connaissance qui redonne une réalité présente à un moment du passé. Ainsi je considère que le savoir est la rencontre entre une réalité qui existe en soit, et une intelligence qui se l’approprie et qui donc risque de le faire imparfaitement. Le savoir malgré l’incomplétude qu’il suggère, permet de se défaire de notre subjectivité puisqu’il la dépasse ; il sert de base à nos raisonnements ; il fonde la connaissance commune de ceux qui le partage et permet le dialogue des intelligences humaines. Il est la source du vrai, du nécessaire, en opposition au faux et à la contingence. Si je lâche une pomme, il est vrai qu’elle tombe, il est certain qu’elle tombe, il est nécessaire qu’elle tombe, conformément à la loi de la gravité. Par contre je ne peux que supputer qu’elle finira par être ramassée, rien n’est sûr en la matière, et je ne peux tenir comme vraie une proposition qui l’affirmerait. Le savoir permet de faire la part des choses, la part du vrai et du faux, du possible et de l’impossible, du nécessaire et du contingent.

La croyance est quant à elle, une élaboration de la subjectivité. Kant dans sa critique de la raison pure a déterminé trois degrés de subjectivité. Premier degré, l’opinion. On la sait insuffisamment fondée à convaincre les autres, elle ne sert qu’à nous même. La conviction est un degré intermédiaire, elle reste subjective mais se veut objective, elle en appelle à notre raison et à celle d’autrui, elle veut persuader. Le troisième degré est la foi, notre croyance est suffisante à nous persuader mais nous savons qu’elle n ‘a pas de fondement objectif. Le degré supérieur quitte les catégories de la subjectivité, et constitue la science, qui, elle, est objectivement suffisante autant pour nous même que pour d’autres.

Mais revenons à l’opinion.
Elle est imparfaite pour constituer le savoir.
Mais sa subjectivité n’est pas suffisante pour disqualifier l’opinion car comme on l’a vu, elle est un pas vers le savoir pour qui veut en sortir, pour qui sait abandonner ses préjugés.
Elle sert à élaborer des hypothèses au service d’une théorie qui une fois validée construit le savoir.
Elle n’est préjudiciable que lorsqu’elle s’entête, qu’elle entend s’affirmer comme une expression de la liberté, et qu’elle se revendique à ce titre comme une négation légitime de l’idée de vérité, s’enfermant dans un relativisme sans issue.
L’opinion est recevable par la raison seulement si la vérité est indécidable.
Il en va ainsi des goûts : on peut préférer le couscous à la paella, les brunes aux blondes, le cognac au whisky ; des choix de société qui en toute rationalité peuvent diverger : pour ou contre la peine de mort, le mariage homo, le mariage hétéro, l’euthanasie, l’avortement (j’ai dit en toute rationalité !), Mac Donald, la gauche, la droite, la polygamie, le cannabis, les impôts etc… Sur tous ces sujets et sur d’autres encore les arguments des différentes parties peuvent être recevables et il appartient à chacun de se forger sa propre opinion. Cette espace de liberté ne doit pas pour autant tourner à l’anarchie intellectuelle. Il faut garder une cohérence d’ensemble à ses convictions, sous peine de susciter l’incompréhension lorsqu’elles s’expriment. Il s’avère en effet difficile d’être à la fois contre l’avortement et pour l’euthanasie quand c’est le respect de la vie qui sous-tend ces deux opinions ; d’être de gauche et d’être contre les impôts, la redistribution étant un des fondements de la solidarité.
Ainsi donc nos opinions nous marquent, elle parle de nous, de ce que nous sommes, de ce que nous voulons montrer, de ce que nous cachons, de nos origines sociales, de notre niveau de culture. Je pense donc je suis, mais suis-je vraiment ce que je pense ?
Nous croyons que nos opinions sont une construction rationnelle, elle ne sont que le résultat d’une négociation constante entre différents niveaux de suggestions : notre Moi qui est le siège de la décision, qui tranche entre nos pulsions (le ça) et les règles que nous dictent notre éducation et notre culture (le surmoi). Vous voyez à quel point vos opinions sont prédéterminées, sans espoir et à jamais, par l’époque, la pression familiale, sociale, religieuse, économique ; à quel point elles vous appartiennent si peu. Elles ne sont en fait qu’une appropriation, un emprunt, un choix sur l’étalage du prêt à penser.
Notre opinion croit être l’expression de la volonté à l’heure du choix et c’est en fait le résultat d’un conditionnement difficile à contourner, sauf à en prendre conscience et à combattre ce déterminisme. Et qu’arrive-t-il alors ? Imaginez que pour affirmer votre libre arbitre vous preniez des décisions contraires à celles qui s’imposent naturellement à vous ; que vous forciez votre nature, pour être sûr d’être le patron de votre volonté. Vous risquez tout simplement de sombrer dans la schizophrénie qui guette tout ceux qui veulent être ce qu’ils ne sont pas. Il faut une adéquation minimale entre ses opinions et ses actions. Si vous êtes de droite comme vos parents, pour la peine de mort, contre les impôts, contre le mariage homo, n’envisagez pas une conversion totale à des idées plus en vogue, vous ne le supporteriez pas. Si l’exil fiscal vous tente et que la solidarité se limite pour vous au partage d’un comptoir, n’hésitez pas, ne cédez pas aux sirènes de la bien-pensance. Mieux vaut pour sa santé mentale être un salaud assumé qu’un salaud qui s’ignore, la vérité y gagne ce que la vertu y perd.

J’aimerais ici en guise de parenthèse interroger un peu plus cette notion. Non, pas celle de salaud, celle qu’on nomme cyniquement la bien-pensance.
Il ne viendrait à personne de condamner des actes courageux, altruistes, des actes de solidarité, de bienveillance visant à porter secours ou à aider son prochain. Pourquoi donc la bien-pensance est-elle le plus souvent négativement connotée ? Il n’est pas rare d’entendre critiquer son dictat moraliste, de voir ses apôtres dénigrés, comme s’ils étaient porteurs d’un message malveillant. L’action a pourtant besoin pour se mettre en œuvre, d’une pensée qui la précède. Les bonnes pensées sont donc nécessaires à la pratique d’actes bons. Il y aurait un décalage logique à dénigrer les unes et à approuver les autres. Or c’est souvent le cas. Peut-être peut-on expliquer ce biais en soulignant que la bien-pensance est considérée bien souvent comme une posture qui n’engage pas à grand-chose dans les faits. Elle vous classe socialement et intellectuellement du coté des bons, des tolérants et des progressistes mais ne rend des comptes qu’à la conscience, qui devient de moins en moins exigeante.
Il est de bon ton de plaider pour la mixité sociale et ethnique, abrité de la promiscuité par un conseil municipal vigilant ; il est idiot de prétendre que nous aurions résisté à l’occupation quand la guerre est finie ; il est aisé de se proclamer pour le mariage homo, assuré de l’hétérosexualité de ses enfants ; il est facile d’être pour l’égalité des sexes, tant que l’on a pas la charge de sa mise en œuvre en matière salariale. Lorsque abandonnant les salons parisiens, confrontées à rudesse de la réalité, les opinions altruistes résistent alors seulement elles gagnent en noblesse, en utilité et peuvent prétendre au titre de convictions. De la même façon qu’on ne pêche qu’en actes, la bonne pensée n’est rien sans l’action, et j’affirmerai avec le peuple ma défiance envers ceux qui affichent un peu trop ostensiblement une bien-pensance à toute épreuve. Je les crois néanmoins moins dangereux que ceux qui militent pour une pensée décomplexée, libérée de ses tabous, et qui, par conséquent, redonne la parole à leurs instincts, annihilant ainsi les efforts fournis depuis des siècles pour sortir l’homme de la sauvagerie.

De la bien-pensance à l’opinion publique il n’y a qu’une différence de forme, l’une se veut bonne, et l’autre ne le revendique pas toujours. Cette dernière fluctue au gré du temps, des époques, vilipendant ce qu’elle louait hier, ou plus souvent acclamant ce qu’elle avait longuement conspué naguère. Elle fait et défait les idoles, les gloires, les idéologies, elle est à la fois prescriptive et influençable ; elle est rétive aux injonctions des élites mais fini toujours par leur céder.
L’opinion publique est, comme la mer, le réceptacle tumultueux de la multitude des opinions, des idées et des pensées personnelles qui, tels les ruisseaux les rivières et les fleuves finissant dans l’océan, s’y fondent, en deviennent une partie indissoluble, jusqu’à le constituer. Puis à nouveau, comme l’eau qui s’évapore sous l’effet de la chaleur du soleil, l’opinion publique confrontée à son époque, se transforme et comme la vapeur retrouvant un état liquide vient grossir les rivières sous forme de pluie, elle retourne modifier, renforcer ou enrichir les réflexions privées, renouvelant sans cesse le processus d’une pensée en voie d’élaboration, et sans cesse en mouvement.
Quand tout est équilibré, le cycle se perpétue et contribue au fonctionnement harmonieux du système. Mais il suffit d’un dérèglement pour que surviennent les débordements ; qu’ils soient dus au gonflement démesuré de certains égos, au déferlement de certaines idéologies, au déchainement de certains éléments violents, ils provoquent des désastres et s’accompagnent d’une exaltation de l’opinion publique qui rend difficile la conduite de raisonnements avisés.
A l’inverse un assèchement des pensées personnelles, le tarissement de certaines sources de réflexions, des barrages construits sur le cours de certaines idées jugées trop bouillonnantes, des digues idéologiques qui empêchent toute divergence, et creusent le lit du conformisme, et l’opinion publique devient de plus en plus saumâtre, elle se trouble, le calme plat rend la navigation ennuyeuse et favorise l’assoupissement, on se laisse porter par les flots médiatiques qui déversent dans nos esprits une rengaine insipide et les vaisseaux de nos esprits dérivent sans but sur la platitude d’une pensée moribonde.
L’opinion publique devient doucement mais fatalement une mer morte, la mer de la résignation.

On l’a vu, qu’elle soit privée ou publique l’opinion est donc une subjectivité. L’une émane d’une conscience confrontée à son milieu social et l’autre est l’expression d’un Moi collectif, chahuté par le Ça des bas instincts du groupe et réfréné par le Surmoi d’une morale publique pour le moins chancelante.
Toutes deux ont peu à voir avec la science ou avec la vérité.
Parlant de l’opinion publique Descartes disait qu’il est vain de se fier à la majorité pour trouver la vérité car, s’agissant d’une question difficile, il est peu probable que beaucoup l’ait découverte. Ceci apporte de l’eau au petit moulin qui tourne dans mon esprit, brassant sans cesse la question de la légitimité démocratique de citoyens mal informés ou mal formés ; mais ceci est un autre sujet qui fera peut-être l’objet d’un autre texte.
Adorno, quant à lui, pensait que « L’opinion s’approprie ce que la connaissance ne peut atteindre pour s’y substituer. Elle élimine de façon trompeuse le fossé entre le sujet connaissant et la réalité qui lui échappe. » En d’autre termes le meilleur moyen de dissimuler son ignorance c’est d’exprimer une opinion et de s’en satisfaire. Ceci explique pourquoi les gens s’attachent à défendre contre toute logique des opinions qu’ils savent incohérentes. Renonçant à la recherche de la vérité, délaissant la raison, ils s’imposent leurs opinions comme une profession de foi, et s’abritent en dernier ressort, derrière leur liberté de conscience pour la légitimer.

L’opinion doit donc se confronter à la raison pour pouvoir être discutée ailleurs qu’autour d’un comptoir et s’élever pour cela au niveau de la conviction. Mais là encore il faut garder à l’esprit la relativité objectivité de cette dernière. Les convictions valent surtout pour ceux qui les partagent dirait La Palice. Et ici se pose un problème difficile pour le convaincu : comment concilier la reconnaissance du caractère relatif de certaines vérités, et la poursuite de la lutte pour ses idées. La solution réside peut-être dans le choix de son auditoire. Renoncez à convaincre un autre convaincu qui n’aurait pas votre point de vue. Adressez vous à ceux qui en sont encore au stade de l’opinion et qui sont prêts à se livrer aux doux supplice de la réflexion. Un argumentaire bien construit, un discours non péremptoire, une démarche scientifique, un raisonnement solide, et vous pourrez peut-être faire des adeptes. Ne renoncez pas en mesurant l’écart qui sépare vos positions respectives ; si on ne vous oppose qu’une opinion et que votre interlocuteur n’a pas renoncé à tout jamais à la bonne foi, vous pouvez vous en sortir. Vous ramènerez plus facilement à la raison un électeur pris dans les pièges populistes du front national, ou votre pote qui a cru au travailler plus pour gagner plus de Sarkozy, que votre patron, de droite par intérêt, ou qu’un chauffeur de taxi,

Pour autant faut-il absolument chercher à convaincre ? Si vous êtes représentant de commerce ou candidat aux prochaines élections, très certainement, mais si vous n’avez rien à vendre ? Etre soi-même convaincu dans ce siècle relativiste n’est-il pas en soi suffisant ? Les convictions, je vais parler des miennes pour rester en terrain connu, sont considérées au mieux comme des utopies, au pire comme dangereuses surtout quand elles tendent à remettre en cause la société de consommation libérale qui résume aujourd’hui notre société. Ceux qui les défendent sont très rapidement suspects. Leurs idéaux sont vite caricaturés, leurs discours schématisés, leurs solutions méprisées par des experts à la solde du pouvoir économique. Ce n’est pas un sacerdoce d’être un militant anticapitaliste aujourd’hui. Souvenez-vous avec quelle ironie, quel cynisme, ont été traités les petits candidats de la gauche qu’ils disent extrême : « l’interdiction des licenciements boursiers ; et pourquoi pas la fin de la propriété privée tant qu’on y est ; ou mieux l’abolition de la mort ! » Ne riez pas je l’ai entendu pendant la campagne. Le débat démocratique est tellement pollué par les luttes de pouvoirs et les intérêts personnels, qu’il devient impossible d’y prendre part et d’être audible si vous situez votre réflexion dans un système économique hétérodoxe qui propose un nouveau paradigme. Vous avez le droit de penser au changement mais dans la continuité du système économique existant. Son efficacité est pourtant discutable, les malversations qu’il suscite sont nombreuses, la corruption démocratique qui le maintient évidente, l’inégalité qu’il provoque est patente, la ruine morale qu’il organise est flagrante, mais surtout n’y touchons pas. Vous pouvez proposer le mariage aux couples homosexuels, envisager le droit de vote des étrangers, décider de l’abolition de la prostitution, réfléchir aux droits des animaux, interdire la corrida, autoriser le travail du dimanche, mais interdit de réfléchir à une organisation économique différente de celle qui nous malmène depuis plus d’un siècle de crises en crises. Les égoïsmes sont trop forts et tous ceux qui ont, ou qui croient avoir une position privilégiée, oppose un front commun du refus à toute tentative de remise en cause du système, usant pour cela de toutes les manœuvres et surtout des plus basses. La confrontation publique des idées tient souvent lieu de piètre spectacle aussi j’ai choisi de ne pas participer au débat politique en tant que militant et de défendre mes convictions par la publication de quelques textes sur ce site. Je suis bien conscient de la portée réduite d’une telle démarche, peut-être faut-il y déceler un léger fond de scepticisme hérité de l’histoire avortée des certitudes idéologiques les plus nobles.
Nietzsche s’est déclaré persuadé que les convictions sont peut-être plus dangereuses que les mensonges pour la vérité. Comme beaucoup de philosophes, prêts à renoncer à toute cohérence pour un bel aphorisme, Nietzsche a dit beaucoup de conneries, n’en déplaise à Michel Onfray, le plus fervent de ses thuriféraires français. Si les convictions peuvent en effet, être des liens qui entravent notre pensée, des œillères qui limitent notre vision, elles n’en sont pas moins nécessaires, non pas comme fin mais comme moyen. La pensée ne doit pas être au service de nos convictions évidemment, elle doit les maîtriser, être guidée par elles et ne doit pas céder au confort de ses certitudes, elle doit y trouver la motivation de ses efforts pour atteindre une vérité toujours en construction. Le mensonge est lui une négation de la vérité. Le menteur connaît la vérité et il la fausse sciemment pour la dissimuler aux autres et présente son mensonge comme une vérité, la duperie est ici volontaire, dans le cas du convaincu qui se fourvoierait, elle n’est qu’accidentelle.
La vérité a donc plus de chance de sortir indemne d’une conviction que d’un mensonge.

Le seul niveau de croyance qui préserve l’intégrité de la vérité est celui qui atteint la certitude, à savoir la science. Bien qu’elle soit en perpétuelle interrogation sur elle même, en constante évolution, qu’elle révise encore et toujours ses conclusions, la science la vraie, ne se renie jamais. Une théorie en remplace une autre, mais ne l’invalide pas : 1+1 font 10 dans un système binaire mais toujours 2 en base 10.
La science est donc une connaissance qui peut s’afficher comme certaine, de façon objective. Elle décrit une réalité qui peut-être tangible, observable, modélisée, calculée, où qui peut-être déduite d’autres réalités par un raisonnement logique, cette énumération ne se veut évidement pas exhaustive. Cela implique-t-il, à contrario, que hors du domaine scientifique, aucune certitude n’est possible ; que dès qu’apparaît la subjectivité, la certitude disparaît ? Une étude sociologique qui interpelle nécessairement la subjectivité de son auteur, perd-elle pour autant son statut scientifique ? La subjectivité suffirait-elle à ôter aux sciences dites sociales leur caractère scientifique ?
Certes pas, tant que la démarche est scientifique, c’est-à-dire qu’elle passe ses hypothèses au crible de l’expérience, tant que la conjecture est réfutable et ainsi vérifiable, tant qu’elle ne tombe pas dans le piège de l’explication ad hoc qui vise seulement à rendre de la crédibilité à une thèse erronée. Il est vrai qu’aujourd’hui les sciences sociales sont suspectes, les unes de connivence avec le pouvoir économique, les autres de complaisance avec des théories dépassées, les unes de vouloir conforter un modèle social qui les favorise, les autres de faire preuve d’angélisme ou d’utopie. Ces suspicions ne sont pas sans fondement. L’autisme des penseurs sociaux de gauche, qui entendent expliquer la violence de certaines cités par le seul contexte économique leur donne du corps. De l’autre coté du champ politique, Il suffit de voir à l’œuvre les grands penseurs économiques et sociaux, tous "reconnus" pour leur compétence, qui ont leur siège réservé dans l’émission "C’est dans l’air" sur France 5 - émission produite il convient de le noter, par une filiale du groupe Lagardère - pour s’interroger sur leur probité scientifique. Cette émission, en plus de nous interroger sur l’utilité informative ou culturelle d’un débat où seules les approches libérales s’expriment - mais peut-être est-ce là le but inavoué - où le plus à gauche des intervenants juge la social-démocratie comme l’aboutissement indépassable des révolutions sociales, donne le spectacle navrant d’une pensée à la dérive. Les économistes en titre de l’émission s’accrochent désespérément à un dogme libéral en banqueroute et surtout aux privilèges que leur vaut cette servilité, et c’est sans sourciller, sans même peut-être percevoir le cynisme de leur propos qu’ils condamnent dans un élan unanime, le corporatisme égoïste qui selon eux nourri la lutte des sidérurgistes de Florange pour sauvegarder leurs emplois. Ces experts sont l’exemple type du scientifique qui a perdu, je devrais plutôt dire vendu, son âme. En effet la crise sans précédent qu’à engendré le système économique libéral aurait dû amener ces scientifiques à revoir leurs analyses, à abandonner certaines certitudes, à décréter une disqualification du marché, comme unique moyen d’organisation de l’économie mondiale, que nenni ! Leur réponse ad hoc à l’échec du libéralisme qui va de crise en crise, est d’affirmer que les solutions qu’il propose n’ont pas été pleinement mises en oeuvre, et qu’il faut donc aller plus loin et plus vite dans la dérégulation sociale. Ces membres de l’intelligentsia économique, souvent éminents professeurs d’université, qui accolent avec fierté le titre de chercheur à celui d’enseignant, ont malheureusement pour ceux qu’ils instruisent, depuis longtemps renoncé à la quête d’une vérité qui se situerait hors du champ balisé et rentable de l’orthodoxie libérale. S’ils cherchent encore c’est toujours dans les mêmes ruines, celles d’un âge d’or, d’où ils tentent d’extirper des raisons d’espérer. Ils fouillent encore et toujours le même filon, qui n’enrichira jamais que quelques financiers avides de nouveaux modèles spéculatifs. Ils incarnent les nouveaux sophistes que Platon dénonçait déjà, et dont ils partagent le goût du lucre, le talent oratoire et rhétorique qu’ils mettent au service des puissants, faisant peu de cas du souci de vérité, n’hésitant pas à la travestir sous d’habiles syllogismes. A l’instar de leurs prédécesseurs, ils défendent le relativisme de la vérité pour mieux asséner la leur, et, en bons sophistes, ils en déduisent l’identification de la vertu à la puissance, de la justice à l’efficacité, du bien commun à la réussite individuelle. Ils se disent penseurs libéraux, comme ils pourraient se dire catholiques ou protestants. Ils affichent leurs choix libéraux comme une profession de foi qui fait fi des apparences, qui dédaigne les constats, qui méconnait ses échecs, sacrifiant la raison sur l’autel de leur croyance, dessinant ainsi l’image en creux de l’esprit scientifique auquel ils renoncent.
Leur mauvaise foi démontre-t-elle pour autant qu’une science, dès qu’elle possède une part de subjectivité devrait se voir retirer son statut de science, bien évidement non. En économie, comme en physique, plusieurs théories peuvent prétendre expliquer le même phénomène, pourtant dès que les résultats de l’expérience permettent d’en exclure une, s’y accrocher disqualifie le scientifique et sa théorie. La mauvaise foi n’est pas inhérente aux sciences sociales, les physiciens le savent, et plus généralement, personne n’aime à reconnaître ses erreurs, mais ici l’entêtement n’a plus aucune motivation scientifique, ses raisons sont bien plus terre à terre et se résument malheureusement souvent à la préservation de la situation privilégiée que les laudateurs du système en tirent.

Il apparaît donc que les sciences sociales doivent, pour se garder des procès en subjectivité qui leur sont faits, avoir une démarche rigoureusement scientifique, plus encore que les sciences dites exactes et beaucoup de modestie dans leurs conclusions. Cela n’exclue en rien la conviction, mais cela doit les décourager de laisser se bâtir des dogmes autour de leurs travaux. Quant à nous béotiens, nous devrions chercher à devenir les citoyens avisés et éclairés qu’implique la concrétisation d’une véritable démocratie. Il nous faut refuser résolument de participer à la construction de notre avenir sur des bases aussi fragiles que celles proposées par les économistes, qui n’ont démontré de façon certaine qu’une seule chose : leur incompétence prédictive. Les sciences sociales et en particulier l’économie sont un moyen de penser le monde, leur rôle est de proposer aux citoyens des modèles d’organisation économique ou sociale, et non pas d’imposer une norme qu’il conviendrait de graver dans le marbre (ou dans la constitution).
L’homme est parvenu à dépasser les contraintes fixées par les plus inflexibles des lois naturelles, comment pourrait-il être contraint par les quelques axiomes d’une science dont si peu de réponses s’avèrent concluantes, si ce n’est par le renoncement coupable de chacun.

C’est sur ce paragraphe que je vais mettre un terme à cette petite étude sur la fabrique de nos opinions. Il est évident que nous avons à peine esquissé le tour de la question et ce texte n’avait d’ailleurs aucune prétention scientifique. J’entendais surtout questionner cette pseudo-évidence qui voudrait nous faire conclure à la liberté totale de notre pensée et à l’autonomie de notre volonté. Il est vite apparu qu’il nous fallait renoncer à cette approche et admettre que le Je du Je pense est somme toute, bien plus que notre seule volonté en action.
Ce Je, est alimenté et donc constitué, de nos perceptions qui nous renvoient une image de la réalité certainement incomplète, des pensées des autres, qu’il s’agisse des connaissances accumulées au fil des siècles, des informations dont on nous sature, de l’opinion publique, ou des sollicitations du neuro-marketing, des connaissances que nous nous forgeons au fil du temps des nos réflexions personnelles.
Ce Je est influencé par la pression sociale, notre mode de vie, notre niveau culturel, nos interdits, qu’ils émanent d’un Surmoi intérieur ou social ; il est soumis aux injonctions de nos pulsions, aux tentations d’une société de plus en plus décomplexée qui cède de plus en plus facilement à ses instincts les plus bas.
Ce Je qui croit exprimer souverainement sa volonté, qui pense ne rendre compte qu’à la raison et qui pourtant est le siège de délibérations où il n’est qu’une partie prenante.
Ce Je fait siennes les opinions qu’il exprime, il entend les défendre avec détermination, convaincu qu’elles sont le fruit d’une objectivité. Quand bien même il admet leur subjectivité, il décrit cette dernière comme résultant du caractère relatif de toutes les vérités et revendique pour elles un droit d’expression inaliénable.
Et la vérité dans tout ça ? Notre Je se trouve bien embarrassé pour y avoir accès, lorsqu’il croit la détenir on lui rétorque que ce n’est qu’une opinion qui ne vaut pas plus que celle d’un autre. Quand il est convaincu de l’avoir enfin trouvée, on lui dit qu’elle ne s’impose qu’à ceux qui sont prêts à la partager, et qu’il manque à sa quête l’objectivité totale des sciences exactes.
Pourtant notre Je avec un peu de méthode et d’honnêteté intellectuelle peu arriver sinon à accéder au vrai, au moins à démasquer le faux. Bien que l’un se détermine à contrario de l’autre, il est certaines fois plus facile de réfuter une proposition que de la démonter. Certes la tâche n’est pas aisée, la pensée en action a vite fait de se perdre dans le dédale des questions auxquelles elle se heurte. Kant nous propose trois maximes pour nous aider à penser juste. La première : penser par soi même donc sans préjugés, la seconde : penser en se mettant à la place de tout autre, autrement dit savoir élargir sa pensée, la troisième : penser en accord avec soi-même, ce qui implique une certaine cohérence d’esprit.
Ces judicieux conseils devraient pouvoir nous guider.
Quelle place la raison doit-elle donc laisser aux opinions et aux convictions ?
Quand une opinion n’engage que celui qui la profère, qu’il a intégré tout ce qu’elle a de subjectif, et qu’elle sert de support à la pensée pour se déployer, elle est utile.
Quand elle entend nourrir une opinion publique, gourmande de ragots, de boucs émissaires, et d’idées simplistes, il faut la combattre.
Quant aux convictions, il faut essayer de forger les siennes à la flamme de la justice, elles gagnent beaucoup en solidité. Depuis que les premiers philosophes se sont lancés en quête de la Vérité elle nous apparaît de plus en plus lointaine ; mais sa lumière suffit souvent à nous guider vers la justice dont nous devons faire le Graal des temps modernes. Car plus que le bien et le mal, plus que le vrai et le faux, c’est le souci de la justice qui pourra renouer le lien social, l’envie de justice transcende toutes les divergences d’appréciation que suscitent ces concepts.
Pour ce qui est de des convictions d’autrui, c’est en les pesant à l’aune de leurs contre-vérités que l’on peut et doit disqualifier celles qui s’écartent du juste chemin. Celles qui demeurent après ce tri doivent, en vertu de l’intégrité réelle de ses représentant plus que de leurs titres, obtenir le bénéfice du doute.
Et pour juger de l’intégrité des individus me direz vous ? Et bien fiez-vous à votre instinct, il faut parfois faire confiance à notre part animale

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