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Deux patrons bousculés...La France tremble.

mercredi 7 octobre 2015, par Sausausau

La “bousculade” qui a eu lieu chez Air France a été l’occasion de vérifier la fidélité des éditorialistes à leur réputation de chiens de garde soucieux des flatteries sucrées de leurs maîtres. Pas un pour relativiser l’évènement. Certains n’ont pas hésité à parler de lynchage (lorsque nous étions enfants, nous appelions cela une mise à l’air). Tous ont d’emblée réfuté les justifications que nul encore n’avait formulées, pour rappeler des évidences : “il y a des hommes et leur dignité sous les chemises”, “…la violence physique n’est pas une réponse à la tension sociale du moment”, “…la loi du plus fort ne doit pas remplacer le dialogue, pour résoudre les conflits”.
Las, construire un consensus pour condamner les débordement d’une foule dont la colère est a priori légitime ne se satisfait ni d’évidence - pas besoin d’éditorialistes pour cela - ni d’exagération. Ne voulant être en reste - le dernier qui a parlé a perdu - toute la classe politique s’est sentit obligé d’en rajouter. Ne retenons que la réaction des premiers d’entres eux, c’est suffisant pour nous édifier sur la médiocrité dont font preuve nos dirigeants.

Hollande a souligné l’importance du dialogue social, et condamné fermement ceux “qui l’interrompent par des contestations aux formes inacceptables”. Mais qui a intérêt au dialogue social ?
La partie salariale, qui doit se contenter de négociations, menées par des organisations syndicales, se trouvant aujourd’hui enfermées dans ce qui s’est lentement transformé en un jeu de dupes. Ou bien la partie patronale qui est quitte de sa tâche, en appliquant dans la forme, la loi et en menant finalement à bien les objectifs qu’elle s’est donné.
Ne nous y trompons pas. Si le dialogue social a été imposé par la loi à nos patrons, dans un revirement tout à leur profit, ils y ont depuis pris goût.
Il s’agissait dans un premier temps de réunir autour d’une table ceux qui jusque là s’affrontaient le plus souvent (par milice, gendarmes, ou policiers interposés, les patrons pas fous ne s’y risquant que très rarement eux même ) sur des champs de batailles sanglants et parfois meurtriers. Il convenait d’apaiser les conflits de classe qui pouvaient se transformer en révoltes et pourquoi pas en révolutions. Il fallait donc permettre à la colère de s’exprimer sans heurts au travers de négociations institutionnalisées. Celles-ci pouvaient aboutir au règlement du conflit mais avaient surtout vocation à désamorcer une situation de crise en faisant mine d’en discuter. Peu importe que les parties n’aient pu s’entendre dans l’immédiat, on avait débattu entre gens civilisés et sans violence. La réunion à vertu cathartique était née, elle allait étouffer dans l’œuf toute velléité de rébellion contre l’ordre établi.
La loi du plus grand nombre ne trouvant plus à s’exprimer depuis, celle des puissants s’impose dorénavant.
Le lien de subordination contractuel qui lie le salarié à son employeur, reconnait au patron le droit d’imposer finalement sa décision dans le respect du cadre de la loi. Ainsi, quand le patronat réclame à grands cris l’allègement du code du travail, tout en assurant qu’il est un fervent partisan du renforcement du “dialogue social”, c’est ce cadre institutionnel, dans lequel il a tous les droits mais qui préserve les apparences du dialogue, qu’il entend voir élargir. Il y a tout intérêt. Il impose sans trop de heurts ses décisions et sauvegarde son image d’homme de dialogue. Au pire quelques heures de grève pendant lesquelles les salariés pourront éprouver combien ils ont besoin de leur salaire et donc de leur travail, puis tout rentre dans l’ordre.
Les salariés n’y ont eux aucun intérêt. Leur intérêt bien compris est au contraire de restreindre ce cadre de “négociations” puisqu’ils n’ont plus les moyens de peser efficacement sur ces dernières. Dans un rapport de force déséquilibré, la loi est le seul rempart contre ce qu’il faut bien appeler le dictat patronal même s’il tente de se camoufler sous la forme de “négociations”.
Mais de loi véritablement avantageuses pour les salariés, il ne faut plus trop y croire.
La gauche d’hier porteuse de cet espoir, a laissé place à une gauche “moderne et pragmatique” qui s’est ralliée aux idées de la droite en matière économique et qui est donc prête à tous les renoncements.
Que reste-il donc aux salariés pour se faire entendre, pour exprimer leur colère, leur lassitude, leur désespoir, leur angoisse ? Comment retrouver une dignité bafouée par l’arrogance des dirigeants qu’ils soient politiques ou patronaux. Comment hurler leur dégoût qu’inspire ces patrons outrageusement payés et qui répondent à leur détracteurs par un mépris arrogant. Doivent-ils se résoudre à l’indignation qui reste sans effet sur ses causes. Non ! Pourtant c’est ce que l’on attend d’eux. Le refus de se laisser tondre encore et toujours doit s’exprimer dans le calme et l’ordre.
C’est selon les dires du Président “l’attractivité du pays” du pays qui est en jeu. Les investisseurs, porteurs des emplois de demain (l’emploi c’est toujours pour demain avec Hollande), sont sensibles à la docilité de leurs futurs salariés.

On ne peut regretter bien évidement l’époque où mineurs et canuts qui exprimaient de façon jugée trop insistante et fort peu courtoise des revendications toujours irraisonnables, se faisait tirer dessus par les gardiens de “l’ordre” établi. Même si ces luttes (le terme n’est pas trop fort) ont permis des acquis sociaux considérables.
La violence n’est évidement pas souhaitable ni par les uns, ni par les autres.
Pourtant force est de constater que si la violence a changée de forme elle est toujours présente dans les rapports sociaux et les plus modestes qui la subissent quotidiennement suscitent rarement autant d’émotion. La violence faite au peuple quand on bafoue ses décisions référendaires, quand on trahit des promesses de campagne. La violence faite à ses représentants quand on impose des lois à coup de 49-3. La violence faite à la démocratie quand on la force à s’exprimer dans le champ limité de l’orthodoxie libérale. La violence faite à notre intelligence quand on l’enferme dans la bien pensance, quand on la travaille à l’émotion, ou quand on la suspecte de toutes les phobies. La violence du petit et du grand chef qui attendent toujours plus de nous pour toujours moins. La violence faite aux précaires quand ils n’affichent pas assez d’enthousiasme à devenir milliardaires (Macron dans le texte). La violence bien réelle qui règne dans certains quartiers et dont les plus faibles sont les premières victimes.
Voici une liste loin d’être exhaustive, des violences que subissent à longueur de vie les petits et les sans grades, ceux qui hier excédés ont cessé un temps d’être des victimes et que le Premier Ministre a qualifié de voyous.
Vous avez raison M. Valls, les gens du peuple ont toujours été des voyous, en cela ils inspiraient la crainte. En conséquence, ils ont toujours été l’objet de toutes les attentions pour tenter de les civiliser. Trop libres, il fallait les enfermer : qui à l’usine, qui au bureau, qui dans un tracteur. Pas assez riches, il fallait les endetter : qui pour un toit, qui pour une voiture, qui pour un tracteur. Pas assez instruits : il convenait des les éduquer : qui à l’église, qui à l’école, qui devant sa télé. Trop belliqueux, il importait de les calmer, qui en prison, qui à l’armée, qui chez le psy. Pleins de passions, il fallait qu’ils en deviennent esclaves, qui de l’avoir, qui du paraître, qui de leur ambition.
Avec le temps, la chrysalide de voyou, laisserait apparaître un citoyen bon teint, qui abandonnerait à jamais l’idée de changer l’ordre des choses.
Et vous aviez raison M. le Premier Ministre. Il y a longtemps, que le peuple a concédé - bon gré, mal gré - à l’état le monopole de la violence légitime. Cela était censé garantir les droits de chacun, mais avant tout l’intérêt commun. Les révoltes éclatent lorsque cette légitimité semble détournée à des fins illégitimes. Quand par exemple elle fini par servir l’intérêt des plus puissants en expliquant qu’il se confond avec l’interêt commun. Ainsi la violence économique qu’encourage votre gouvernement pourrait faire craindre en réponse un sursaut populaire violent.
Mais n’ayez crainte.
Plus personne ne songe désormais à utiliser “les boyaux des curés pour pendre les patrons” comme nous y encourageait la marionnette d’Arlette Laguiller des “guignols de l’info”. Au pire reste-il à certains assez de velléité pour demander l’autorisation à la préfecture d’exprimer leur trop plein d’indignation lors d’une manifestation qu’ils garantissent calme et digne.
Alors de grâce M. le Premier Ministre cessez vos rodomontades elles sont contre productives. La bousculade qui a malmenée les deux dirigeants d’Air France n’est annonciatrice d’aucun mouvement de fond. Ce n’est que l’épiphénomène d’une lassitude profonde et apathique des salariés français, qui les laisse le plus souvent sans réaction. Elle doit se juger à la seule aune de ses conséquences pour les “victimes”. A savoir une bonne trouille, une dignité froissée, une autorité à restaurer et une chemise à remplacer. Rien qui soit annonciateur du grand soir que vous redoutez tant et dont je n’ose même plus rêver, compte tenu de l’état de désespoir résigné dans lequel vous avez mis la classe “dangereuse”.

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