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Elections : en nos âmes et consciences ?

jeudi 14 juin 2012, par Sausausau

Les élections présidentielles ont été l’occasion de nombreux débats de société à la télévision, à la radio, mais aussi au travail, au bistrot, en famille, entre amis. J’ai moi même participé et parfois suscité certains de ces débats. Le dernier en date, le soir des élections présidentielles, m’opposait à deux de mes frères qui défendaient l’idée selon laquelle on vote toujours égoïstement. Il est normal selon eux que chacun se détermine et vote selon ses propres intérêts, qu’il examine et juge à travers sa propre situation économique et sociale. Pour ma part j’affirmais que le nombril n’a jamais été le point de vue idéal pour juger d’une situation globale de façon correcte. La recherche exclusive des intérêts personnels ne pouvant, mener à l’intérêt général, qui devrait pourtant être l’objectif prioritaire visé par notre vote. je persistai donc à affirmer qu’il fallait poser la question à partir d’un point de vue plus large. Tout ceci étant dit bien sûr, de façon beaucoup plus véhémente, plus confuse, et surtout plus bruyante, au fur et mesure que les bouteilles se vidaient. Je vous invite donc à poursuivre la réflexion dans des conditions moins amusantes mais plus propices au raisonnement.

Dans un premier temps on peut admettre assez facilement la position de mes bien aimés frangins pour une bonne et simple raison : c’est ainsi qu’il apparaît que la plupart des hommes fonctionnent, ils prennent les décisions qui leur semblent le plus à même de faire aboutir leurs projets immédiats ou à plus long terme, et ce après une analyse de la situation présente qui leur est propre. Les économistes et les sociologues ont théorisé ce comportement et le nomme théorie du choix rationnel. Selon eux les individus fondent leurs actions et leurs décisions sur des choix qui visent à maximiser leurs profits ou à minimiser leurs pertes. Même si elle peut-être influencée par des facteurs extérieurs la décision est au final, le fruit de leur propre raisonnement rationnel. La sauvegarde de nos propres intérêts est inscrite dans nos gènes. Il serait donc idiot de vouloir qu’il en soit autrement au seul prétexte d’une morale qui condamne l’égoïsme et qui a souvent nié la primauté de l’individu sur celle du groupe. Encore faut-il que cet intérêt soit bien compris. Comme le démontre le dilemme du prisonnier la coopération mutuelle est parfois plus efficace que le choix rationnel. La forme habituelle de ce dilemme est celle de deux prisonniers complices d’un délit, retenus dans des cellules séparées et qui ne peuvent communiquer.
- si un des deux prisonniers dénonce l’autre, il est libéré alors que le second écope de 10 ans
- si les deux se dénoncent ils seront condamnés à 5 ans ;
- si les deux se taisent, la peine sera de 6 mois, faute de preuve. Voyons quel est le choix rationnel, pour ce faire mettons nous à la place d’un prisonnier :
- première solution, si je me tais je risque soit six mois si l’autre se tait aussi, soit dix ans si l’autre parle ;
- deuxième solution, si je dénonce je risque 5 ans si l’autre me dénonce aussi, soit je suis libéré si l’autre se tait ; Dans ce dilemme le choix rationnel est de minimiser le risque, la moins pire des solutions apparaît comme étant la dénonciation quelque soit l’attitude de mon complice, je risque alors au pire 5 ans au mieux la liberté alors que si je me tais le risque est au pire de dix ans et au mieux de 6 mois. Mais l’autre étant tout aussi rationnel que moi va tenir exactement le même raisonnement, donc nous allons tous les deux nous dénoncer et allons prendre 5 ans chacun. Ainsi il apparaît que la meilleure des solutions pour les deux prisonniers serait de se taire tous les deux donc de coopérer, c’est le manque de confiance en l’autre et la recherche de l’intérêt personnel direct qui nous conduit à préférer la moins risquée des solutions plutôt que la meilleure. Bien sûr il ne s’agit pas ici de remettre en cause la rationalité comme principe efficace de décision, mais de souligner les limites d’une théorie qui pense l’homme comme un être purement rationnel dénué de sentiments, de pulsions, de rêves, d’instincts et donc à l’abri de toute irrationalité. Ceux qui vendent des véhicules 4X4 aux habitants des villes le savent très bien qui misent sur une irrationalité ici évidente. Donc l’homme n’est pas l’individu purement rationnel et pleinement informé que nous décrivent les économistes et certains sociologues, il est vrai de moins en moins nombreux. Comment détermine-t-il alors son vote ? Quand les classes sociales étaient bien définies, que les ségrégations qui se dessinaient entre elles tendaient à renforcer le lien social à l’intérieur de ces classes, le vote était le plus souvent le reflet de ces divisions, les catégories les plus défavorisées, les ouvriers, votaient à gauche, les classes les plus aisées votaient à droite, la ligne de fracture sociale dessinait peu ou prou une ligne de démarcation électorale. L’homme occidental moderne refuse aujourd’hui cette dichotomie. Aidé en cela par un matraquage médiatique postulant la disparition des classes sociales - il n’y aurait plus d’exploités et d’exploiteurs mais des personnes qui collaborent librement dans un marché concurrentiel, seul garant de l’équilibre global du système - il apprécie peu d’être réduit à une population statistique quelle qu’elle soit. Les différences de niveaux de vie sont admises et perçues de plus en plus comme étant le résultat d’un mélange de mérite individuel, d’opportunités qu’il faut savoir saisir et de succès qu’il faut savoir provoquer. Ayant enfin atteint le statut d’individu, libéré du carcan des statuts et des classes sociales qui réduisait considérablement les possibles de son avenir, il aspire aujourd’hui à une singularité qu’il veut toujours plus affirmée. Il entend bien prendre sa place dans l’ascenseur social quitte pour cela à en refuser l’accès à ceux qu’il juge illégitimes et qui empêchent le système de fonctionner. Les immigrés et assistés de tous poils deviennent pour beaucoup la surcharge dont il faut réduire la masse et certains votes traduisent bien souvent cet état d’esprit. La démocratie donne toute latitude aux hommes pour exprimer leurs opinions, toutes leurs opinions, même celles qui se nourrissent de leurs plus bas instincts. Nous pouvons le regretter, condamner ceux qui établissent sur ces bases un fond de commerce électoral abject, mais l’on doit aussi s’interroger sur la souffrance souvent réelle à l’origine de ces votes et y apporter des réponses dignes pour ne pas laisser ce terrain aux racistes et aux autoritaristes de droite et d’extrême droite. La liberté individuelle s’exprime dans le vote, il paraît évident qu’elle se manifeste aussi dans les projets de vie que nous imaginons. Mais est-ce aussi sûr ? Les hommes naissent libres et égaux en droit, peuvent exprimer leur volonté et tenter de la mettre en œuvre. Malheureusement cette recherche individuelle du bonheur que personne n’a encore vraiment réussi à définir, prend souvent le raccourci facile de la possession matérielle. La singularité est alors recherchée dans le choix de tel mode d’habitation, individuel ou collectif, à la ville ou à la campagne, de telle marque plutôt que telle autre, de telle destination de vacances, dans la pratique de tel sport, l’appartenance à tel club de supporter, autant de choix qui finalement se réduisent à des choix de consommation. Autrement dit, l’acte de consommation devient un marqueur fort de notre personnalité, et nos possessions nous identifient socialement. La consommation aujourd’hui trop souvent excessive devient un réservoir sans fond dans lequel s’abreuvent nos envies de plaisirs et ou se déversent finalement les frustrations de nos désirs à peine réalisés. Ce processus qui tend à nous résumer à nos actes marchands – je vends une partie de ma vie pour passer l’autre à dépenser ce que j’ai gagné – devient aussi l’arbitre de nos décisions. C’est souvent à la mesure du pouvoir d’achat que l’on nous promet que nous pensons la société idéale. Triste citoyenneté que celle ci. Elle engendre un individualisme qui tend au mieux à effacer l’autre, à le considérer comme quantité négligeable dans l’équation de notre réussite, au pire à le considérer comme un adversaire ou à en faire un moyen au service de nos fins. L’égoïsme prend le dessus, la confiance en son prochain disparaît, le contrat social qui permet à l’individu de faire société risque de se rompre et personne n’y a intérêt. Le plus convaincu des libéraux n’irait pas aujourd’hui prétendre le contraire : l’homme a et aura toujours besoin de son prochain, le sort de chacun est intimement lié à celui des autres. Comment donc concilier la recherche naturelle de la réussite individuelle et le nécessaire intérêt général. La première des difficultés est de définir l’intérêt général. Chacun va tout naturellement vouloir en faire une description qui puisse se calquer le plus précisément possible sur le sien propre, chacun mettra en avant ses propres valeurs, celles auxquelles il croit, tout sera question de rapport de force, et le résultat ne peut-être satisfaisant. Il faut donc trouver un système de mesure de l’intérêt général qui mette tout le monde d’accord. La justice devrait pouvoir remplir ce rôle. En effet, la justice est jugée par le sens commun, comme étant la vertu primordiale d’une organisation sociale, car tout le monde a intérêt à la justice, ou énoncé autrement, personne n’a intérêt à l’injustice. Même celui qui la commet ne voudrait pas la subir. On peut donc affirmer sans être contredit par quiconque de sensé, qu’une société idéale est une société ou règne la justice, où la recherche de la justice est le souci premier de ses gouvernants . Mais la justice est une finalité, une quête, et différents chemins peuvent y mener, il faut donc dépasser ce problème. Le concept de justice se défini comme étant le but commun que se fixe une société et qui pour ce faire établit un ensemble de principes répondant à une conception de la justice qui lui est propre. Il est donc indispensable de se mettre d’accord sur cette conception de la justice, sur ce qui nous permet de juger de ce qui est juste. Il y a beaucoup d’intuitions assez communément partagées sur l’idée de la justice, il persiste selon les lieux et les milieux sociaux des débats qui sont loin d’être tranchés. Selon John Rawls (1921-2003, Théorie de la justice), une théorie de la justice doit avoir pour but de définir les principes qui permettent de trouver l’équilibre juste entre des revendications concurrentes et pour ce faire de déterminer les éléments de jugements pertinents permettant de déterminer ce point d’équilibre. Autrement dit, il faut définir les règles qui permettent d’apprécier la justice d’une situation. Ces règles de jugement devant susciter le moins de controverse possible. Rawls suppose pour ce faire d’imaginer les règles de jugement que choisirait un groupe de personnes recouvert du voile d’ignorance : nul ne sait qui il est, quel est son sort présent passé ou futur dans la société, ils savent, par exemple, qu’ils ont une psychologie et des convictions mais ne savent pas lesquelles, donc personne ne cherchera à privilégier par égoïsme une situation plutôt qu’une autre, l’égoïsme par définition ne s’exerçant qu’à travers la perception que l’on a des conséquences personnelles d’une situation donnée, d’une décision, d’une loi. Chacun des participants à la réflexion doit expliquer sa position sur les problèmes de répartition en étant désintéressé de son sort et de celui de son voisin, on dépasse ainsi l’envie, chacun est rationnel et de bonne foi, un accord étant impossible autrement. Tous ces éléments devraient selon Rawls logiquement aboutir aux règles d’une justice en équité (une inégalité juste) basée sur les deux principes suivants :
- le principe d’égale liberté : « Chaque personne a droit aux libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système de liberté pour tous les autres » ;
- le principe de différence : « Les inégalités sociales et économiques doivent satisfaire à deux conditions : elles doivent d’abord être attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, dans des conditions de juste égalité des chances (2a), elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société.” Ainsi on admet que les revenus des plus riches s’accroissent si cela se entraine un accroissement de celui des plus pauvres, au moins dans la même proportion. D’autres auteurs ont défendus d’autres thèses notamment l’utilitarisme qui recherche la maximalisation de la somme de satisfaction globale sans se soucier de sa répartition entre les individus. Que la somme de richesse croisse et qu’importe qui en profite. C’est un peu ce que propose la société capitaliste, la croissance est une fin en soi peu importe sa redistribution. Il y a des approches théologique de la justice : le bien est défini indépendamment du juste (par exemple l’obéissance au règles de la religion) et le juste devient ce qui maximalise le bien. La lapidation des femmes adultère devient donc juste puisqu’elle obéit à un commandement divin. Pourtant toutes ces théories se rejoignent sur un point : une société injuste, ou plus précisément jugée comme telle pas les membres qui la compose, n’a pas d’avenir. Le souci prioritaire d’un gouvernement doit donc être la justice seule garante de l’intérêt général et du vivre ensemble. Pour cette raison tous essaieront de camoufler l’injustice de certaines de leurs décisions, en mettant en avant une pseudo-injustice qui serait plus grave encore. Ainsi sous prétexte qu’il serait injuste de payer plus de 50 % d’impôts l’état ferait des chèques aux plus riches avec l’argent des plus pauvres. Ce n’est évidemment qu’une abstraction, personne ne se laisserait berner par un tel subterfuge. Un autre exemple : considérant que le travail ne paye pas suffisamment, on déciderait de revoir à la baisse la situation des chômeurs et autres exclus du système, des assistés, qui vivent grassement de la solidarité nationale, ainsi le petit smicard, le petit commerçant, le petit artisan et le petit paysan sont contents, non pas que leurs sorts aient progressés, mais d’autres sont moins bien lotis et là est l’essentiel, ils ne sont pas les derniers, il y a quelqu’un en dessous. Bien entendu là aussi j’imagine que personne ne serait dupe. Pourtant tout cela est malheureusement et petitement humain. Dans l’adversité le jugement est souvent altéré. Et puis, tout le monde souhaitant devenir riche et personne n’aspirant à tomber dans la pauvreté, il est plus confortable d’imaginer les soucis du riche saigné par les impôts, que de compatir aux tourments du pauvre à qui il reste malgré tout, les restaurants du même nom. « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » Certains sociologues, moins caricaturaux que moi, expliquent ces rejets de la solidarité redistributive, comme une crise de la réciprocité. Selon eux la notion d’égalité ne se mesure pas à l’aune d’une situation économique la même pour tous, mais par le sentiment d’un équilibre des droits et des devoirs, et par la perception d’un engagement de chacun dans la vie sociale. Une rupture de cet équilibre avéré ou supposé et la défiance sociale se met en route, nourrissant les rancoeurs et les stigmatisations et devenant un frein à la solidarité alors perçue comme de l’assistanat. En période de chômage et de crise ceux qui se retrouvent, le plus souvent involontairement, exclus de cette nécessaire réciprocité, alimentent alors un sentiment d’injustice chez ceux qui ont l’impression d’être les seuls à alimenter la solidarité nationale, sentiment sur lequel surfent certains partis politique qui exacerbent les passions vouant à la vindicte populaire immigrés profiteurs et chômeurs fainéants et assistés. On le voit le sentiment d’injustice peut prendre parfois un sinistre visage, être faussé, être utilisé à des fins peu glorieuses, pourtant il est celui qui suscite les plus fortes réactions d’indignation aussi, nul ne revendiquera jamais l’injustice de ses actions, même les tyrans qui pourtant n’ont pas à se soucier d’être réélus, auront toujours à cœur de justifier une injustice par la nécessité de mettre un terme à une autre, à leurs yeux encore plus grande. Le peuple doit en conséquence avoir toujours à cœur d’éclairer suffisamment son jugement, quitte à blesser les yeux du tyran qui aura toujours du mal à s’accommoder à la lumière de la vérité.

Pour en revenir à notre débat faut-il donc voter en suivant ses intérêts immédiats et purement personnels ou faut-il essayer d’apprécier la situation du point de vue de la justice. Je dirais les deux, mais la vérité réside je crois dans l’ordre d’examen. Il est primordial en tout état de cause de se sortir la tête du nombril pour s’assurer dans un premier temps que ses intérêts personnels sont effectivement ceux qu’ils semblent être. Bien évidemment, certaines situations ne sont guère propices à une analyse rigoureuse et juste. Nécessité fait souvent loi et peut fausser le jugement. Par exemple, le petit patron qui se lance dans les affaires et qui rencontre des difficultés financières, peu avoir plusieurs analyses sur les causes de ses problèmes dont aucune n’est fausse de son point de vue, puisque chacune peut arranger sa situation. Il paye trop de charges, trop d’impôts, le smic est trop élevé, le temps de travail pas assez flexible, les salariés trop protégés, pas assez fiables etc… Une analyse précise d’une situation s’obtient en la mettant en perspective avec les différents niveaux avec lesquels elle interagit. Avec un minimum d’objectivité nous voyons bien qu’aucune de ces solutions n’est réellement satisfaisante, puisque chacune reviens à faire supporter à la collectivité, et principalement aux salariés, les difficultés financière de l’entreprise, donc à déplacer le problème. Si on examine la situation en fonction de règles élémentaires d’économie, on se rend vite compte que les difficultés de l’entreprise se résument souvent à un décalage entre l’offre et la demande : trop de monde se dispute des clients trop peu nombreux. Comme pourrait dire La Palice s’il avait plus de clients, et s’ils étaient moins radins cela irait mieux. Pourquoi ce décalage ? Pour plusieurs raisons, la plus importante étant le chômage de masse et les dégradations de la condition salariale qu’il engendre. Quitte à subir le risque de l’aléa économique, autant avoir l’impression de maîtriser son destin. Ainsi monter son entreprise peu apparaître pour beaucoup une opportunité dans une période de chômage, pour être enfin débarrassé de son chef, pour être son propre patron, pour gagner plus d’argent, pour maîtriser ses conditions de travail, pour l’intérêt d’entreprendre. Résultat, beaucoup se lancent, la concurrence fait rage, les prix baissent et ne permettent plus aux plus faibles, qui ont dû s’endetter pour acquérir leur affaire, d’équilibrer leur comptes. Et c’est ici que le problème de logique apparaît, c’est ici que la réalité se déforme. Il est plus confortable de remettre en cause les règles du jeu social, qui pourtant préexistaient pour la plupart à la création de l’entreprise, que d’admettre l’erreur de jugement qui a conduit à cette création. Moins difficile de critiquer la fiabilité de son personnel que de remettre en cause ses propres qualités. Plus facile de remettre en cause le poids des lois sociales que de dénoncer le système capitaliste. Mais que dirait-on d’un joueur qui, en cours de partie, demanderait à changer les règles à son avantage ? On peut refuser de commencer la partie car on trouve les règles injustes ou idiotes, on peut abandonner la partie, mais on ne change pas les règles en cours de jeu. Cela ne veut pas dire que l’ordre social est immuable, il est le résultat d’un rapport de force constant et mouvant, mais il faut cesser de chercher une logique économique dans ce qui se résume à des revendications individuelles ou corporatistes. Il faut que de part et d’autres elles soient assumées comme telles. Le salarié qui réclame une augmentation de salaire, vise avant tout à une amélioration de son niveau de vie, son but n’est pas la relance de l’économie par la croissance. De la même façon le patron qui demande une baisse des charges ne le fait pas pour favoriser l’emploi mais bien pour augmenter ses profits ou pour minimiser ses pertes.

Je l’avoue, je me suis un peu éloigné de la problématique de départ, c’est souvent ainsi, on s’accroche au fil d’un raisonnement et la complexité du sujet a vite fait de l’embrouiller avec le fil de la pensée. Les nœuds défaits, on se retrouve un peu loin de la question initiale. Revenons y : faut-il voter en altruiste ou en égoïste ? J’ai essayé de vous convaincre de la nécessité de douter. Douter d’abord de soi, de sa rationalité, de ses motivations réelles ou supposées, de sa capacité de résistance à ses instincts primaires et de sa capacité de jugement. Pas un doute qui nous mènerait au scepticisme, qui nous conduirait à penser que la vérité est hors de porté, et qu’il vaut mieux s’abstenir, mais un doute constructif, qui forge notre opinion à la braise de nos idées et pas à nos enflammements, un doute qui fonde nos convictions pour mieux les raffermir. Alors il conviendra de se poser la question de la justice de l’action politique menée par ceux auxquels on donne son suffrage et de ne pas se laisser distraire dans ce questionnement par d’autres problématiques qui ne sauraient être que qu’accessoires. Pour enfoncer le clou je souhaite mettre en évidence ce qui peu paraître comme un paradoxe mais qui n’en a que l’apparence : en donnant priorité à l’altruisme on sert son égoïsme. En effet si on est certain que la défense de la justice fonde prioritairement notre constitution, que notre gouvernement suit à la lettre et dans l’esprit cette constitution, que les lois qui sont votées obéissent à cette constitution donc à la justice qui l’inspire, alors chacun peut dans le respect des règles établies ne viser que la réussite de ses projets personnels sans se soucier de considérations morales ou éthiques, ces dernières étant garanties par l’application par tous du principe de justice. Elle est pas belle la vie ! Etre égoïste et avoir bonne conscience, l’inconciliable enfin réalisé. Allez patrons ça s’arrose et c’est vous qui payez !

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