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Faut rigoler, faut rigoler…

mercredi 17 juin 2015, par Sausausau


L’absence de réaction de la part de mon entourage immédiat à mon dernier texte - qui disait toute ma rancœur à l’encontre du gouvernement socialiste - laisse à penser qu’il n’a pas marqué les esprits. Dans le meilleur des cas, cela signifie que ceux qui ont bien voulu s’arracher à leur quotidien - boulot, apéros, infos et dodo - pour y consacrer le quart d’heure de lecture nécessaire, sont blasés par le condensé de talent qu’ils sont habitués à trouver dans mes écrits : finesse de l’analyse, pertinence du propos, érudition du discours, clarté de la langue ; soit plus probablement, que je commence à les leur briser menu avec ma prose politique pédante et philosophante. Cela suffit doivent-ils penser ! Au début, pour ses premiers textes, il fallait l’encourager à faire quelque chose de ses journées, sinon il regardait les mouches mourrir, il y avait presque une forme de charité chrétienne à s’y intéresser. Mais ça dure. En plus à Noël, il enfonce le clou. Il compile ses conneries dans un livre qu’il nous offre ! A force y en a un peu marre de ses couplets moralisateurs qui prétendent dire aux autres comment il faut penser, comment il faut voter ou pas, comment ce serait bien si on était tous comme lui. Quand il ne se prend pas au sérieux et qu’il nous fait rire passe encore mais quand il affiche ses postures d’intello basta !
Je vous ai compris ! C’est promis j’arrête de vous seriner avec mes foutaises. Et après tout vous avez raison, qu’elle importance la gauche, la droite, la vérité, l’erreur, notre bon dieu, celui des autres, le vivre ensemble, le communautarisme, l’honnêteté, le mensonge, la justice, l’égoïsme. Le monde est ce qu’il est, les hommes sont comme ils sont et toutes les réflexions sont vaines car elles ne changerons pas l’ordre du monde. L’essentiel c’est de tirer son épingle du jeu, d’être dans le camp de ceux qui gagnent ou au moins de ne pas trop perdre. L’important c’est les petits bonheurs quotidiens, la famille, les vacances, les copains, les petites bouffes, une petite pipe de temps en temps comme le chante Sébastien sur le service public, pas trop d’emmerdes ni trop d’impôts et pourvu que sa dure longtemps comme ça. Une piqûre à la fin pour pas trop souffrir et on aura eu une belle petite vie pépère. Et surtout, ne pas se prendre la tête et ne pas perdre une occasion de se marrer, car, quand même, la vie c’est pas toujours drôle…
J’ai bon ? C’est à peu près comme cela que vous voyez les choses ? Donc allons-y, chaussons le gros nez rouge du pitre et rigolons. Lâchons nous tout est permis. Pas d’interdit tout sera pardonné, si c’est pour rire. Brocardons, méprisons, narguons, persifflons, ironisons, ridiculisons… la condition humaine est si triste, la dérision doit être de règle ! Cassez, sans état d’âme, les bons sentiments, les marques d’affection, Dieu que c’est ringard ! Aiguisons notre sens de l’humour, peaufinons notre second degré, moquons nous, y compris de nous même… le principal c’est de se marrer. Ne pas se prendre au sérieux voilà le remède à tous nos maux. Le doigt d’honneur devient le signe de ralliement des nouveaux affranchis. Montrez votre cul, pas seulement aux notaires, la terre entière doit savoir combien vous la raillez. Certains résistent, acculez-les. Sortez les caméras, tendez les micros, les Français doivent apprendre qu’ils osent encore se prendre au sérieux, qu’ils esquivent la facétie. Allez tous ensemble ! Qui ne saute pas est prétentieux, ouais ! Pets incontrôlés et slips troués, ironie mouchetée ou blagues graveleuses, rire gras et chansons débiles, sardines en boite se trémoussant et morues de tous styles, c’est la marrée : ta mère en tongs, ta sœur en string, ton père en caleçon ou l’inverse, choisissez votre genre et faites tourner les mouchoirs ! Gros, petits, maigres, moches, handicapés, sportifs, beaufs, bourges, bobos, intellos, pauvres, riches, tout le monde sera servi. On a du stock ! Ne craignez pas la vulgarité Coluche l’a amochée et l’esprit canal l’a achevée. Le ridicule ? Cultivez le c’est tendance. Sur la tête, le slip c’est in. L’outrance ? Bien ! Vous avez de la suite dans les idées. La grossièreté ? Quel jugement petit bourgeois.
Riez vous dis-je. Vous connaissez les dernières ? Allez j’y vais de mon petit stand-up même Drucker va s’y mettre.
- C’est l’histoire de Jean-Pierre, il va voter Hollande.
- C’est pas vrai !
- Non c’est pas vrai…
- Sinon, Sonia a trouvé un boulot…
- Encore… Elle doit être contente !
- Thierry son mari a trouvé cent francs il va payer à boire…
- Cent euros tu veux dire ?
- Non cent francs, dans son porte monnaie, il les gardait pour une grande occasion.
- L’autre soir Christophe a piqué une grosse colère contre Brigitte.
- Pour quelle raison, elle voulait l’aider à débarrasser la table ?
- Non elle voulait que leur fils Maxime la mette !
- Mon frère Stéphane et sa femme Cécile sont allés au Vietnam.
- C’était bien ?
- Le voyage est long, fatiguant, il fait trop chaud, des fois on dort à même le sol, ces sauvages mangent du chien et des insectes, ils ne comprennent pas le français, il y a beaucoup de misère, mais ça dépayse et ça ne dure que 15 jours.
- Tu te moques mais toi aussi cette année tu as alimenté le tourisme de masse.
- Effectivement, le beauf parfait. All inclusive à Punta Cana, Rhum, soleil, et farniente sur la plage, sans même l’alibi d’une excursion culturelle, du coup cet été c’est la Bretagne…
- Tu as raison c’est plus culturel.
- Non c’est juste que le Calva et la pluie, ça me changera un peu.
- Mon autre frère Thierry et sa femme Evelyne s’échappent une semaine en août à Marseillan, ça va leur faire du bien.
- Beaucoup de beaufs quand même à Marseillan en août. Au moins ils seront pas trop dépaysés …
- Tu sais on est toujours le beauf de quelqu’un qu’on on y réfléchi, car la caractéristique essentiel du beauf c’est dans le regard de l’autre qu’elle se trouve.
- Ça y est tu recommences à philoconner !
- Juste un instant, après je remets mon chapeau pointu.
Pour beaucoup, le beauf c’est le prolo, inculte, bruyant, qui rote, qui pète, qui se gratte les couilles et que cela fait rire, toujours prêt à se jeter un pastis derrière le gosier, qui ne conçoit pas un pique nique sans le barbecue merguez et chipolata, sûr de ses idées arrêtées et de ses préjugés. Pour d’autres, c’est le bobo de gauche, toujours à traîner les musées, à défendre les sans papiers ou les musulmans, à trier ses poubelles, à aller au ciné voir des films français ou pire, chinois, iraniens sans les sous-titres et à vélo en plus. Pour certains ce sont les nouveaux riches et leur signes ostentatoires de succès, leurs Rolex, leurs 4x4, leurs manières pas encore totalement polies. Dans les années soixante c’était la bourgeoisie guindée et catho qu’il fallait pourfendre, leurs culs serrés qu’il fallait détendre, leurs valeurs rétrogrades que l’on se devait de descendre. Aux yeux des jeunes tous les vieux ou presque le sont plus ou moins. Le beauf c’est celui qui s’attarde dans une époque, dans une mode, c’est celui qui est en décalage temporel avec ceux qui font et défont à un rythme effréné les us et les coutumes d’une époque. Pour les plus vieux, les jeunes décérébrés qui s’exhibent dans les émissions de télé-réalité qui montrent leurs muscles, leurs fesses, leurs seins, leur bêtise abyssale, leur connerie monumentale, sont l’incarnation même du nouveau beauf, auparavant caricaturé par Cabu comme un pubard parisien branché et parvenu, alors que pour les parisiens les plus beaux spécimens se trouvent à Lille ou à Marseille dont certains enculent en sautillant leurs homologues du PSG.
La diversité est si grande concernant la famille des beaufs que l’on pourrait presque parodier Sartre en affirmant “le beauf c’est les autres”.
L’homme est d’une époque, d’une culture, d’un groupe social, qui le déterminent fortement. Néanmoins il n’a de cesse d’être balloté entre son besoin d’en être et son désir d’affirmer son individualité, sa différence. Il reconnait dans son prochain l’espèce à laquelle lui même appartient et ainsi il prend conscience de ses travers plus ou moins marqués. Refusant cette similitude peu flatteuse il invente une nouvelle catégorie, le beauf, dans laquelle il classe ceux dont il souhaite se démarquer, espérant que cette nouvelle anthropologie le coupe à jamais de cette famille honteuse.
Sartre encore lui, disait que le vrai salaud est celui qui tire gloriole et profit de son existence, qui n’est pas prêt à reconsidérer son égoïsme forcené et qui succombe tout le temps à la tentation du bien être. On pourrait peut-être faire une analogie et dire que le vrai beauf c’est celui qui tire fierté de ses lacunes, qui se complait dans ses préjugés, fussent-ils de bon ton, et qui n’a pas la volonté de sortir de sa mesquinerie. Cette définition est certainement imparfaite mais elle a le mérite d’être un peu moins clivante, de laisser à Patrick Sébastien et à ses téléspectateurs des chances de rédemption, et elle permet aux touristes Marseillanais de boire leur pastis sans subir les quolibets de ceux qui vont à Biarritz.
- Ça y est t’as fini avec ton Sartre… Et Denis et Clémence ils l’installent leur cuisine ?
- Doucement, doucement, quand Denis a fini le ménage et le repassage avant de faire le repas il monte un meuble.
- C’est bien n’empêche, maintenant les jeunes hommes n’hésitent plus à prendre leur juste part des tâches ménagères. Ton fils Franck toujours à Lyon ?
- Oui c’est la capitale de la gastronomie, il y a du travail à revendre pour un cuisinier là-bas, d’ailleurs il en a acheté un, le patron est sympa il lui fait des facilités de paiement, il retient son dû mensuellement sur les heures supplémentaires.
Au fait en parlant de patron sympa, vendredi dernier on a fait une bouffe chez Caro et Richard.
- Caro ça fait longtemps que je l’ai pas vue ; elle a grossi ou elle est au régime ? Et Richard ça va ?
- Les affaires marchent bien. Bon comme tous les patrons il râle un peu quand il faut payer l’impôt sur les dividendes et il va voter Sarko en espérant en payer moins. Par contre avec ses amis il est généreux, les bons vins, les bons petits plats (préparés au thermomix) on ne manque de rien.
- Il peut, vous payez l’impôt à sa place ! De qui n’a-t-on pas encore rit ?
- Des amis célibataires, mais eux faut pas se moquer.
- Pourquoi on dit bien : pas de bras, pas de chocolat.
- Rions plutôt de toi.
- De moi, mais je n’existe pas, je suis un personnage imaginaire qui te donne la réplique. On ne peut se moquer de ce qui n’a pas de réalité. C’est une faille dans une réalité attendue qui provoque le rire.
- Et bien donnons un peu de corps à ton personnage tu verras il deviendra vite risible.
Imaginons une femme, plutôt blonde - l’imaginaire populaire adore s’en moquer -, la cinquantaine bien sonnée, des traits qui s’affaissent un peu mais toujours jolie, parfois même sexy, qui hésite encore sur la coiffure qui lui va le mieux, qui se désole de prendre du ventre mais se console en passant du bonnet C au bonnet D, qui s’exaspère gentiment des ronflements de son mari et tente de l’imiter, qui…
- Non ! Tu me laisses en dehors de cela. De toute façon je n’ai pas l’esprit de contradiction assez aiguisé pour te servir d’interlocuteur, je retourne à mes mots croisés, s’exclame ma femme.
- Bon alors rions de l’auteur.
J’entends d’ici l’enthousiasme vengeur qui s’empare de chacun d’entre-vous à cette idée. Comment non seulement il nous saoule avec sa prose mais maintenant il rit à nos dépends et demain, il nous plante une plume dans le cul et nous expose à Medrano ! Il va voir de quel bois on se chauffe. Vas-y Thierry ! Imite le avec sa démarche de pingouin et ses bras trop courts qui complètent si bien la ressemblance. Comment disait-il déjà dans ses discours syndicaux ? “In fine…Force est de constater… “ toujours à vouloir employer des grands mots pour nous signifier qu’on s’était fait baiser. Aldo ne s’y est pas trompé qui l’avait surnommé Confucius, dans ce mot il y confus, et pas seulement, cela le décrit plutôt bien non ?
- Bon ça y est, ça va mieux, vous vous êtes défoulés. Allez un coup de blanc pour tout le monde cela détendra l’atmosphère. Pas pour toi Christophe ça te donne des rougeurs, ok. Et toi Sonia tu préfère du moelleux, bien. Caro tu veux que de l’eau, t’es au régime, parfait et vous les frangins plutôt du pastis, très bien. Et Colette elle veut bien du blanc, elle ? Ah oui j’oubliais, elle c’est pas la vache qui broute dans le près.
Voilà le rire c’est comme les apéros, tout le monde ne goûte pas aux mêmes cocktails et même si de temps en temps cela fait du bien il ne faut pas en abuser. Le rire est le propre de l’homme dit-on, mais c’est bien son intelligence qui le déclenche d’où la nécessité de sans cesse la cultiver, sauf à vouloir imiter l’idiot du village affichant perpétuellement un sourire satisfait, face à Hanouna, Bigard et autres bouffons de la TNT payés pour nous faire oublier à quel point ils nous prennent pour des cons.
Autrement dit, ne vous réjouissez pas trop vite, contrairement à ce que j’avais annoncé en introduction, je ne renonce pas à essayer de vous arracher à votre télé.

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