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Islam, Islamisme et extrémisme islamique, pas d’amalgame ?

mercredi 5 novembre 2014, par Sausausau

Un matin sur France Inter, François Rollin a rajouté une pierre inutile à l’édifice déjà monumental de la connerie humaine. Le billet qu’il nous livre régulièrement à 9 heures parvient habituellement à me dérider - ce qui je le concède n’est pas chose facile au réveil. Aujourd’hui il a jugé indispensable de rajouter une couche sur la bulle de bien-pensance qui enferme les médias dans un ronronnement lénifiant. Cette sphère qui prétend émettre la bonne opinion, diffuse les discours autorisés, les autres ne parvenant aux oreilles des auditeurs, qu’affublé du sceau infamant de la réaction ou de l’intolérance. Ainsi M. Rollin a jugé indispensable de dire à son tour, ce que les chantres du vivre ensemble crient à l’unisson depuis plusieurs semaines : “les musulmans n’ont rien à voir avec les islamistes qui veulent imposer le Califat au moyen orient, qui égorgent les infidèles et qui explosent les impies à coup de kamikazes illuminés ! ”. Voilà qui est dit et redit et qui méritait de l’être, tellement les gens sont cons et racistes et qu’il faut bien les éduquer quand même ! Donc n’écoutant que son courage, voilà notre François qui rejoint l’armée pacificatrice entendant protéger les innocents musulmans contre une vindicte populaire qui pourrait se transformer si on n’y prend garde en une horde vengeresse prête à une nouvelle Saint Barthélémy (soit dit en passant, s’il existe effectivement dans le monde des musulmans en danger, ils le doivent le plus souvent à d’autres musulmans).
En préparant son billet François a bien senti qu’il pouvait être un peu vain de rajouter sa voix à un choeur déjà tonitruant. Mais est-ce le manque d’inspiration ou le manque de temps, il n’y a pourtant pas renoncé. Puisant au fond de son athéisme la légitimité nécessaire à la défense des musulmans en danger de stigmatisation, il nous a assuré que nos voisins étaient fondamentalement différents de ceux qui égorgent nos compatriotes en orient et qu’il convenait séance tenante de renoncer à tout rapprochement offensant entre les musulmans et les autres dingues.
Et pour donner toute la force nécessaire à son propos, il nous rappelle qu’il ne peut être suspecté de complaisance lui qui n’ayant jamais rien cédé aux Chrétiens de toute obédience, n’entend pas se faire dicter sa conduite par quelques curés que ce soient, fussent-ils barbus et enturbannés. En conséquence de quoi, il s’est senti investi du devoir de faire profiter ses concitoyens incultes et xénophobes, de son avis motivé, ce dont je suppose nous devrions lui savoir gré. Néanmoins, tout le monde n’a pas vocation à devenir pompier et à vouloir éteindre le feu qui couve avec n’importe quoi, on prend le risque de l’attiser.
Qu’il y ait une stigmatisation de la religion musulmane en France et plus globalement en occident ne fait aucun doute. Que celle-ci soit le résultat d’un racisme atavique propre aux français ou à la culture occidentale, est beaucoup plus discutable. La France est un pays sécularisé. Les églises se vident, certaines tombent en ruine. Dans le même temps, les mosquées manquent pour accueillir tous leurs fidèles. La religion Chrétienne se pratique de moins en moins, alors que les tenues vestimentaires témoignant d’une appartenance active à l’Islam investissent l’espace public avec ostentation. Ceci ne peut-être sans conséquence. Les Français avaient fini par s’accorder sur l’idée que Dieu devait être renvoyé là où il serait le moins dangereux possible pour la société : dans le fort intérieur de chacun. La pratique d’un Islam décomplexé et parfois revanchard - les colonisateurs n’ont rien pu contre notre foi - vient heurter de front ce consensus et suscite une défiance légitime, que les évènements récents aggravent.
Il faut se garder de tout amalgame, ceci est une évidence. Il est dangereux, imbécile et sans avenir de monter les uns contre les autres des groupes, qui bon gré mal gré doivent vivre ensemble, c’est une certitude. La vie en société réclame la sage modération de nos jugements publics envers les autres, cela va de soit. Mais qu’il faille par crainte de débordement, tomber dans la tartufferie bruyante, la flagornerie complaisante, et renoncer à la raison en décrétant de manière aussi hypocrite que péremptoire, l’existence d’une frontière imperméable entre une religion et ses dérives, me semble aussi idiot que contre productif. Nous ne pouvons pas sans contradiction flagrante tenir ce discours déresponsabilisant et nous repentir en tant que Français pour Vichy, pour la colonisation, et pour l’esclavage.
Les mantras de la tolérance ne suffiront pas à faire advenir le monde pacifié et multiculturel dont rêvent certains, bien à l’abri dans leurs certitudes humanistes et dans leurs quartiers chics. L’aspect performatif du verbe trouve ici ses limites. Je suis intimement convaincu de la nécessité primordiale pour l’avenir du monde de cultiver l’humanité qui est en chacun de nous et non pas la part sombre. Il n’en reste pas moins vrai que pour diverses raisons, économiques, sociales ou culturelles, certains sont moins sensibles que d’autres à cette éducation. On peu le regretter mais le nier serait dangereux pour nos valeurs.
Il nous faut admettre que tous les fous de Dieu ne pourraient exister sans croyance. Sans Coran pas de détournement du Coran. Si certains peuvent abuser les croyants c’est précisément parce qu’ils sont crédules - eux appellent cela la foi. Le contenu du Livre est sans importance. Vérité, mensonge, livre de paix ou guerrier peu importe. Sa puissance apparaît par la multitude qu’il peut fédérer. Ses potentialités naissent de l’ascendance qu’il exerce sur les modes de vie et de pensée des hommes. Quiconque s’en réclame - légitimement ou non, pourvu qu’il soit reconnu comme tel par certains - obtient un pouvoir considérable sur eux. Sans la fable, pas d’assistance à subjuguer, pas de fidèles ou d’impies, pas de héros ni de traître. Sans Nouveau Testament pas de tombeau à reconquérir, pas de croisade. Jésus est une condition insuffisante mais nécessaire à expliquer les dérives sanglante du Christianisme. Les livres permettent à ceux qui les lisent de parler au nom de leurs auteurs. Par conséquent je me méfie de ceux dont on prétend qu’ils ont été écrits ou dictés par Dieu. Cela rend leurs exégètes difficilement critiquables.
Toute idéologie, qu’elle soit religieuse ou politique, contient en germe le meilleur comme le pire dès lors qu’elle entend édicter une façon d’être ou de penser par trop intrusive. L’histoire nous l’a souvent démontré. Sans Mein Kampf pas de Nazisme. Sans Manifeste du parti communiste, pas de Staline, pas de goulag. En limitant le libre arbitre, les dogmes déresponsabilisent et maintiennent les hommes dans la dépendance à une autorité supérieure qui peut alors en abuser. Les religions en général, et l’islam en particulier avec son chapelet de “haram” et de “halal”, sont de ceux-ci. L’Islam inculque à ses croyants un devoir d’obéissance sans faille aux préceptes coraniques et donc indirectement à ceux qui s’en réclament. C’est l’emprise profonde de la religion sur les musulmans qui permet les dérives que nous connaissons. C’est l’archaïsme patriarcal dans lequel elle maintient ses fidèles qui empêche la contestation de ses dogmes (voir les difficultés des tunisiens pour se défaire d’Ennahdha). Ceux qui ne veulent pas l’admettre, tentent un parallèle avec les dérives sectaires, soulignant que les gourous existent par ailleurs. C’est vrai l’Islam n’a pas le monopole de la manipulation des masses. La secte Moon et la Scientologie sont des exemples célèbres. Le capitalisme et ses laudateurs y parviennent aussi très bien.
Mais cette assertion ne fait que conforter ma position. C’est bien sur les personnes les plus influençables que peut s’exercer cette emprise et l’Islam, comme d’autres religions, qui font de l’obéissance une qualité fondamentale du croyant, cultive ainsi le caractère soumis de ses ouailles. Certains intellectuels musulmans commencent à débattre du problème, ce ne serait pas leur rendre justice que de le nier.
Mon propos n’est pas ici de discréditer toute doctrine spirituelle (même si la tentation est grande) ou temporelle. L’homme à encore besoin d’idéaux, mais pour ma part je les préfère dictés par la raison que par la crédulité. Néanmoins il faut être à même de les remettre en cause sans tabous, quitte à froisser quelques susceptibilités. Si la vraie gauche (celle qui n’a pas encore fait allégeance au libéralisme), s’entête à poser comme principe que le seul vrai problème est celui du partage des richesses, si elle évacue ce genre de débats du champ de l’analyse, si elle continue de mépriser du haut de ses postures humanistes ceux qui les pose, elle se coupera un peu plus du peuple, deviendra de plus en plus inaudible et laissera à d’autres toute latitude pour proposer des alternatives radicales y compris en matière économique.

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