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Je n’aime pas les riches !

mardi 6 mars 2012, par Sausausau

Moi non plus, je n’aime pas les riches !
Evidement pas les petits riches, les obscurs, les sans grades, qui ne sont même pas concernés par la spoliation inique dont Hollande a dévoilé le projet récemment, lequel consisterait à taxer d’un impôt de 75 % la tranche des revenus supérieurs à un million d’euros par an.

Non pas question ici du patron de PME qui résiste avec courage à la tentation de délocaliser son activité, qui s’attache à grand peine à remplir le carnet de commande dont dépendent les salaires de ses employés, et aussi — il faut l’avouer — le remplacement de son 4x4, l’entretien du chalet de l’alpe d’huez ou l’agrandissement de la piscine de la villa de Sanary.

L’objet de mon courroux n’est pas non plus l’avocat associé d’un grand cabinet qui passe 80 heures par semaine — au moins les facture-t-il — à défendre les intérêts des causes les plus nobles et surtout, il faut bien vivre, des plus riches.

Pas plus que le pharmacien dont on sait l’attachement désintéressé à la santé de la population et qui vit de plus en plus difficilement d’un commerce, pourtant subventionné et dont l’état lui assure le monopole.
Pas d’avantage, le grand chirurgien à qui l’on confie sa vie et il est vrai un peu de sa bourse, et qui se voit contraint, oubliant Hippocrate et son satané serment, de surfacturer la prothèse de hanche, très au-delà de tout « tact et mesure », pour pouvoir maintenir un niveau de vie toujours plus chiche.

Bien évidemment ce ne sont pas ces gens-là qui alimentent mon ressentiment. Et en bon Français, enfin libéré de ce vieux fond judéo chrétien, qui rendait suspects ceux qui réussissaient, je leur accorde le bénéfice du doute et j’admets que leur richesse c’est du mérite, de l’intelligence et beaucoup de travail.
Non ce sont les autres que je n’aime pas.

Ceux qui appartiennent au dessus du panier.

Ceux dont régulièrement, les magazines spécialisés estiment, mesurent, classent, comparent, analysent la richesse, pour mieux nous faire apprécier leurs mérites, et pour mieux nous faire rêver, à grand coup de siècles de SMIC, de yacht de luxe et autres hôtels particuliers.

Ceux dont partout on commence à se demander — alors que des pays entiers sont menacés par la faillite, que les Grecs s’apprêtent à vendre l’Acropole, que les châteaux en Espagne s’effondrent, que les soupes populaires font le plein — si en ces temps de crise, il est vraiment convenable de les voir prélever une part toujours plus grosse d’un gâteau, dont certains n’ont des miettes, que le souvenir.

Ce sont ces capitaines d’industrie, que je dénonce, dirigeants compétents certes, mais dont le premier talent a été de convaincre leurs employeurs qu’ils appartenaient à une espèce extrêmement rare, très difficile à reproduire, dont il fallait assurer la survie à tous prix et même à n’importe quel prix, celui-ci pouvant être inversement proportionnel aux résultats de l’entreprise qu’ils dirigent, sous l’effet d’une étrange loi économique ne valant que pour leur salaire.

Ce sont les descendants des grandes familles industrielles, que je blâme, pauvres héritiers condamnés à faire fructifier un patrimoine qui ne leur doit rien et qui pour ce
faire entretiennent les premiers, parce que c’est ainsi que le monde fonctionne et qu’il est bon que les traditions se perpétuent.

Ceux qui sont à la tête de l’empire financier ou industriel, qu’ils ont créés, grâce à l’intelligence profonde qu’ils ont du monde des affaires, mais aussi à grand coup d’acquisitions, de fusion, d’OPA conquérantes, de coups tordus, de trahisons, de compromissions, de plans sociaux courageux, d’aides de l’état, de prêts bancaires remboursés par le contribuable, et qui font l’honneur et la richesse de notre pays.
Ces grand sportifs qui font rêver les gosses dont les petits yeux brillent d’envie, à l’idée de devenir un jour : Zidane, Tony Parker ou David Beecham pour comme eux, être pétés de thunes, avoir des belles voitures, et se taper des meufs canons.
Ces artistes à succès qui font la gloire artistique et culturelle de notre pays, mais pas sa richesse fiscale, pour qui la France est une vieille maîtresse dont dépendent les affaires mais chez qui on ne couche plus, dont l’amour de l’art sert d’alibi à une industrie du spectacle pourvoyeuse de cachets faramineux pour les uns et qui propose aux autres à peine un statut d’intermittents du spectacle.
D’aucuns auront vite éclairci les raisons inavouables de cette rancœur, vite découvert les coins sombres de mon âme où se nichent les causes réelles de cette animosité. Haine du perdant envers ceux qui ont réussis, envie malsaine de l’indolent paresseux qui n’a jamais rien entrepris pour s’élever, culot déplacé de celui qui vit de ses rentes fussent-elles d’invalidité, imprégnation résiduelle d’une culture judéo chrétienne tendant à tenir l’argent comme maléfique, archaïsme Marxiste qui voit dans la propriété le vol.
Soyons beau joueur, saluons leur perspicacité et admettons qu’un psychanalyste habile, pourrait me convaincre, au terme d’une analyse poussée, de l’un ou l’autre de ces travers, nul n’est parfait.
Pour autant je reste persuadé que c’est bien leur comportement déviant qui fait le lit de ma rancœur et non mon âme, aussi torturée soit-elle, qui lui donne naissance.
Ainsi parmi toutes les qualités qui leur ont permis de s’élever aussi haut, et que nul ne saurait leur contester sans déclencher aussitôt les foudres de leur thuriféraires et de certaines élites intellectuelles courtisanes, il en est une qui surpasse toutes les autres : leur art de l’illusion.
En effet, partant de l’axiome incontestable selon lequel, toute richesse ne se crée que par le travail, ils usent d’un sophisme habile mais néanmoins boiteux, pour conclurent que leur richesse est le fruit de leur travail. Ce glissement sémantique de l’argent vers le travail a deux raisons d’être. Il permet d’une part, de revêtir leurs gains outranciers d’un accoutrement moral dont ils sont, eux et leur cour, les seuls dupes — car en la matière le roi est nu. D’autre part il concourt à propager l’idée selon laquelle, il va falloir nécessairement travailler plus pour gagner plus. Ils oublient un détail, plutôt font mine de l’oublier, le travail contenu dans leur richesse ne saurait se réduire à leur seul travail. Les journées de Bernard Arnault, comme les miennes ne comptant que 24 heures, je vous laisse calculer la compétitivité horaire du personnage si tel était le cas.
Plus sérieusement, leur richesse est la conséquence de l’exploitation du travail des autres, aujourd’hui admise, recommandée même, et que l’on dénomme « création d’emploi » pour satisfaire au politiquement correct. Et si par un absurde entêtement M. Arnault voulait évacuer le travail de ses salariés de l’équation de sa richesse, il devrait admettre que c’est son argent, investi dans un processus de production, ou dans la spéculation qui fait sa richesse et que son propre travail n’en est qu’une part infinitésimale.

Comme tous les maîtres de l’illusion, ils ont plus d’un tour dans leur sac.
Ainsi de grands cabinets comptables travaillent à « l’optimisation fiscale de leurs revenus » et les assistent dans un tour qui consiste à faire disparaître aux yeux du fisc, la part la plus importante de leur richesse. L’effet est garanti : l’état ainsi privé de certaines ressources, contrit mais contraint, taille dans les dépenses, et fait disparaître à son tour un fonctionnaire sur deux, et le peuple de droite, pas vraiment dupe, mais enthousiasmé par le talent des artistes applaudit à tout rompre à ce magistral escamotage.
Leur maitrise de l’illusion est immense, quand certains transforment des foulards en colombes, quoi de plus banal, eux parviennent à métamorphoser leurs défauts en qualités. Egoïsme, orgueil, cupidité, avarice, envie sont mis dans un sac et après quelques incantations libérales il en ressort : aspiration à la liberté, esprit d’entreprise, persévérance, saine ambition et même — clou du spectacle — charité prodigue. Plus fort encore, donnez leur de belles valeurs morales comme solidarité, équité, justice sociale, égalité, et quelques formules néo-libérales plus tard ils les transforment en de vilains crapauds que sont assistanat, méconnaissance du mérite, obstacle à l’initiative et nivellement par le bas.
Cessons de filer la métaphore, vous l’aurez compris, je ne suis pas bon public, surtout quand il s’agit de me faire berner et ce que je reproche avant tout aux très riches c’est de vouloir nous convaincre d’une réalité qu’ils inventent de toutes pièces. Non il n’est pas naturel de confisquer ainsi une part de plus en plus importante d’une richesse qui est avant tout nationale, qui a pu paraître à la faveur de conditions géographiques et climatiques favorables, qui est le résultat du travail de tous les français, qui est la conséquence d’une réalité historique plus ou moins glorieuse à laquelle tous on pris part, qui s’inscrit dans une culture qui doit plus au peuple qu’à ses élites.
Mais ne vous gênez pas messieurs et mesdames les très riches, servez vous grassement, vos besoins sont immenses et leur satisfaction ajoute encore à la richesse du pays semble-t-il, seulement de grâce, cessez de geindre, de crier au vol, à la spoliation, de réclamer à corps et à cris l’asile fiscal à nos voisins, de menacer de vous expatrier, et de solliciter de surcroit de l’empathie, de l’amour même, cela devient inconvenant, un peu de dignité que diable. Et puis, arrêtez de vous justifier sans cesse en déclarant à qui veut l’entendre que vous n’avez volé personne vous allez finir par nous convaincre du contraire. Je veux bien admettre contre Proudhon, que la propriété n’est pas le vol, mais quand la richesse est si inéquitablement répartie, si disproportionnée à vos besoins réels, quand elle devient source de tension entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, l’Etat qui protège votre propriété, qui donne un fondement légal à une injustice sociale flagrante, n’a-t-il pas le devoir de procéder à une véritable redistribution en prenant une part de votre superflu.
Certains disent qu’au-delà d’un certain niveau l’impôt devient inefficace et contre- productif car les personnes ainsi taxées finissent par s’expatrier. Il est intéressant de noter au passage que ce sont les chantres de la libre circulation des capitaux, ceux- là même qui ont rendu plus facile l’évasion et l’expatriation fiscale, qui nous mettent en garde contre une pression fiscale dogmatique qui y conduirait nécessairement. Un peu comme des pyromanes qui demanderaient aux pompiers de prendre garde à ne pas trop mouiller le tapis persan.
Plutôt que de dénoncer ces comportements antipatriotiques et associaux, ces belles âmes promptes à condamner les voyous qui dans les stades sifflent la Marseillaise, appellent à un pragmatisme fiscal qui sache maintenir la poule aux œufs d’or dans notre poulailler. Sauf qu’en l’espèce l’analogie est mal choisie car le très riche prélève plus sur la richesse nationale qu’il n’en crée lui même. L’impôt n’est pas la confiscation d’une part de richesse engendrée ex-nihilo par un contribuable, mais une réappropriation par la collectivité d’une part de richesse qu’elle a contribué à produire.
Et depuis quand d’ailleurs la justice doit-elle rendre des comptes à l’efficacité.
Les voleurs vont en prison, c’est ce que prévoit la justice, ce que réclame le peuple, surtout celui de droite, même si la prison n’est pas le meilleur endroit pour réinsérer les délinquants. Il n’y a là aucune prétention à l’efficacité, seul le besoin de justice dicte cette décision. Il doit en être de même pour les impôts. La justice sociale n’admet pas une trop grande disparité de revenus, si le bon sens des acteurs économiques n’y parvient pas, si elle ne peut l’empêcher par la loi, elle doit la réduire par la taxation à des taux confiscatoires des trop hauts revenus.

Vous l’aurez compris je n’aime pas les riches. Moins pour l’appropriation indue qu’ils pratiquent, que pour la morgue, l’arrogance et le cynisme qu’ils affichent. Moins pour les inégalités qu’ils creusent que pour la cécité, l’autisme, et le mensonge dans lesquels ils se complaisent. Moins pour les valeurs qu’ils défendent que pour celles auxquelles ils ont renoncé. Je n’aime pas les riches, mais si demain par un coup du sort malin et farceur, je devenais riche — que le fisc m’en préserve — j’espère pouvoir le rester assez longtemps pour apprécier dans toute sa plénitude, le sentiment d’appartenir enfin au camp des salauds.

Sauveur


Le 06 Mars 2012

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