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La viande, dernier renoncement de la gauche caviar.

jeudi 16 mai 2013, par Sausausau

De nombreux journalistes s’expriment, non sans talent, dans l’hebdomadaire Marianne. Leurs avis tendent à exprimer une certaine pluralité politique, néanmoins circonscrite entre deux pôles - allant du socialisme rose pâle au derniers gaullistes -qui à l’instar des pôles magnétiques exercent l’un sur l’autre une attraction dont les interférences perturbent la réception de leur message respectif. La ligne éditoriale de cet hebdomadaire affiche la volonté de combattre la pensée unique, de réfléchir sans tabous, dans le respect des valeurs républicaines, sans souci de mode, mais en restant néanmoins fidèle à une certitude : l’économie de marché reste le moyen indépassable d’organiser les échanges entres les hommes et la libre entreprise est garante de son bon fonctionnement. Jacques Julliard est, depuis plus de deux ans en charge de l’éditorial du magazine. Le propre d’un éditorialiste est d’avoir un avis sur tous les problèmes d’actualité, et la boutade qui veut qu’ils ont souvent surtout des avis, vise à mettre en évidence la distance qui sépare ces derniers d’une réflexion approfondie. L’éditorialiste, c’est en fait la grande gueule des habitués du bistrot du coin, qui se fait un devoir de commenter l’actualité, même lorsque l’on ne lui demande rien. Il donne, avec la complicité active ou silencieuse du patron, sa couleur politique au café qu’il fréquente.
Julliard ne déroge pas à la règle. A 80 ans il continue consciencieusement à faire partager l’expérience et la sagesse que lui confère son grand âge, imprimant au journal son image de "catho" de gauche sur qui glissent les médisances de ceux qui l’accusent de se sentir indispensable à la vie intellectuelle française, de n’envisager de se retirer de la scène médiatique qu’après Johnny et dont tous ces gauchistes revendiquant la retraite à 60 ans feraient bien de s’inspirer". Force est de reconnaître qu’il ne dit pas que des conneries, mais bon il arrive un âge où il vaut mieux réserver ses conseils à ses arrières petits enfants et laisser la place à des analyses moins prudentes, moins empreintes de "sages renoncements" mais plus ardentes et plus porteuses d’espoir.
Je m’explique. Quiconque à l’intelligence moyenne est à même de conclure très tôt qu’il nous faudra hiérarchiser par ordre d’importance les problèmes que la société entend résoudre. Qu’il est, dans l’ordre de nos préoccupations, des causes plus urgentes que d’autres. Que la lutte contre la faim et la misère prime sur la dimension minimale des cages à poules, qui pourtant a occupé de nombreux hauts fonctionnaires européens pendant quelques mois. Ceci nous conduit, au coeur de mon propos, ou plutôt du propos de M. Julliard qui dans son dernier éditorial pose cette question cruciale en ces temps de vaches maigres "pourquoi on mange les animaux ? ".
Passons sur la forme peu académique de cette forme interrogative, rappelant plus les questions candides de nos chères têtes blondes que le questionnement d’un intellectuel - mais ne dit-on pas que passé un certain âge on retombe en enfance - pour nous arrêter sur les réponses qu’il y apporte et sur la légitimité de ses préoccupations.
Il commence par un constat édifiant : nous avons renoncé depuis quelques temps à nous entre-dévorer et il rajoute que ceci est maintenant "…considéré comme un crime au même titre que l’inceste" (sic). A elle seule, cette phrase prononcée au bistrot par la grande gueule dont je vous parlais plus haut, suffirait à entacher pour longtemps sa réputation. Je cherche encore si dans l’esprit de M. Julliard il faut voir une relation de cause à effet entre ses deux propositions. Ainsi ce serait la peur du gendarme qui nous ferai préférer une côte de boeuf à celle de notre voisin, ou alors peut-être qu’en des temps de plus grande tolérance des lois, n’était-il pas interdit de se régaler des pieds de son prochain si nous avions pris garde de ne pas attenter à sa santé lors du prélèvement des dits pieds. Quant au rapprochement qu’il fait avec l’inceste, à le lire, c’est le caractère criminel de la chose qui retient tout un chacun de forniquer allègrement avec sa descendance. Heureusement donc qu’il existe des lois pour refréner nos instincts sinon nous en serions encore à organiser des orgies où nos enfants serviraient à rassasier à la fois nos appétits sexuels mais aussi nos envies de chair fraiche et saignante.
Bien évidement, là n’était pas son propos, et sans doute a-il voulu parler du caractère universel de ces deux interdits, mais nous ne sommes pas au bistrot et il est des omissions fut-elles dues au surmenage, qui brouillent le message.
Plus loin, il interroge la contradiction suivante : nous avons gardé un mauvais souvenir de notre condition de proie, et nous jugeons même mal éduqué le loup qui a croqué le Petit Chaperon Rouge, pourtant nous partageons avec lui une certaine gourmandise pour les petits agneaux de lait. Hou les vilains !
Il y voit, là encore, un drame de la raison du plus fort surtout, rajoute-il, depuis que nous avons inventé les armes à feu. Que je sache, les armes à feu servent aujourd’hui surtout à nous entre-tuer et peu à l’élevage des bovins, ovins, et autres porcins qui constituent à titre principal l’alimentation carnée de l’homme occidental. Faut-il regretter cette période ou Cromagnon n’avait que sa massue pour espérer se mitonner un bon rosbif de mammouth ? Il ne faut pas s’étonner alors qu’à cette époque certains choisissaient la cuisse de la fille du clan voisin, c’était bien moins risqué.
En des temps reculé l’homme a eu à choisir entre le statut de proie et celui de prédateur. Sans doute ce choix fut-il shakespearien, manger ou être mangé telle était la question, et sans doute nos ancêtres ont-ils eu un grave cas de conscience avant de s’engager dans l’aventure de la prédation, mais cela a certainement orienté leur évolution jusqu’à devenir le brillant intellectuel qu’est aujourd’hui M. Julliard.
Il nous reproche ensuite pêle-mêle d’avoir une trop haute opinion de nous même, de croire à tort que nous sommes les seuls êtres sur terre doués de conscience, il reproche à Jésus de n’avoir pas été plus clair dans les propos qu’il a tenu sur la croix, omettant tout à son exaltation mystique de dire qu’il donnait sa vie aussi pour "les bonobos et les autruches (sic)". Dur, il l’est aussi avec les plus illustres philosophes qui, de Descarte à Kant, n’ont pas eu la chance d’écrire dans Marianne, et qui considéraient les animaux avant tout comme une fin pour l’homme. Heureusement les choses ont évolué, il ne viendrait pas à l’idée des amis des bêtes, d’en acheter une, dans un super marché, pour l’offrir, qui à sa vieille mère, qui à ses chérubins, avec la laisse ou la cage qui va avec. Comme une fin disiez-vous ?
L’introduction au deuxième paragraphe tente d’expliquer le retard de notre pays sur la question animale, par rapport aux pays anglo-saxons. Selon lui, le nombre de chasseurs qui encore y sévissent, expliquerait en partie notre arriération mentale. En effet, ces sanguinaires qui plutôt que de tirer sur leur congénères comme il est de coutume aux USA ou en Norvège, préfèrent battre la campagne, boire un petit coup, et en tirer un si l’occasion se présente, entrainent dans leur vision violente du monde, de nombreux concitoyens, sourds à la souffrance des petits lapins et autres perdreaux.
Ceci n’est qu’une part seulement de l’explication de Julliard, car la religion serait selon lui une autre cause de notre sauvagerie. Les protestants par leur approche ascétique sont contrairement aux catholiques peu enclins à céder à la tentation des bonnes choses. Ils préfèrent chasser le renard, les nègres, où les gauchistes, plutôt que de se régaler d’un bon lièvre et tout à leur besoin de réussite, ils se contentent d’un Mac-Do, quand nous pauvres pêcheurs festoyons autour de petits plats qui sont autant de sacrifices animaux à notre coupable gourmandise. J’ignore si ce catholique convaincu nous fait une crise de foie, ou si craignant pour son salut il envisage une conversion tardive à un calvinisme végétarien, mais là encore je me perds dans les méandres d’une réflexion pour le moins tourmentée. Je suis plus enclin pour ma part, à suivre la thèse d’Haneke qui dans son film" le Ruban blanc" dénonce le rigorisme protestant y voyant la source de nombreuses déviances et même une explication, certes un peu courte, du nazisme. Ainsi après Weber qui devine dans l’ascétisme protestant une inclinaison à l’épargne, favorable à l’essor du capitalisme, Julliard y perçoit un terrain propice à l’avènement du végétarisme. Catho et Coco même combat, sus au capitalisme végétarien.

La suite devient plus érudite. Il convoque des spécialistes de la "question animale" à l’occasion d’un livre qu’ils ont co-écrit : " les animaux ont aussi des droits " .
Voici le rapide résumé qu’il en fait.
Pour Peter Singer, un des auteur, cela ne fait aucun doute, et il préconise même que nous étendions aux grands singes certains droits humains tels que "le droit à la vie, à la liberté individuelle, à l’intégrité corporelle". Qui dit droits dit devoirs, va-t-on devoir juger les singes qui se rendraient coupables d’infraction à la loi ? Pour que le procès soit équitable, faudra-t-il spécialiser des avocats à la défense des délinquants simiesques ? Où alors n’auront-ils que des droits et nous des devoirs, devoir de veiller à leur bonne santé, tout surveillant que chacun d’eux dispose d’une totale liberté d’aller, de venir et de s’installer ou bon lui semble et surtout de cesser d’attenter à leur intégrité corporelle. Effectivement il faudrait comme pour les cobayes humains smicards qui testent les nouveautés pharmaceutiques, ou les donneurs d’organes indiens qui vendent les leurs aux plus offrants, leur faire signer, un consentement éclairé et les rétribuer justement. Ce serait quand même le moins, quand on les utilise en dernier ressort d’une expérimentation médicale, visant certes à augmenter les profits des industriels de la santé, mais aussi par conséquence indirecte, à guérir quelques malades. M. Singer se réclame de l’utilitarisme de Jeremy Bentham qui considère la morale d’une action non pas en soi mais en fonction des conséquences qu’elle a sur les êtres sensibles, dont sont les hommes mais aussi les animaux. Si le bien-être général est augmenté par cette action celle-ci est donc bonne moralement. C’est cette approche morale qui permet au capitalisme de perdurer et au libéralisme de prospérer : si le trop plein de richesse des uns, déborde et par ruissellement profite un tant soit peu aux pauvres, alors il est bon que les riches soient encore plus riches. Je ne sais pas où sont les singes dans cette assertion et de combien est pondéré leur bien-être par rapport au nôtre, mais j’ai parfois la nette impression que c’est nous que l’on prend pour des primates lorsque l’on nous propose d’ajouter à la déclaration universelle des droits de l’homme ceux du singe. Des millions d’années d’évolution pour arriver à un amalgame qui ravale par son absurdité le malheur de millions d’individus - pour qui les droits de l’homme ne sont qu’un voile de bonne conscience jeté par notre société marchande sur leur misère - au sort de quelques singes maltraités.

Tempérant l’outrance de ces propos, ceux des deux autres co-auteurs : Boris Cyrulnik et Elisabeth de Fontenay, plus nuancés s’interrogent sur la continuité au sein du vivant, cherchant à savoir si la parole suffit à nous distinguer spécifiquement du macaque, de l’étourneau, du maquereau, de mon rhododendron, et du moustique qui zonzonne à mes oreilles. Il semblerait que non !
Je vais c’est certain, regarder mes plantes d’un autre oeil.

Toutes ces personnes dont l’intelligence ne fait aucun doute, et d’autres encore pour laquelle la question de l’intelligence est moins tranchée et qui oeuvrent au bien être de nos amis les bêtes, semblent convaincus de l’importance pour notre siècle de se préoccuper de la condition animale. Je partage avec eux la conviction que toute souffrance gratuite d’un être sensible est condamnable. Je suis certain que l’humanisme ne doit pas être exclusif à la souffrance humaine et qu’il faut mesurer les conséquences de nos actes sur les autres espèces, ne serait-ce que pour notre propre avenir. J’admets qu’il faut s’interroger sur certaines méthodes d’élevage et d’abattage. Ces prises de consciences m’ont été possibles, grâce à la réflexion entamée par d’autres, ceci démontrant si besoin était qu’il n’est aucune étude inutile.
Il m’arrive même à l’étal du boucher d’être un peu circonspect : entrecôte ou bavette ? Mais je reste convaincu que le niveau d’empathie que nous ont permis d’atteindre des siècles de réflexions et d’éducation nous condamne à refuser, que le sort de millions d’individus aient la même importance que celui du chien que l’on abandonne et que celui du canard que l’on gave. L’Europe soucieuse de son bien être, voudrait que je cesse de me régaler du foie gras de ce sympathique volatile et, dans le même temps, elle remet en cause son programme d’aide au plus démunis.
Vous me rétorquerez que l’un n’empêche pas l’autre, et je pourrais hâtivement vous donnez raison. Mais réfléchissons un peu plus loin. Les hommes partagent leur territoire avec d’autres espèces et donc le leur disputent. Jusqu’à présent, cette lutte nous est favorable. Et si demain pour des raisons "d’éthique animale" tel n’était plus le cas, et si des instances gouvernementales ou supranationales, du haut de leur tour d’ivoire, et sous la pression de ces bons samaritains de la cause animale tranchaient en leur faveur. J’extrapole, j’exagère, bien sûr, mais demandez aux bergers qui ont longtemps combattu le loup et qui se voit obligés aujourd’hui de cohabiter à nouveau avec ce prédateur, demandez aux canadiens à qui on impose la présence redoutable des grands ours blancs au pas de leurs portes, demandez aux habitants de la Floride qui doivent s’accommoder de la présence d’un alligator dans leur jardin, protégé s’il fait moins de quatre mètres et tout cela dans le but de satisfaire un besoin somme toute très égoïste, celui de la bonne conscience. Foutaises, me direz vous, il n’y a rien d’égoïste à s’occuper du bien être des animaux. Voyons cela de plus près.
Julliard convoque pour sa défense d’illustres humanistes tels Voltaire, Zola, Hugo, Jaurès, qui dit-il, se sont aussi préoccupés du sort des bêtes. Je n’ai pas son érudition, mais ce que je sais d’eux et de leur oeuvre me permet d’affirmer qu’ils étaient surtout soucieux de justice sociale et que leur combat se mena sous cette seule bannière. S’il ont pu s’émouvoir de la condition animale, ils n’en n’ont jamais fait une cause en soi, mais une question parmi d’autres sur laquelle on se devait de réfléchir.
De nos jours beaucoup ont renoncé à leur idéal de justice. Ou plutôt l’on-t-il dilué dans un nombre toujours plus important de grands principe tels que : la déclaration universelle des droits de l’homme, l’interdiction de toutes les discriminations, l’égalité des chances, la liberté d’entreprendre, le droit de propriété, autant de bonnes résolutions qui n’engagent personne et qui soulagent leur conscience des affres de leur renoncements.
Car pour la plupart, ces bonnes âmes ont capitulé. Qui par lassitude, qui par confort matériel ou intellectuel (il est reposant de bêler avec le troupeau), qui enfin sevré des délices de l’utopie, qui rangé au caractère indépassable du capitalisme, tous ont renoncé à oeuvrer pour une politique économique carrément différente. Au mieux ils se contentent de décrier les conséquences les plus intolérables du néolibéralisme. Ainsi la lutte contre le chômage ne doit-elle pas viser ceux qui l’organise, quelle ringardise ! Elle se doit de mettre à contribution les privilégiés qui ont encore un emploi, comme le pensent les camardes de la CFDT chers à M. Julliard. Je vous laisse imaginer ce qu’il serait advenu de l’abolition de l’esclavage, si sous prétexte de soulager le sort des esclaves ont avait demandé aux travailleurs libres, qui trouveraient ainsi plus facilement à s’employer, de renoncer à leur liberté.
Je conçois que leur résignation les prive de la satisfaction qu’ils tiraient de la lutte contre le grand capital que beaucoup ont mené, mais de là à retourner cette frustration contre ses congénères ne voyant dans l’homme moderne, je cite, que "…barbarie…, grand beauf carnivore, tortionnaire imbécile et (l’)exterminateur aveugle de toutes les autres créatures". Diable ! Vous le disiez vieillissant il en a encore sous la plume pépé Jacques. Il ne rate personne. Il a peut-être renoncé à se payer le grand patronat mais il est près à vous convertir en végétarien repenti de gré ou de force. Sus aux amateurs de steak, de jambon, de tripes, de jarret, de côtelettes, qui transforment les bêtes du bon Dieu en nourriture du Diable dont ils finiront par crever. Vous allez en bouffer des carottes, des poireaux, des choux et des patates. Ils seront dorénavant l’essentiel de votre alimentation. C’est bon pour votre santé et pour celle des animaux. Et revoilà le couplet bien connu du repentit qui tel saint François d’Assises après avoir mené une vie dissolue encouragea les autres à ne pas faire comme lui, ou encore, celui du curé qui prêchant l’abstinence, se soulage sur le dernier enfant de coeur attardé au presbytère. Va-il falloir que l’on se cache pour déguster un bon hamburger ? Certes s’il vient de Mac Donald il vaudrait mieux, votre bon goût serait mis en doute, mais s’il est fait maison, dans du vrai pain, avec du vrai fromage ? Et le jambon beurre le midi on pourra encore ? Cela ne va-il pas être interprété comme une offense à nos cousins bovins et porcins ou pire une injure à nos nouveaux philosophes qui, las de méditer sur la condition humaine, cherchent dans la condition du chien-chien à mémère et dans celle de la vache de boucherie un créneau éditorial plus vendeur.
D’accord, mais dites-moi M. Julliard elles deviennent quoi toutes ces bêtes dont les éleveurs prennent soin, on les rend à la vie sauvage, on les castres et on les prive ainsi d’une descendance qui verra la fin de l’espèce, on les soulage de ce fardeau qu’est la vie d’un animal d’élevage ? Pourtant elles n’ont pas l’air si malheureux, ces vaches qui broutent paisiblement dans les prés. Ou bien faut-il les abattre et les débiter afin d’organiser, comme un holocauste à la connerie des gens qui partagent votre combat, un ultime barbecue qui réunirait les derniers barbares et qui signerait la fin du temps où l’homme, n’en déplaise à vos âmes à la sensibilité sélective, était aussi un carnivore.
Bien évidement, la compassion n’est pas une denrée qui s’épuiserait sur telle cause et qui serait donc indisponible à d’autres, c’est l’argument connus des militants de la cause animale. S’alerter du sort des derniers pandas, ne remet pas en cause notre indignation vis à vis des conditions de travail des travailleurs chinois de FOXCOM, grand sous-traitant d’APPLE. C’est vrai pour ce qui est de notre propension à nous émouvoir, mais au delà de l’émotion ? Nous continuons à consentir à un système qui contient en lui les pires dérives. Et pour se donner bonne conscience à peu de frais, nous ravalons nos contradictions, et nous nous rassurons sur notre intacte volonté de justice en nous mobilisant à l’aide de nos Iphones, pour la survie du panda. Il n’empêche, lorsque je vois que la cause animale devient une préoccupation grandissante chez de nombreux occidentaux - les autres, hormis quelques mystiques, ne peuvent pas se payer ce luxe - cela ne me rassure pas. Ni sur l’avenir des plus pauvres, ni sur celui de notre société individualiste qui dans une pirouette émotionnelle offre par défaut à l’animal l’altruisme qu’elle refuse aux siens, reconnaissant dans la bête le prochain, le semblable, qu’elle renonce par confort à voir dans ces congénères.

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