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Le capitaliste a-t-il une âme ?

jeudi 23 février 2012, par Sausausau

Le capitalisme ne prétend pas à la moralité mais exige d’être jugé sur le seul critère de son efficacité économique. Il se place en dehors du champ de la morale, il est en ce sens amoral et le revendique. Une analogie un peu simpliste est souvent employée par ses défenseurs pour appuyer cette thèse : le capitalisme est un moyen d’organisation de l’économie au service des échanges marchands, à ce titre il est un outil de la même façon que le marteau est un outil au service de l’ouvrier qui en use ; demande-t-on à un marteau de faire preuve de moralité ? Bien évidemment non ! L’ouvrier attend de cet outil qu’il lui permette de frapper juste et fort. A première vue, le raisonnement se tient. Que faut-il en penser ?

Même s’il souhaiterait être relégué à un rôle de simple outil, dont l’usage ne pose plus question( qui voudrait encore enfoncer des clous avec des pierres) le capitalisme est plus que cela. C’est un moyen. Un outil est un moyen mais la réciproque de cette affirmation est fausse. Un moyen n’est pas qu’un outil. C’est ce qui permet de réaliser un but défini. Si je trouve l’herbe de ma pelouse trop haute, pour la tondre il faudra mettre en œuvre plusieurs moyens : bien sûr une tondeuse, mais aussi quelqu’un pour la pousser. Cette personne n’est pas un outil, c’est un moyen. Tous les moyens ne sont donc pas des outils. Nous venons de démontrer que le capitalisme ne peut être assimilé à un simple outil et donc qu’il ne saurait être jugé à la seule aune de son efficacité.

Le capitalisme est, nous l’avons dit plus haut, un moyen d’organisation de la société marchande, et par là même, gouverne à une part importante de l ‘activité humaine. Toute activité humaine qui s’exerce dans la sphère sociale peut avoir à rendre compte de la moralité de son action et elle se doit de répondre à une certaine éthique. Si l’universalisme de certaines valeurs ne fait plus débat : partout dans le monde, il est immoral de tuer, de voler, de porter atteinte à la dignité d’autrui, d’attenter à son intégrité physique ou morale, de nuire aux enfants, à ses parents, il est admis partout que certaines circonstances permettent d’agir contrairement à la morale : la guerre autorise à tuer, l’impérieuse nécessité à voler etc.… Il apparaît ainsi qu’en tout lieu, les moyens doivent être justifiés par la fin. L’efficacité du capitalisme pour organiser la société marchande, viendrait donc justifier les accommodements qu’il prend parfois avec la morale. Pour s’accorder sur l’efficacité de moyens il faut définir en premier lieu l’objectif visé. Il s’agirait donc ici d’organiser la société marchande. L’échange fonde aujourd’hui le lien social dans la plupart des civilisations, pour autant il ne constitue pas la finalité de l’activité de ses individus. Ces derniers échangent car ils considèrent qu’ainsi ils optimisent leur bien être. C’est donc le bien être qui est recherché dans l’échange. L’organisation de la société, fut-elle marchande, vise donc au bien être du plus grand nombre de ses membres et tout compromis avec la morale doit être évalué à cette mesure. Prenons donc pour ce faire, l’exemple d’un grand groupe industriel français qui délocalise son activité en chine dans le seul but d’augmenter des profits déjà substantiels, d’en reverser une part toujours plus grande aux actionnaires, qui ainsi s’enrichiront en dormant, sur le dos de travailleurs chinois surexploités et au détriment de ceux qui ont perdus leurs emplois en France. J’en entends déjà qui à la lecture de cette description crient à la caricature et me soupçonnent de faire preuve d’anticapitaliste primaire. Non c’est à seule fin d’être compris de tous que je n’entre pas dans les mécanismes complexes que sont _ sauvegarde de la compétitivité de l’entreprise _ conquête de marchés émergents _ transferts de technologie _ qui sous-tendent bien sûr ces douloureuses mais courageuses décisions. Cessons de plaisanter. Il est évident que la morale ne sort pas sauve de cette entreprise. Spoliation, exploitation, cupidité rien de bien étique ici mais peut-être cela sert-il le bien être général ; qu’en est-il ? Essayons de faire le bilan de cette délocalisation. Les ouvriers chinois ont vu, monétairement parlant, leur niveau de vie augmenter. Mais leurs conditions de vie, leur bien-être s’est-il vraiment accru ? Rien de moins évident. N’était-il pas préférable pour ce faire, qu’ils travaillent à la satisfaction de leurs propres besoins qui sont immenses, plutôt que de servir d’atelier au monde occidental. Les ex salariés de l’entreprise verront pour la plupart leur situation économique et même sociale se dégrader. L’Etat se voit privé de ressources fiscales, par conséquent la société dans son ensemble bénéficie moins de la redistribution qu’il organise. In fine, seuls les dirigeants de l’entreprise et les actionnaires tireront profit de cette opération.

Lorsqu’une société entend réfléchir à ses valeurs morales, à l’étique que ses dernières conditionnent, sa réflexion doit porter sur l’ensemble des activités sociales qui s’organisent en son sein. Elle ne doit pas accepter que certains s’excluent à priori de cet examen. Les actions entreprises dans le cadre d’une organisation capitaliste de la société sont bien souvent immorales, cela doit être dit et être mis à son passif. De surcroît, elles ne sauraient se justifier en terme d’efficacité économique car elle ne servent pas le bien être du plus grand nombre mais conforte la situation des puissants. Le marteau n’a pas d’âme. Le capitaliste en a une et elle n’est pas très belle.

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