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Le dernier qui sort éteint la lumière.

mercredi 29 juin 2016, par Sausausau

Titre inspiré du dernier livre de Paul Jorion paru aux éditions Fayard.

Il n’est pas rare lorsque l’on est jeune de vouloir refaire le monde.
Ceux qui ont su résister à la tentation de se laisser décérébrer par la télé-réalité.
Ceux qui parviennent au moins un temps, à se protéger du harcèlement médiatique les incitant à consommer toujours, à travailler encore, et à s’amuser dès que possible. Ceux qui ne se satisfont pas de leur condition, fut-elle privilégiée, car ils croient encore à des valeurs autres que celles vantées par le marché. En résumé ceux que le narcissisme, l’individualisme et le libéralisme n’ont pas encore complètement aliénés et qui pensent qu’une alternative à ce monde en folie est possible.
Ceux là donc, et ils se font rares, parlent souvent de refaire le monde. Ils rêvent d’un monde apaisé, plus juste, de richesses mieux reparties, d’une nature moins polluée, de ressources naturelles mieux gérées, bref d’un monde à leurs yeux meilleur. Leurs débats enflammés, souvent arrosés, leurs raisonnements parfois approximatifs, mal documentés, qui les tiennent toute la nuit debout, ou assis autour d’une table, restent souvent stériles et malheureusement sans conséquences pour l’ordre des choses. Pourtant ils forgent les convictions de ceux qui aspireront leur vie durant à mettre fin au système injuste et mortifère qu’est le capitalisme. Ils constitueront pour d’autre un stock de souvenir de “gauche”, qui leur ouvrira la porte du journalisme, des agences de publicité ou de communication, de la mode, des spectacles, le plus souvent subventionnés, et de la politique pour les plus convaincus. Là, pragmatiques ou repentant, ils amèneront leur pierre à la fortification de l’édifice libéral et bien pensant qui les mettra à l’abri du besoin, des scrupules et des regrets.

Il n’est pas rare non plus lorsque l’on est moins jeune ou presque vieux de vouloir refaire le monde.

Ceux qui n’ont pas su ou qui ont renoncé à se protéger des injonctions libérales, ceux que le narcissisme, l’individualisme et le libéralisme ont fini par affecter, ceux qui sont persuadés qu’ils se sont faits tout seuls, et qu’ils doivent à leur seul mérite leur position sociale, ceux là aussi rêvent d’un monde meilleur. Ils rêvent évidement d’un monde apaisé, mais au fait de l’information, ils savent eux que lorsque l’on veut la paix il faut savoir faire la guerre, de plus ajoutent-ils, l’industrie de l’armement c’est une ressource non négligeable pour le pays. Les guerres tout le monde le sait c’est bon pour le PIB, mais les manifs, que de violences inutiles et qui perturbe le petit commerce.
Ils rêvent d’un monde plus juste, de richesses mieux réparties : d’ailleurs ils donnent parfois aux SDF et au Téléthon. Surtout le Téléthon, c’est tellement émouvant ces petits handicapés et en plus, les dons sont déductible des impôts. Et pour ce qui est des impôts même les plus riches trichent, et ce n’est pas vraiment de la triche c’est de l’optimisation fiscale, alors quand on peut, faut pas s’en priver ; D’ailleurs si tu fais pas de black, tu te retrouves en distorsion de concurrence, avec tous ceux qui en font, alors t’es obligé . Et puis les charges sont trop lourdes, alors on s’arrange. Elles ont baissé de façon continue de 75 % en 20 ans ? C’est dire qu’on partait de haut s’exclament-ils. Certaines fois, leurs rêves sont cauchemardesques : Mélenchon, le Smic à 2000 € ! La marge des entreprises peine à se reconstituer, et déjà tu veux redistribuer ! Tu imagines l’augmentation que cela ferait à Carlos Goshn qui gagne 764 fois le Smic, insupportable !
Eux aussi rêvent à plus d’égalité : la retraite, le même âge pour tous, cheminots, agents EDF, fonctionnaires tous ces privilégiés qui nous coûtent les yeux de la tête c’est par eux qu’il faut commencer. Qu’ils suivent l’exemple de nos grands patrons d’industrie qui n’ont jamais compté leurs heures et qui, à 70 ans, bossent encore comme des damnés. Les pauvres ! Même pas sûrs de pouvoir profiter un jour des quelques dizaines de millions d’euros de prime de départ visant à combler le manque à gagner qu’ils subiront lorsqu’ils devront se contenter d’une retraite, certes confortable, mais sans rapport avec leur niveau de vie actuel. Espérons qu’ils puissent encore compter sur les revenus financiers d’une épargne patiemment constituée.
Ils rêvent qu’un jour enfin cesse cette rancœur contre les riches. Ce n’est pas sain de monter les français les uns contre les autres, les riches contre les pauvres. Il faut que les français se réconcilient avec l’argent. Il est urgent de cesser d’alimenter la jalousie vindicative des pauvres en étalant à la une des journaux, les revenus des plus riches, comme si c’était une maladie honteuse. Nombreux sont les pauvres qui voudraient être contaminés. Cela a toujours existé les riches, le problème ce n’est pas eux, ils le gagnent leur argent, le problème ce sont les assistés qui coûtent au budget de l’Etat donc à nous qui payons des impôts, quand on ne peut pas faire autrement.
Parfois dans ce genre de débat, un briseur de rêve, brandit son pragmatisme et ses convictions et tente de ramener tout le monde à la réalité. Il assène un brin moralisateur des informations qu’il prétend factuelles sur la distribution des richesses créées par l’ensemble de la société. Il dénonce la spoliation exercé par moins de 1% de la population de la planète sur plus de 40 % de la richesse mondiale, l’injustice que constitue l’accumulation par 10% de la population de 83 % du patrimoine mondial. Ce même patrimoine qui avide, demande à grossir toujours et encore, et prélève sans cesse plus, sous forme de loyers, de dividendes, de stocks options, de rendement financiers, d’intérêts, de crédits d’impôts, quand il n’a pas recours à la fraude fiscale. Autant de richesse qui échappe à ceux qui la produise entraînant un déséquilibre seul responsable des crises qui se suivent et s’enchaineront jusqu’à la dernière qui sera fatale à l’humanité entière.
Le problème est là sous vos yeux, c’est le capitalisme sauvage, affirme-t-il, les financiers spéculateurs qui sont la source de tous nos maux. Inégalités, pauvreté, pollution, épuisement des ressources, migrations forcées, voilà les conséquences dont ils sont la cause. Tout le reste ne sont que des feux allumés par les mêmes pyromanes pour détourner votre attention. Tout va brûler si vous ne vous réveillez pas.

Laisse nous rêver rétorquent en choeur les nouveaux utopistes. Le monde est comme il est, on ne s’en sort pas trop mal. Ce n’est pas avec ce con de Martinez de la CGT que vous allez pouvoir changer le monde. Il y a du travail pour ceux qui en veulent vraiment, il y a du foot, des vacances, des voyages, des voitures, des magasins pour riches et aussi pour pauvres, des maisons avec piscine, et des trottoirs pour les SDF, le Loto, de l’alcool, la télé, des crédits, des restos trois étoiles et des restos du cœur, nos enfants sont heureux aujourd’hui et on leur léguera ce qui nous reste, le plus tard possible évidement. Que vouloir de plus ?
Dans notre monde il nous suffit de voter correctement, en tenant bien sa droite, et tout ira bien, tout continuera. L’équipe de France sera blanche et tant pis si elle perd on l’aimera quand même. Les chômeurs iront travailler pour trois fois rien, quand on en aura besoin, charge à eux de trouver un deuxième où un troisième emploi, à ce prix là faut pas s’en priver, et puis ils seront devenus dociles depuis qu’il est possible de négocier directement avec eux, ils savent où se trouvent leurs intérêts eux, pas comme ces syndicalistes à la noix, qui voudraient faire le bonheur des gens contre leur gré. Si on veut librement renoncer à des droits on doit pouvoir le faire que diable ! C’est essentiel la liberté tout de même !
Dans notre monde il y a de la sécurité, bon pas pour tout le monde, surtout pour les riches mais c’est normal ce sont eux que l’on vole le plus souvent, salauds de pauvres. En tout cas c’est rassurant toutes ces caméras, ces fichiers informatiques croisés, ces écoutes policières facilitées, ils savent tout ce que tu fais, ce que tu dis, ce que tu penses, ce que tu prépares, et dès que tu fais une connerie ou que tu pourrais en faire une, on te puni ! C’est quand même tranquillisant, quand tu es un bon citoyen qui n’a rien à se reprocher ? D’autant que pour l’évasion fiscale, et l’argent noir ils ont décidé de ne rien faire, on peut quand même pas attenter à toutes les libertés, on est pas sous Staline quand même !

Tu veux que je te dise dans notre monde on ne meure plus ! On est jeune éternellement ou du moins tant qu’il y aura des ressources. Lorsqu’elles viendront à manquer, les riches organiseront des grands tirages au sort au sein de la population pour savoir qui devra partir, mais ça c’est après. De toute façon, il se dit que des connaissances ou un paquet de fric, peuvent vous mettre à l’abri du mauvais sort. La justice fini toujours par triompher il n’y a rien à craindre !
Dans notre monde, la journée de travail terminée on peut jouer au tennis, faire du vélo, jouer au foot, baiser, bouffer, boire on est libres, on est heureux ! Ceux qui ne travaillent pas sont éliminés et ne peuvent plus jouer, donc ils se suicident, mais on les aident s’ils n’y arrivent pas tout seul, on est humain quand même.
Dans notre monde, Sarkozy est président à vie. On a jugé inutile de continuer cette mascarade que constituait l’alternance de personnalités politiques de toute façon acquises au libéralisme, on a donc mis en place le plus vénal. Quelqu’un qui se laisse corrompre est peu suspect d’être un idéaliste ou un humaniste, or ce n’est pas bon pour les affaire les idéaux, et l’altruisme. Le premier ministre est désigné par les téléspectateurs lors d’un grand show télévisé démocratique ou chaque prétendant étale ses richesses : celui qui en a le plus a gagné. La richesse c’est la preuve certaine de sa compétence n’est-ce pas ? Hanouna est ministre de la culture depuis peu il a remplacé Patrick Sébastien qu’on a fini par trouver ringard.
La dernière bibliothèque a fermé hier plus personne ne lisait, sauf quelques intellos qu’on a mis en centre de rééducation. On a construit le millième stade de France à la place.
Dans notre monde, il n’y a plus de gens très pauvres, on les empêche d’entrer ou on les sort. Leurs cris derrière le mur ne cessent jamais. Et quand on tire ils crient encore plus fort, mais on s’y habitue.
Ah bien sûr, il a fallut renoncer à se reproduire sinon on auraient été trop nombreux. Les très riches ont le droit mais c’est normal, ils ont de l’argent et font les lois.
Certains y on vu un triomphe de l’individualisme et de la connerie et se sont suicidés, ou ont préféré sortir, quels cons ! Il y a toujours un prix a payer pour être heureux non ?

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