Sausausau

Invitation à la réflexion citoyenne

Accueil > Mes réflexions > Le devoir de dire NON !

Le devoir de dire NON !

mercredi 6 mars 2013, par Sausausau

Quatre millions et demi de chômeurs en France, pas loin de 6 millions de personnes si l’on compte ceux que n’incluent pas les chiffres officiels. Au delà des désaccords que peuvent susciter ces chiffres, les avis sont unanimes : cela ne peut plus durer, la situation est explosive, il faut faire quelque chose, cela doit être une priorité nationale. Et tous, du dernier concierge encore en fonction, au dernier président de la république toujours en fonction, en passant par tous les commentateurs télé, y compris celui du loto, tous vous dis-je, même moi, nous accordons à dire qu’il faut que cela cesse. On ne peut pas rester sans rien faire, on ne peut pas exclure du travail, dont on sait combien il est gratifiant - un peu moins pour le concierge et pour moi, que pour les autres sus-cités - autant de personnes, sans craindre pour la stabilité de l’ordre social de notre pays.
La cause est entendue, la mobilisation nationale est décrétée, voilà tous les décideurs, enfin décidés, les conseilleurs - qui heureusement pour eux, ne sont pas les payeurs - les entrepreneurs (ne dites pas patrons c’est ringard), les intervieweurs, speakers, présentateurs et autres glossateur du pays, tous unis sur le front du chômage. La finance, les patrons voyous, les banquiers véreux, les spéculateurs, les multinationales qui organisent l’évasion fiscale de leurs bénéfices, tous ce vilain monde responsable de la crise n’a qu’à bien se tenir, leur ennemi déclaré, j’ai cité François Hollande, est à la tête de cette troupe et l’on va voir ce que l’on va voir. Les responsables allaient devoir rendre des comptes, et être sommés de se plier à la nouvelle donne : lucre, iniquité et injustice n’auraient plus droit de cité dans notre beau pays. Ainsi les chômeurs allaient voir leur avenir s’éclaircir, leur espoir de trouver un emploi s’accroître et les salariés voir leur emploi pérennisé et tout cela grâce au courage de notre gouvernement socialiste, guidé par son seul esprit de justice.
Et c’est ainsi, sifflant enfin la fin d’une ère qui n’avait que trop duré, que le gouvernement somma courageusement et autoritairement le MEDEF de s’assoir à la table de négociation avec les syndicats pour discuter d’une sécurisation de l’emploi, en leur donnant trois mois pour aboutir.
Et c’est tout ? Oui c’est tout...
Et les patrons voyous, les banquiers véreux, l’évasion fiscale, les spéculateurs, tous ces responsables économiques qui oeuvrent encore et toujours à la dérégulation des marchés, à la libéralisation de tous les pans de l’activité humaine, les vrais coupables d’un chômage de masse qui leur permet d’exercer une pression toujours plus forte sur les salaires, ceux-là ne seraient pas inquiétés ?
Heu… Et Bien non…
Mais cet accord, il va quand même changer les choses, il va permettre de faire baisser le chômage ?
Bien évidement, quelle question !
Tout le monde sait bien que le seul souci du MEDEF, même lorsqu’il était CNPF est de faire reculer le chômage. Il est de notoriété publique que la finalité d’une entreprise n’est pas la création de valeur pour l’actionnaire, ou le bénéfice de l’entrepreneur. Son seul, son vrai moteur, c’est la création d’emploi. Tous ces philanthropes ont d’ailleurs bataillé ferme pour obtenir la fin de l’autorisation administrative de licenciement, en 1986. Cela devait inciter les patrons - pardon, les entrepreneurs - à créer 450 000 emplois, puisqu’ils pourraient licencier plus facilement.
Et ils ont en embauché beaucoup des chômeurs ?
Et bien le rapporteur de la loi de l’époque, M.Etienne Pinte, a avoué en 2012, il n’est jamais trop tard, que cela n’en avait pas créé un seul, mais que cela avait peut-être empêché d’en supprimer plus (sic). Nous l’avons échappé belle.
Seriez-vous en train d’insinuer que le patronat est dans une posture quand il prétend oeuvrer pour l’emploi ?
Je vous laisse juge.
Dans une économie de marché, les entreprises cherchent à accroître leur productivité, c’est-à-dire à faire plus et mieux, avec toujours moins de moyens y compris et surtout les moyens humains, les autres peuvent toujours se revendre. Les entreprises embauchent lorsqu’elles ne peuvent pas faire autrement et licencient quand elles n’ont plus besoin d’autant de main d’oeuvre. Ce qu’elles souhaitent c’est pouvoir ajuster le plus rapidement possible leurs coûts au niveau le plus bas possible, en faisant supporter les aléas du marché, autant que faire ce peut, aux salariés. Je ne sais pas s’il faut revenir à une économie administrée mais je suis certain qu’il est indispensable de cesser de croire à l’altruisme des entreprises tant qu’elles seront partie prenante et, pour les plus grosses, organisatrices de la compétition mondiale de tous contre tous. Quand le loup a faim, il mange l’agneau ce n’est pas cruel, c’est dans sa nature. Ainsi un berger ne donnerait pas son troupeau à garder à un loup. Quand l’entreprise le juge nécessaire, elle licencie, c’est dans l’ordre des choses, alors de grâce cessons de faire d’elles les gardiennes de nos emplois, alors qu’elles les dévorent allègrement depuis bientôt 50 ans.
Mais pourtant me direz vous certains syndicats ont signé ce fameux accord sur la "sécurisation de l’emploi", ils ne sont pas tous inféodés au patronat tout de même !
Non bien sûr, mais le propre d’un syndicat se disant réformiste c’est de réformer, autrement dit, d’accompagner au mieux des intérêts des travailleurs, les transformations sociales présentées comme indispensables par les faiseurs d’opinions. Je vous laisse imaginer les possibilités de négociation qu’offre le rapport de force actuel. Les signataires sont heureux comme un individu que l’on vient de détrousser et qui a réussi à garder son slip. Ils ont permis disent-ils, d’encadrer par la loi, les accords compétitivité-emploi qui se signent sous la pression dans les entreprises, négligeant au passage le fait qu’ils donnent ainsi à ce chantage, dénoncé à l’époque par les socialistes, une légitimité institutionnelle. Le gouvernement est d’ailleurs trop heureux de pouvoir cacher ce retournement de veste, derrière l’aboutissement d’un dialogue social apaisé, responsable et constructif, faisant fi du détail suivant : les syndicats signataires sont minoritaires et les opposants majoritaires en voix à toutes les consultations électorales professionnelles de ces dernières années, mais ce n’est là peut-être qu’un détail démocratique !
Oui mais c’est facile pour la CGT disent en choeur les commentateurs, de toujours s’opposer, de toujours dire non. Le vrai courage ajoutent-ils c’est de voir la réalité en face et d’admettre qu’il est des passages obligés. Ainsi donc la vertu aurait changé de camp ? Tout ce beau monde, qui hier encore admirait la constance courageuse et la faculté toujours intacte de s’indigner et dire dire non de Stéphan Hessel, qui s’enthousiasmait devant l’engouement que son petit livre suscitait, qui s’échauffait à l’écoute de ces récits de résistance, aujourd’hui dénonce dans un choeur à l’unanimité suspecte, l’attitude d’opposition de la CGT. Face à l’adversité, il faut savoir collaborer nous disent-ils, là est souvent le moindre mal. Mais n’était-ce pas là le discours d’une certaine France que tous voudrait oublier, qui revient en échos lancinants dès que les difficultés se font sentir ? J’exagère me direz-vous, et puisant comme à votre habitude dans les formules toutes faites, qui vous tiennent lieu de boite à idées, vous criez à l’amalgame et, péremptoirement, vous énoncez que comparaison n’est pas raison. Soit, mais il n’est jamais inutile de tirer des leçons du passé, et si tout compromis n’est pas nécessairement une compromission, il vous faut admettre que le refus de d’accompagner activement le recul social subit par les salariés, est un acte sinon courageux mais pour le moins légitime et en complète cohérence avec l’analyse que fait la CGT de la situation, qui tient les politiques libérales responsables de la crise actuelle. On ne peut pas en dire autant des syndicats de salariés signataires et du gouvernement qui partageant officiellement cette analyse, introduisent encore plus de flexibilité et de précarité dans les entreprises.
Mais vous faites de la désinformation, nous opposent-ils, cet accord est un progrès pour les salariés. Sans rentrer dans les détails, vous y croyez vous, à des négociations avec le MEDEF qui aboutissent à un accord favorable pour les salariés et ce, sans avoir recours à un quelconque rapport de force, juste grâce à l’esprit de persuasion des syndicats et à la volonté du MEDEF de faire plaisir à un gouvernement de gauche ? Si oui, c’est que votre naïveté est aussi grande que celle du berger prêt à laisser son troupeau au bon soin du loup.
Certaines négociations sont réclamées par les syndicats à grand renforts de mobilisations et de manifestations dans toutes les branches et partout en France pour relever les grilles salariales, pour rediscuter des classifications, pour prendre en compte la pénibilité de certains métiers, mais le MEDEF et ses fédérations sont sourds à toutes ces demandes, et nous benoîtement, bien sagement, fiers de notre lucidité nous devrions, sous prétexte de donner à nos entreprise plus de compétitivité, céder à leur exigence de flexibilité, tout cela dans le vain espoir de sauvegarder un emploi, qui ne tiendra que le temps pour le patron de trouver moins cher ailleurs. Ce serait cela le courage ? Bien évidement non ! La seule force du faible c’est de pouvoir dire non, alors laissez nous à notre indignation, même si elle n’est pas aussi constructive que nous le voudrions. La mémoire est l’intelligence des sots disait Montherlant, et avec lui vous nous renvoyez à un archaïsme que nous réfutons, laissez nous le droit de la cultiver, non par passéisme mais pour que la modernité soit encore demain, comme elle le fut hier, synonyme de progrès social.

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.