Sausausau

Invitation à la réflexion citoyenne

Accueil > Mes réflexions > Le jour où j’ai tué FOG.

Le jour où j’ai tué FOG.

vendredi 5 mai 2017, par Sausausau

Avertissement.

Cette nouvelle est une fiction, issue d’un esprit que d’aucun pourront juger délirant, mais qui n’a aucun rapport avec la réalité. Toute rapprochement hâtif que le lecteur mal intentionné pourrait faire avec des personnes existantes ou ayant existé serait pur fantasme.

***************

C’est le 1er mai 2017, à 19 heures 30 précises, qu’est mort FOG.

Nous endurions mon épouse Françoise et moi-même, depuis près d’une demi-heure le bavardage partisan de Franck Oscar Gilbert et de son complice du jour l’ineffable Philippe Vol. Ils commentaient avec l’assurance de deux intellectuels de comptoir, l’actualité de l’entre deux tours de l’élection présidentielle.
Invités de l’émission C à Nous, sur France Cinq à Sept, les deux compères, l’un éditorialiste d’un hebdomadaire de droite, l’autre ex-gauchiste passé par la direction d’une radio publique sous Sarkozy, en bons chiens de garde du sytème politico-médiatique libéral, expliquaient chacun à leur façon, mais dans un ensemble sans discordance, pourquoi il était indispensable de voter Marron au second tour, seul rempart possible affirmaient-ils contre le Front Bastional de Perine Le Men.
Patrice Coin habitué à servir la soupe aux hommes de pouvoir sur France Inter, était l’un des animateurs du débat. Il était l’archétype du journaliste dont le succès épuise le professionnalisme. Comme beaucoup de ses confrères, il était devenu au fil du temps doux avec les puissants, dur avec les faibles.
Depuis maintenant une semaine, il ne se passait plus rien en France. Le monde avait cesser de tourner. Tous les médias ne se préoccupaient que d’une chose : le duel entre Marron et Le Men, Manuel et Perrine pour les intimes, qui allait opposer les deux candidats au deuxième tour de la magistrature suprême, annonçaient les télés jamais en mal de clichés et de sensationnel.
Le suivi de cette élection par les médias, ses primaires, ses préparatifs, avaient été l’objet d’une mise en scène soigneuse, d’une mise en lumière jamais atteinte. Il faut dire que les acteurs avaient contribué à casser les codes qui servent à l’élaboration du scénario habituel, et entretenu consciencieusement le suspens. Les français pour leur part avaient fourni de nombreux rebondissements et coups de théâtre chaque fois qu’ils s’étaient exprimés. La démocratie dévoyée comme spectacle ultime et pourvoyeuse de rente pour des maquereaux médiatiques, Guy Debord n’espérait certainement pas être aussi lucide.
Maintenant, tout ce que la France comptait de journalistes, d’éditorialistes, d’intellectuels reconnus ou auto-proclamés, d’artistes, de people, de sportifs, se succédaient dans les émissions télé et radio, entretenant un flot interrompu d’injonctions morales, et sommaient les français, à grands coups d’impératifs catégoriques, de glisser un bulletin Marron et non pas blanc dans l’urne le 7 mai.
Plus question en ces temps troublés, de vouloir préserver l’illusion d’une quelconque neutralité journalistique, de refuser de prendre parti sous le fallacieux prétexte du secret électoral. Tout le monde devait haut et fort affirmer un soutien ferme à Marron sous peine d’être soupçonné de faire le jeu du FB où même d’être un fasciste qui s’ignore. Le point Goldwin sans cesse excité (Loi Goldwin : plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1) , la raison succombait sous les assauts frénétiques des reductio ad Hitlerum des BHL, Jack Cattaly, Alain Minc, Bernard Guetta et consorts.
Pélenchon qui prétendait vouloir laisser le choix de l’expression anti FB à ses militants et à ses électeurs, était soumis depuis une semaine à la question du tribunal inquisitorial médiatique. S’il n’abjurait pas ses convictions anti-libérales, s’il n’appelait pas explicitement à voter Marron, c’est donc qu’il était coupable d’hérésie. Les heures sombres de l’histoire devaient sans doute se rappeler aux souvenirs honteux de la France politique, culturelle et médiatique, qui telle une armée de résistants de la 25ème heure se tenait cette fois debout prête à tout pour défendre le pays, mais avant tout le système libéral qui assurait leur prospérité.
Debout les damnés de la scène, debout les forçats de la farce, foule gâtée, debout, debout. Il allait falloir se mouiller et choisir son camp. Qui ne vote pas n’est pas Français !
"Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal." disait Hannah Arendt. Plus question de finasser rétorquaient-ils, l’heure est au grand rassemblement républicain. Les leçons tirées des expériences de Milgram oubliées ! Vous deviez participer, ne pas vous défausser, ne pas laisser faire le sale boulot aux autres. Voter Marron.
"Pas ça, pas ça, pas ça" s’égosillait ce dernier lors d’un meeting en agitant l’épouvantail du FB au pouvoir. Le voyant scander ses exhortations de son petit point fermé il me rappela le bébé capricieux, rejeton improbable de Mollande et Battaz, qui le représentait aux Guignols de l’info.
Une perte de sang froid total semblait avoir saisi le monde médiatique. La laïcité qui refuse aux responsables religieux le droit de s’immiscer dans les affaires politiques ? Pas d’idéalisme répondaient-ils en se félicitant des prises de position publiques des représentants des cultes juif et musulman et en condamnant la retenue du Pape sur la politique française, les loups populistes sont aux portes de Paris hurlaient-ils en meute.
Face à une telle unanimité, on pouvait craindre que les abstentionnistes, ne finissent fichés S après l’élection de Marron.
Le CSA affolé avait certainement renoncé à décompter les temps de paroles, tant le déséquilibre était patent et avec mon épouse nous commencions à ressentir les signe d’une overdose manifeste de mauvaise foi politique.
"Si le FB est aussi dangereux pour la république et ses valeurs pourquoi les politiques s’acharnent-ils tous à poursuivre la politique libérale qui en est le terreau ?" demandais-je à Françoise qui acquiesça en finissant de dresser la table.
Il était 19H30 et nous allions passer à table. A ce moment FOG disait tout son mépris de la CGT qui s’était battue expliquait-il contre la loi El Mokry, non pas pour défendre les travailleurs, mais pour les maintenir dans la pauvreté. "C’est bien connu, la CGT prospère sur la misère des travailleurs et des chômeurs, les syndicalistes n’ont aucun intérêt à la combattre vraiment". Là dessus, il saisi un verre d’eau et le porta à ses lèvres, comme pour mieux faire passer l’énormité de ce qu’il venait de proférer.
"Ta gueule, étouffe toi !" hurlais-je en direction du poste et d’un coup de pouce rageur je passais sur Arte. Je m’installais à table contrarié par la pensée mesquine révélatrice de l’état d’esprit de ce triste personnage.

******************

Le lendemain matin, je me levais et comme d’habitude, j’allumais la radio sur France Inter. Je n’avais pas très bien dormi. J’avais longuement ressassé mon ressentiment contre cette élite qui non contente de se satisfaire de l’injustice libérale, prêtait à ceux qui déclaraient lutter contre, des arrières pensées bêtes et méchantes.
Décidément non, je ne participerai pas à ce simulacre de démocratie, qui fait tout pour canaliser la colère populaire, dans l’expression d’un vote condamné à l’infamie et à l’opprobre et par conséquent voué à rester minoritaire. La France est digne madame ! L’ordre capitaliste en place affermit son assise, en confiant le pouvoir à de jeunes ambitieux sans idéaux, qui lui font allégeance. Droite, gauche, centre, peu importe. Les partis trop usés par la collusion ont vécu, le capitalisme triomphe, avais-je pensé amer en m’endormant.
Il était un peu plus de huit heures du matin et Patrice Coin était à l’antenne.
- "Il était 19 heures 30, expliquait-il, j’ai cru qu’il avait avalé de travers, il a toussé, puis Il est tombé de sa chaise d’un bloc. Il buvait et d’un seul coup il s’est effondré, sur le coté, ajoutait-il encore sous le choc. Aussitôt les pompiers présents sur le plateau sont intervenus, mais ils n’ont rien pu faire pour le réanimer, les médecins du SAMU qui sont arrivés rapidement n’ont pu que constater son décès, un infarctus du myocarde massif semble-t-il. Franck était un grand professionnel, engagé pour la liberté de la presse, parfois un peu… comment dirais-je, entier, sans langue de bois, mais un grand professionnel". Adieu FOG tu vas nous manquer, dit-il d’une voix émue."
Ma femme qui s’apprêtait à partir au bureau me regardait d’un air éberlué, alors que j’avais cesser de tourner la cuillère dans ma tasse pour mieux entendre ce qui se disait.
- "Il va falloir que je prenne garde à ne pas te mettre en colère, je ne t’imaginais pas doté de pouvoirs maléfiques, plaisanta-t-elle." Sur ce elle m’embrassa et quitta l’appartement.
Je restai seul, un peu déstabilisé par la nouvelle de la mort de quelqu’un à qui la veille j’avais crié "étouffe-toi !".
A chaque annonce de la mort d’une personnalité, j’avais pris l’habitude de m’exclamer, "…et Charles Aznavour est toujours vivant". Une blague de très mauvais goût je l’admets, mais qui n’avait jamais eu aucun effet sur la longévité de l’artiste aux multiples adieux. Or hier mon changement chaîne brutal et hargneux avait à des kilomètres de là, été suivi de la mort subite de celui qui avait suscité ma colère.
Mon esprit strictement rationnel eu vite fait de conclure qu’il était stupide d’y voir autre chose qu’une fâcheuse coïncidence. Il meurt deux personnes à chaque seconde dans le monde, que de temps à autre l’une d’entre elle, habituée des plateaux télé décède en direct à la télé n’a rien d’étonnant vu le temps qu’elles y passent. Une curiosité malsaine me poussa à rechercher sur internet la séquence à laquelle j’avais échappé. France Cinq A Sept l’avait supprimé mais elle était devenue virale sur les réseau sociaux. On y voyait FOG tendre le bras, s’emparer d’un verre, le porter à ses lèvres affichant un air satisfait, déglutir une première fois, tousser en recrachant un peu d’eau et s’écrouler sur sa droite. Le cameraman avait alors cessé d’enregistrer.

*************

L’annonce de la mort en direct de FOG a bien sûr été relayée par toutes les chaînes de télé et de radio ; de nombreux journaux en avait fait leur une, tous rendaient hommage "au grand journaliste", à "l’écrivain de talent", à "l’homme aimable et aimé" racontaient les proches et moins proches, au "grand ami des bêtes" disait un membre de la SPA de Trifouilly-les-Oies sur LCI, à "l’adepte du végétarisme" précisait ému un représentant de l’Union végétarienne européenne sur le plateau de Cyril Hanouna. Néanmoins, une actualité chassant l’autre, l’hyper notoriété posthume du brave homme fut de courte durée, et céda vite la place à la préparation du débat télévisé prévu le mercredi soir sur TF1 et France 2. En attendant le grand soir, les soutiens des deux candidats se prêtaient à de multiples confrontations organisées sur les plateaux télé et les radios - fussent-elles locales - qui voulaient bien en rendre compte. La mauvaise foi des débateurs était de rigueur, l’impartialité des animateurs pas même revendiquée, ne serait-ce pour la forme, les sophismes étaient de règle, les contres vérités patentes, et les coupures pub rythmaient lancinantes les propos sans fond de tout ce beau monde persuadé de faire vivre ainsi la démocratie.
J’avais pour ma part renoncé à suivre ce cirque médiatique. Il était 17 heures et j’étais attelé à l’écriture d’un texte sur mon ordinateur pour mon blog que personne ne lisait - il faut bien s’occuper que diable - quand le tintement familier de mon ordinateur m’avertit de l’arrivée d’un courriel de mon ami Thierry.
- T’as vu les infos ? indiquait la petite notification apparue sur la droite de mon écran.
Craignant l’annonce d’un nouvel attentat en ces temps troublés, j’ouvrai rapidement la page d’un site qui compilait les informations en ligne au fur et à mesure de leur parution et les titres m’apparurent aussi incroyables qu’inquiétants.
"Décès en direct : Dupond Baignan et Nadine Médrano s’effondrent au même instant sur le plateau de BFM télé. Alors qu’ils débattaient, les deux personnalités politiques, se sont écroulés lourdement sur la table sans raison apparente, transportés d’urgence à l’hôpital Cochin, ils n’ont pas pu être ranimés."
"L’affreuse série noire continue. Francis Mayrou répondait aux questions de Laurence Ferrari sur le plateau de CNews, il a semblé avoir une absence, a tenté de se lever, mais s’est écroulé au sol, les pompiers présents ont pratiqué les premiers secours, selon eux à l’arrivé du SAMU il était déjà mort".
Le Parisien titrait : "Drame sur le plateau de LCI. Sans signe avant coureur perceptible, Yves Calva et son invité Jack Cattali ont brusquement et au même moment perdu connaissance, nous venons d’apprendre avec effroi qu’ils sont morts".
Lentement je refermai mon portable, et mis en route la télé. France 2 avait interrompu ses programmes habituels et sur l’écran se succédait les images des envoyés spéciaux campés devant les différents lieux des drames récents. Des cordons policiers avait été installés qui empêchaient d’approcher trop près des bâtiments des différentes chaines.
L’un des journalistes de France 2 parlait face caméra.
- "Les forces de l’ordre ont investi les plateaux de LCI. La chaîne n’est plus en mesure d’émettre. Nous n’avons aucune information supplémentaire à vous donner à cet instant. Je ne peux que vous rappeler ce que toutes les personnes regardant l’émission d’Yves Calva à cet instant ont pu voir de leurs yeux. La caméra était en plan large sur les deux malheureux et brusquement ils se sont effondrés sur la table, morts ! La quasi simultanéité de ces morts subites sur trois plateaux de chaines d’informations, laisse craindre le pire. Il paraît fort peu probable qu’il s’agisse là de coïncidences. Même si les causes exactes de ces morts sont pour l’instant inconnues il semblerait que l’empoisonnement de l’eau mise à la disposition pendant ces émissions soit une piste envisagée par les enquêteurs."
- " Merci Jérôme, le coupa Putadas, nous allons rejoindre Stéphanie, rue d’Oradour sur Glane, au siège de BFM TV. Alors Stéphanie que pouvez-vous nous apprendre sur les causes des morts subites de messieurs Dupond Baignan et Nadine Médrano".
" Et bien David aucune information ne filtre de ce bâtiment que vous voyez derrière moi. Toutes les spéculations sont permises mais la piste criminelle semble de plus en plus s’imposer. Il paraît tout simplement impossible que ces deux responsables politiques aient pu décéder brutalement de cause naturelle. Ils n’avaient selon mes sources aucun souci de santé grave connu, les autres personnes présentes sur le plateau, techniciens, cameramen, sont indemnes, ce qui exclu l’utilisation de gaz toxiques, aucun coup de feu n’a été tiré, pas de trace de blessure apparente selon les pompiers, c’est le mystère le plus total. Les crimes, si crimes il y a, il faut être prudent et attendre les autopsies qui ne manqueront pas d’être pratiquées, les crimes disais-je sont inexplicables en l’état de nos informations. Les liens entre les différents drames sont évidents, les hommes politiques et les journalistes semblent être devenus une cible, mais de qui…"
- " Je vous interromps Stéphanie, le porte parole du gouvernement vient d’entrer sur le plateau. Bonjour Monsieur Lefou"
On voit le grand gaillard prendre place, entouré de ce qui semble être deux gardes du corps qui restent en retrait derrière lui.
- Bonjour M. Putadas.
- Que pouvez-vous nous apprendre sur ces drames qui frappent le pays. Les hommes politiques de tous bords semblent visés, les journalistes, un intellectuel de renom. Un mort hier, cinq aujourd’hui toutes en direct à l’antenne, cela ne peut être que des assassinats n’est-ce pas ?
- Pour l’instant rien ne permet de l’affirmer. Seules les autopsies pourront nous renseigner sur les causes de la mort. Mais je voudrais avant tout rendre hommage aux victimes…
A cet instant mon épouse entra, je n’eus pas droit au baiser habituel, elle s’assit à mes côtés sans même ôter son manteau.
Lefou continuait.
- … des adversaires politiques pour certains, mais tous des hommes de convictions au service de leur pays, de leur ville, de leur métier, de l’intelligence du monde, de l’information, de …
Et là il s’écroula. Le plan bascula aussitôt sur Putadas blême, son regard affolé, plein de stupeur emplit un instant l’écran, et sa tête s’abattit fortement sur la table du studio.Puis l’écran devint noir.
Françoise sidérée me serrait la main douloureusement. Je desserrai son étreinte, me levai, débranchai la prise qui reliait la télévision au secteur, j’enlevai les piles de la télécommande et à pieds joints je me mis à sauter dessus jusqu’à la réduire en menus morceaux.

**************

Les titres continuaient à défiler sur la page d’actualités en ligne de mon écran d’ordinateur. On apprenait que la radio n’était pas épargnée par cet inquiétant phénomène. En effet Jacques Gourdin avait tenu à organiser une émission spéciale Morts Subites. Il n’était pas question de laisser le champ libre à ceux qui voulaient museler les journalistes et la démocratie ! Il fallait faire preuve de courage, les français avaient le droit de savoir ! De nombreux hommes politiques avaient refusé l’invitation, seuls Perrine Le Men et son père l’avait acceptée, courageusement disait Gourdin.
La camera du studio de RMC filmait en plan large les trois interlocuteurs, témoignait l’article, on pouvait voir le sourire en coin du vieil homme, l’air assuré de sa fille, la mine préoccupée de Gourdin, et subitement dans le même élan, ils ont plongé tête la première l’un vers l’autre, pour ne jamais se relever, concluait le rédacteur. Le clan Le Men, réconcilié pour la défense de la patrie en danger, avait eu le temps dans les quelques minutes qu’avait duré l’interview d’accuser en bloc, les islamistes, le lobby juif international et les gauchistes extrémistes.
Par ailleurs on apprenait que si FOG semblait être le premier cas de cette sinistre hécatombe, de nombreux autres pays avaient aussi été touchés. A chaque fois, partout, le même scénario d’épouvante se répétait : des hommes et femmes politiques, des personnes d’influence - intellectuels, économistes, experts - des journalistes, décédaient en direct à l’antenne tous emportés par un infarctus foudroyant.
Une panique bien comprise s’empara de tout ce beau monde, qui s’éloigna sans demander son reste de tout ce qui de près ou de loin pouvait ressembler à une caméra, ou à un micro.
Les enquêtes policières conclurent toutes à l’absence de traces d’intervention extérieure dans ces décès, les infarctus étaient tous "naturels". On songea un temps à un virus informatique destiné à affaiblir les gouvernements ennemis, qui aurait échappé à son concepteur, et se serait propagé par les réseaux à l’ensemble de la planète. Les USA, soupçonnaient les Chinois, la Russie suspectait l’Amérique, et la Chine promettait l’enfer nucléaire au président Trump. On échappa au pire quand les scientifiques prirent le relais de la police et émirent tous le même avis : en l’état actuel des connaissances humaines, aucun début d’explication ne pouvait être fourni, pas de nouveau poison, pas d’arme bactériologique encore moins de virus informatique, l’homme n’était pas à l’origine de ces morts. Il fallait poursuivre les recherche pour comprendre ce qui ressemblait par ses effets à un virus, qui ne se propageait que sur les plateaux télé et radio, et qui ne contaminait qu’une partie bien spécifique de la population. Le monde entrait dans l’ère de l’impossible.
Les chercheurs eurent besoin de volontaires pour servir de sujet d’étude. En Corée du nord ils furent désignés d’office, aucun n’en réchappa.
Aux USA les chaînes de télé offrir de fortes sommes à ceux qui, politiques, journalistes, experts, voudraient bien aider la recherche. Le rêve de richesse et de gloire fit quelques adeptes parmi des jeunes hommes au cœur vaillant… qui cessa de battre dès qu’ils furent mis dans les conditions d’une interview. Le rêve américain avait vécu.
En France, malgré les protestations de la SPA, des chimpanzés servirent de cobaye. BFM TV proposa ses studios. Les singes furent vêtus de costumes, équipés d’un micro et on commença à enregistrer. Les deux singes étaient face à face aux places qui il y a quelque temps avaient été fatales à Dupond Baignan et Nadine Médrano. La ressemblance n’était pas saisissante, mais avec un peu d’imagination, on aurait pu se laisser convaincre par les gesticulations et parfois aussi par certaines mimiques. Décidément l’homme est bien un animal politique. On s’en doutait il ne se passa rien. Peut-être manquait-il un journaliste ? Il fallait quelqu’un de connu, une pointure, pour reproduire le plus fidèlement possible les conditions des drames. Michel Hépatite voyant là l’occasion de booster sa matinale sur France Info, se porta volontaire. Nous ne savons pas qui fut à l’origine de la fuite, mais la vidéo circule encore sur internet, où on le voit l’air le plus sérieux du monde tenter d’interroger les primates : - " Bonjour messieurs, merci d’être venus. Vous allez peut-être enfin pouvoir répondre à une question qui me tarabuste depuis longtemps, est-il exact que vous possédez une conscience, que vous éprouvez de l’empathie pour vos congénères ? ". Les primates un instant troublés par la prise de parole d’Hépatite, son accent peut-être, échangèrent entre eux d’un regard, et partirent d’un grand rire sonore se frappant le ventre de leurs grands bras.
Ces expériences n’apprirent rien de plus. Si ce n’est que les les performances comiques d’Hépatite étaient aussi appréciée des singes qui pour leur part ne risquaient rien à se lancer en politique, ils pouvaient même y gagner de beaux costumes.
Finalement c’est l’étude des données statistiques de l’Audimat, qui permit d’établir une corrélation forte entre les accidents et le zapping des téléspectateurs ou des auditeurs. Alain Minc jamais à court d’idée proposa donc une interdiction des télécommandes et un conseiller du ministère de la culture suggéra même de revenir à une chaîne unique.
Pendant ce temps-là au siège de l’ONU, le conseil de sécurité réuni en urgence avait fait paraître un communiqué officiel qui conseillait au 193 états membres l’application stricte d’un principe de précaution. Il convenait selon lui de suspendre jusqu’à plus ample informé, toutes les émissions où s’exprimaient des hommes politiques qu’elles fussent télévisées ou radio-phoniques, en direct ou en différé, tous modes de diffusion confondus .
En France, ces conseils furent strictement suivis, et les élections reportées de trois mois pour empêchement "mortel "du second candidat. Les journaux, qui tous avaient vu leur vente s’envoler nous apprenaient que Fillou arrivé troisième, devenait de facto le candidat qui serait opposé à Marron. Pendant une semaine il exprima dans les colonnes du Figaro et du Monde sa satisfaction de pouvoir à nouveau se mettre au service de son pays surtout en ces temps difficiles. Il assura que toute la lumière finirait par être faite sur ce qu’il qualifiait d’atteinte à la sûreté de l’état et promit que les coupables seraient traduits en cour martiale s’il était élu. Le mercredi qui suivit, le Canard Enchainé, faisait paraître un témoignage exclusif : la confession de l’épouse Fillou concernant une fumeuse affaire d’emploi fictif. Elle confessait qu’elle n’avait jamais travaillé pour qui que ce soit, ni pour son époux, ni pour son remplaçant, qu’elle ne savait même pas qu’elle avait été salariée, et que tout cela avait été organisé à son insu.
Le soir même, Fillou fut mis en détention provisoire dans l’attente de son jugement.
Le huit septembre 2017 Pélenchon était élu président de la république et l’assemblée constituante proclama la sixième république le 14 juillet 2018.
L’un des paragraphes du préambule de sa constitution disait : "Lors des choix démocratiques, les citoyens doivent pouvoir exprimer leur volonté librement, en toute conscience et pleinement informés. Les insuffisances de l’éducation nationale, la main mise d’intérêts privés sur la télévision, la radio, les médias, ne permettent plus de satisfaire ce droit dont l’état est le garant.
Il appartiendra donc au futur législateur d’organiser la sanctuarisation de ces domaines afin de les soustraire totalement et définitivement aux intérêts financiers".

*************

Aucune explication n’a jamais pu être apportée concernant la cause de ces tragiques évènements. Les quelques tentatives de renouer avec les pratiques du passé s’étant soldée par la mort des malheureux qui s’y étaient risqué, on ne parlait plus de politique ni à la télé, ni à la radio.

…Le 15 juillet 2018 à 19 heures 30, un infarctus foudroyant emportait mon mari alors qu’il finissait ce texte.
Pour ma part, comme de nombreuses autres personnes, je n’ai plus de télévision.

Messages

  • Wouah ! Comme on dit en langage débile, c’est pas mal du tout cette nouvelle de politique fiction ! Intelligent, drôle, imaginatif.
    Et du coup ton rêve de l’avènement de la 6eme république se réalise ! C’est bien l’imaginaire : ça console.
    En tous cas, j’ai beaucoup apprécié ce texte.
    Par contre, j’ai ressenti un malaise certain à la lecture de l’épilogue. Dater sa propre mort, brrr... Comment dire, ça me glace. Cela dit, ce n’est qu’une fiction ! Et vu comme c’est parti, ça ne risque pas plus d’arriver à la date que tu donnes que la 6eme qui serait proclamée la veille. Faudra attendre encore un peu...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.