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Le libéralisme économique : science humaine ou inhumaine ?

jeudi 23 février 2012, par Sausausau

Quelle est la différence entre la chimie et l’alchimie, entre l’astronomie et l’astrologie ?
Qu’est-ce qui différencie une science d’une pseudoscience ? En fait, l’une répond effectivement à une démarche bien codifiée, alors que l’autre prétend le faire mais en donne seulement l’illusion.
La théorie économique libérale, comme le marxisme avant elle, suscite ce débat. Toutes les sciences humaines ont dû rendre compte de leur objectivité face aux sciences dites exactes, dont les hypothèses sont vérifiables par le calcul ou par l’expérience. Mais pourquoi cette question se pose-elle avec autant d’acuité concernant la théorie économique libérale ? L’âpreté du débat dépasse le strict cadre épistémologique, car il touche aux conditions de vie de millions de personnes. Mondialisation, délocalisations, distribution des activités économiques et productrices au niveau mondial, concurrence de tous contre tous, est-ce efficace en terme d’allocation des ressources ? C’est ce que prétendent les libéraux, mais si tel n’était pas le cas, à qui cela profite-t-il vraiment ? Et si la difficulté de répondre scientifiquement à ces questions était finalement un alibi permettant à un système de se maintenir. Ne vaudrait-il pas mieux abandonner un scientisme tolérant mais inopérant pour un pragmatisme ancré dans la réalité. Cette réalité qui semble indépassable et qui se rappelle sans cesse à nous dans toute sa brutalité : la pauvreté recule globalement dans le monde, au prix d’une ponction toujours plus importante sur les matières premières non renouvelables, mais les inégalités se creusent. Pour inverser la tendance ne faudrait-il pas s’attacher plus aux libertés réelles qu’aux libertés formelles dont les libéraux sont les chantres ? La justice et l’équité ne surpasseraient-elles pas finalement la liberté dans la hiérarchie des valeurs morales ?

Selon Karl Popper (1902-1994), philosophe des sciences influent du début du siècle dernier, la ligne de démarcation entre sciences et pseudosciences peut-être tracée par le caractère de réfutabilité des postulats qui l’étayent. Ainsi s’il est possible, par l’observation ou par l’expérience, d’obtenir un résultat en contradiction avec une hypothèse qui sous-tend une théorie, autrement dit si on peut réfuter cette hypothèse, celle ci qui perd sa validité, mais la théorie quelle entendait conforter, gagne son caractère scientifique. Cela peut paraître contradictoire mais pourtant c’est ainsi que la science avance, par tâtonnements, les erreurs sont prises en compte, corrigées, et les nouveaux résultats obtenus viennent compléter ou remplacer les anciens. La science n’entend pas dicter des vérités absolues et éternelles, mais propose des modèles qui fournissent un décryptage de la réalité, valide à un instant donné et qui sera complété ou remplacé par un autre. Newton et sa loi sur la gravité, n’a pas tort face à Einstein et sa théorie de la relativité générale, mais la première ne suffit plus à décrire la réalité telle qu’on l’a connaît aujourd’hui.
Ceci étant posé, comment réfuter une hypothèse ? Cela semble assez simple. Par exemple si j’affirme que tous les corbeaux sont noirs, il suffira d’observer un corbeau non noir pour infirmer cette hypothèse, donc ma théorie possède un caractère scientifique, car elle peut-être vérifiée ou contredite par des expériences ou par des observations que l’on peut reproduire et jusqu’à preuve du contraire elle est valide.
« Dieu existe » n’est pas une hypothèse scientifique car nul ne peut penser une observation ou une expérience qui viendrait la réfuter ; nous sommes dans le domaine de la métaphysique et plus précisément ici dans le domaine de la foi.

Revenons à la théorie économique libérale.
Une de ses hypothèses fondamentales est que « le marché où s’exerce une concurrence libre et non faussée, où existe une liberté de circulation des biens, des personnes et de l’information, garantit une allocation optimale des ressources » Autrement dit, en matière économique, si chacun peut faire ce qui lui plait, dans le respect de la liberté d’autrui, les individus prennent des décisions qui visent à maximaliser leur bien être personnel. Les intérêts antagonistes qui naissent de ces décisions, finissent par s’équilibrer automatiquement sur un marché des échanges qui régule mécaniquement l’offre et la demande. Ainsi l’intérêt général est atteint indirectement mais plus surement que par la mise en œuvre de politiques dirigistes dont le but véritable n’est jamais certain.
Le libéralisme économique est à priori une théorie scientifique puisque l’exemple d’organisation contraire, que constituait l’économie soviétique planifiée a échoué, notamment en terme d’allocation optimale des ressources. Si elle avait été un succès, cela aurait invalidé l’hypothèse inverse, et donc puisqu’il a existé une telle expérience et qu’elle a échoué, elle conforte le caractère scientifique de la théorie libérale.
Pour autant il faut se garder de conclure, comme n’hésitent pourtant pas à le faire les libéraux, que l’échec de l’expérience soviétique, démontre la vérité logique de l’hypothèse libérale. En effet, rien ne permet d’affirmer que l’absence des conditions requises par la théorie libérale, est la cause de l’échec communiste. En logique on ne peut pas conclure sur la cause si celle ci n’est pas incluse dans la proposition dont on discute.
Un peu plus clairement : il pleut, je suis dehors, je n’ai rien pour m’abriter, donc je suis mouillé ; la pluie est à l’origine du fait que je sois mouillé. Par contre, si on observe que je suis mouillé, rien ne permet d’affirmer qu’il pleut.
La théorie économique libérale a donc démontré son caractère scientifique, mais l’hypothèse fondatrice de la supériorité du marché en terme d’efficacité n’est pas pour autant validée.
Nous avons bien quelques exemples en tête qui pourraient nous permettre de la remettre sérieusement en question, mais c’est sans compter sur les défenseurs acharnés du dogme.
Si vous leur parlez des crises successives du système, qui nécessitent à chaque fois une intervention importante des états pour le sauvegarder, et ce contrairement à leur précepte fondateur, qui veut que l’état doit se garder d’intervenir dans l’économie, ils vous répliquent que ces crises ne sont pas la conséquence du trop grande libéralisation mais au contraire d’un manque de libéralisation.
Si vous leur dites que les délocalisations entrainent une montée importante du chômage dans les pays qui subissent la désindustrialisation, ils vous opposent que globalement la ressource travail est efficacement répartie, puisqu’elle se trouve là où elle est la plus efficace économiquement, que les emplois perdus en Europe sont créés en plus grand nombre en chine permettant ainsi aux ouvriers chinois de voir leur niveau de vie augmenté.
Quand vous leur rétorquez que le travail, s’il est une ressource pour les employeurs, est avant tout, le seul moyen de subsistance pour des millions d’individus, et qu’il n’est pas seulement question de le répartir efficacement, mais équitablement, ils vous répondent non sans cynisme que si la concurrence libre et non faussée, qu’ils appellent de leurs voeux était en place, le coût du travail en France serait au niveau de celui des chinois et qu’ainsi tout le monde aurait du travail.
A chaque fois la validité de l’hypothèse n’est pas en cause, c’est seulement parce que les conditions décrites par la théorie ne sont pas totalement réunies que l’expérience n’est pas vraiment concluante.
On s’aperçoit vite qu’il est très difficile d’invalider une telle hypothèse qui propose toujours une explication ad-hoc à ses échecs successifs, qui fixe des conditions initiales si loin du réel, qu’elles sont de fait quasi inatteignables ; qui peut dire quand la concurrence parfaite et non faussée sera atteinte ? Quand les salaires des salariés du monde entier seront alignés sur ceux des chinois ? Ceci m’inspire une petite digression : Ne trouvez vous pas paradoxal qu’un pays comme la chine soit présenté par les libéraux comme une preuve de la supériorité de leur théorie sur toute autre forme d’organisation économique ? En effet, en chine les libertés individuelles n’existent pas, celle d’entreprendre est encore étroitement contrôlé par l’état, la libre circulation des biens ne vaut que dans un sens, le cours de la monnaie n’est pas fixé par le marché mais par l’état. Qui y a –il de libéral à tout cela ? Peut-être les libéraux ne retiennent-ils « du miracle chinois » que les profits substantiels que permet l’accaparation des richesses et la servitude des classes laborieuses par d’une minorité, ce qui en soit constituerait le but inavoué des libéraux.
Mais voici là un procès d’intention, revenons à la question qui nous préoccupe : Les libéraux défendent-ils une théorie économique valide ?
Comme il semble difficile de trancher rationnellement la question, et par souci de tolérance intellectuelle nous pourrions être tenté de leur accorder le bénéfice du doute, et croire à la loyauté de leurs fins. Ludwig von Mises, un des pères fondateur du libéralisme moderne n’affirmait-il pas que l’objectif des libéraux n’était pas la défense des intérêts des plus riches, mais de donner à chacun les moyens de sortir de sa condition initiale par son mérite. Nous n’allons pas rejeter à priori une idée qui prétend que si l’état ne nous en empêche pas et si bien sûr nous nous en donnons les moyens, nous pouvons tous espérer devenir riches un jour. Il suffit de pour cela de travailler dur et que les politiques se chargent de veiller au libre fonctionnement du marché.
A les en croire ce dernier serait encore entravé par le salaire minimum, par la limitation du temps de travail, par la volonté qu’expriment certains de ne plus travailler après 70 ans et de vivre dès lors au crochet de la société. Il est en même pour trouver normal de se soigner sans bourse déliée ou si peu. Non vraiment le marché libre et non faussé n’est pas encore advenu, ce n’est encore qu’un vœu pieux pour qu’enfin tout le monde ait sa part de bonheur.
En attendant, les conséquences des expériences libérales n’ont rien de théoriques, elles sont bien réelles et souvent à mille lieues des résultats espérés par ceux qui lui servent de sujets d’expérimentations. En effet, depuis de nombreuses années, ses laboratoires, FMI, Banque mondiale, Commission Européenne, mettent en œuvre des expériences taille réelle de leur théorie en Afrique, en Europe, en Amérique du sud et on eu souvent toute latitude pour accomplir leur projet, est-on sûr pour autant, que l’allocation des ressources de la planète s’est faite de manière optimale ? On ne pourra pas prouver l’inverse : l’histoire ne se répète pas. Mais il est quand même permis d’en douter, ne pensez-vous pas ?
Cette hypothèse de la suprématie du marché pour organiser l’allocation optimale des ressources est peut-être vraie sur le papier lorsque des mathématiciens, à l’aide de modèles, vous démontrent que l’asymptote à l’infini est tangente avec le résultat escompté ; mais l’infini est têtu et rechigne à se laisser définir : demain cela ira mieux. De plus, n’en déplaise aux mathématiciens « l’allocation des ressources » en dehors d’être une courbe, se traduit finalement pour des millions d’êtres humains par : « ce qu’il y aura dans mon assiette et celles de mes enfants » et on ne peut attendre indéfiniment que l’humanité puisse manger à sa faim.
Mais peut-être nous fourvoyons-nous ? Peut-être avons nous déformé leur message. Les libéraux n’ont jamais prétendu viser une répartition équitable des ressources, ni une répartition juste des ressources, ils visent à une répartition optimale des ressources.
Selon Paretto économiste Italien libéral, du siècle dernier, une situation est dite optimale lorsqu’on ne peut l’améliorer sans en détériorer une autre.
Avec cette grille de lecture, le fait que 10% de la population accaparent 90 % des richesses est une répartition optimale, puisque une répartition 20/80 détériorerait la situation des plus riches. C’est pour cette raison que les libéraux incitent à grossir le gâteau et à ne pas se contenter d’un partage plus juste de l’existant. Effectivement, si l’on double la richesse mondiale en conservant le partage actuel, les pauvres se retrouvent bien avec l’équivalent des 20 % qu’ils revendiquaient et les plus riches avec l’équivalent du double de ce qu’ils possédaient, soit un gain de 18 fois supérieur à celui des plus pauvres : le miracle libéral dans toute sa simplicité. Pour parvenir à ce résultat il aura fallut néanmoins travailler deux fois plus, utiliser deux fois plus de matières premières, deux fois plus d’énergie, faire comme si les ressources naturelles étaient inépuisables, mais le dogme est sauf, la situation des plus riches ne s’est pas dégradée, la répartition des ressources est donc optimale.

Et si, n’en déplaise à Messieurs Hayek, Friedman et consorts les évangélistes de la doctrine libérale, nous retenions la définition que donne le dictionnaire du terme optimal : « qui est le meilleur possible, le plus favorable ». Il suffirait d’énoncer que ce résultat doit être obtenu pour le plus grand nombre, afin de mettre en évidence l’échec patent de cette doctrine. Nul besoin de modèles, de courbes, de mathématiciens chevronnés pour se rendre compte que le libéralisme économique est une théorie invalide. Lors d’une pandémie, que penserions nous d’un remède qui prétendrait soigner la population mais qui dans les faits protègerait les biens portant, fragiliserait par ses effets secondaires les personnes encore asymptomatiques et qui mettrait en péril la vie des plus malades. Tous les gouvernements s’entendraient pour l’interdire et pour faire le procès de ceux qui auraient ainsi trompé le monde.
Non seulement, la main invisible du marché n’est pas la solution à la bonne allocation des ressources mais elle devient le problème, empêchant par le dogmatisme de ses défenseurs, une répartition équitable des ressources qui prennent en considération un aspect de la réalité qui est indépassable : elles ne sont pas inépuisables.

Le libéralisme entend non seulement poser des règles économiques, mais toujours au nom de la défense de la liberté individuelle, prétend aussi circonscrire le champ du politique, dont le rôle devrait se cantonner à mettre en place les conditions nécessaires à son avènement.
Comment peut-on rationnellement défendre l’idée selon laquelle la liberté individuelle se situe au dessus de toutes les autres valeurs et dans le même temps la nier quand elle s’exprime par le biais d’un vote majoritaire car elle serait alors la dictature du plus grand nombre. Bien évidemment il faut veiller aussi à l’intérêt des minorités mais de là à affirmer que les décisions du peuple souverain, émanations de la somme des volontés individuelles, expressions de la liberté de chacun et qui viseraient à confier à l’état le soin de défendre l’intérêt général, serait une atteinte inadmissible à la liberté individuelle.
Nous avons vécu un exemple concret de ce déni de démocratie en 2007. Le gouvernement français, avec la complicité des socialistes, passe outre le résultat du référendum de 2005, qui rejetait l’idée de donner un cadre constitutionnel à l’organisation libérale de l’Europe, et nous l’impose par le vote inique d’un amendement à la constitution, adopté par le Congrès réuni à cet effet.

Si en en croit Karl Popper, le caractère scientifique de la théorie n’est pas remis en cause par le l’échec de certaines de ses hypothèses. Seules ces dernières se trouvent invalidées. Ainsi donc les apparences sont préservées, la morale est sauve. Les tenants du libéralisme ne sont pas des égoïstes qui chercheraient à cacher leur défaut derrière un habillage scientifique. Le libéralisme économique, au même titre que l’école Classique, Keynesienne ou Marxiste, est bien une branche de l’économie, elle même reconnue aujourd’hui comme une branche des sciences humaines et sociales, (nonobstant l’importance que prennent les mathématiques en son sein, mais ceci est un autre problème).
L’objectif de l’ensemble des sciences humaines est de comprendre la réalité humaine dans son environnement, de la décrire, et chacune d’elle entend bien souvent proposer des solutions pour l’améliorer. Un problème se pose pourtant à l’ensemble de ces sciences, c’est celui de l’objectivité. Je m’explique : 2+2 feront toujours 4 avec ou sans personne pour procéder au calcul. Mais le chercheur en sciences humaines est à la fois acteur et sujet de l’étude qu’il mène, il est une partie de la réalité qu’il décrit et cette proximité ne permet pas le recul nécessaire à une vision complète de la réalité.
Ainsi quand les libéraux proposent une hiérarchie des valeurs humaines, qui place au dessus de toutes les autres la liberté individuelle, c’est la conclusion à laquelle ils aboutissent après l’étude d’un système auquel ils appartiennent, dont ils sont bien souvent l’élite, et qui exerce sur eux une influence certaine. Ils bénéficient eux même d’une liberté réelle et de conditions matérielles qui leur permettent généralement d’en user. En faisant du concept de liberté un idéal absolu, ils en occultent l’aspect relatif qui lui donne tout son sens car il permet de déterminer les conditions qu’exigent son usage effectif. Dans les faits, c’est d’une liberté purement formelle dont doit se contenter une grande partie de l’humanité, elle possède le droit d’agir mais ne dispose pas des moyens de cette action. Si la liberté formelle édictée par la déclaration universelle des droits de l’homme, constitue une condition nécessaire à la satisfaction de ses besoins fondamentaux, elle ne saurait en être une condition suffisante. Elle peut flatter les esprits libéraux mais il y a-t-il vraiment de quoi s’enorgueillir ? Quelle liberté réelle possèdent les trois milliards d’individu qui vivent avec moins de deux dollars par jour ? Quelle est celle des millions d’enfants qui ne seront jamais scolarisés ? Que vaut la liberté contractuelle du salarié en période de chômage ? Que vaut celle du cultivateur face à la grande distribution ? Que vaut celle du sous-traitant des grandes firmes automobiles ? Comment peut-on continuer à prétendre proposer des principes économique valides et ignorer ces réalités brutales ? En fondant des ONG caritatives qui flattent la bonne conscience ?

Assez de cynisme ! Les politiques économiques libérales n’aboutissent pas à une allocation optimale des ressources, mais à la préservation d’une situation inégalitaire dont ceux qui les défendent et les exécutent sont les principaux bénéficiaires.
Les libéraux ont habilement détourné une grande idée : la Liberté individuelle, l’ont posé en principe absolu qui ne souffre d’exceptions, que celles tendant à sa défense, l’ont érigé en dogme et par un habile tour de passe-passe intellectuel, en ont déduit la supériorité du marché en terme d’efficacité pour l’allocation des ressources. Hypothèse invérifiable, irréfutable, donc indécidable. Nous ne sommes plus dans le domaine de la science, même plus dans celui de l’idéologie, mais cela confine au métaphysique, au religieux.
Il n’est plus question de raison mais de foi. Comment peut-on expliquer autrement leur aveuglement coupable face à la réalité de la pauvreté dans le monde ? Ils ont constitué une religion dont ils sont les prêtres, dans laquelle le marché est Dieu, et Hayek et Friedman ses prophètes. Ils lui sacrifient sans sourciller une partie de l’humanité et s’emploient à son avènement sur la terre entière et bientôt dans les cieux.
Il est temps que leur règne s’achève, que leur volonté soit partout disqualifiée pour que l’on s’attache enfin à ce tout le monde ait son pain quotidien.
Pour cela il n’est pas à attendre de la providence, ni de grand soir révolutionnaire. Il faut, chaque fois que l’occasion nous en est donnée, exprimer haut et fort notre désaccord avec ses principes, dénoncer son dogmatisme égoïste, imbécile et suicidaire. Il faut répéter qu’il porte en lui les germes de sa faillite, en ce qu’il croit pouvoir faire fi indéfiniment de la souffrance du plus grand nombre. Il faut dénoncer son analyse de la pauvreté qui ne serait que le dommage collatéral d’une guerre contre l’archaïsme socialiste et à laquelle il propose de répondre au mieux par la charité ou cyniquement par plus de marché.
Ne nous rendons pas coupable de complicité coupable et chaque fois que notre avis de citoyen est sollicité, notamment lors des élections, nous devons avoir prioritairement à l’esprit de combattre clairement et efficacement le libéralisme économique et non pas de défendre une situation personnelle favorable, fussions-nous intimement convaincus de la devoir à notre travail acharné et à notre mérite évident. Bien évidemment il est humain d’avoir des penchants égoïstes, de ne pas pouvoir éprouver de la compassion pour toutes les misères du monde, mais ceci n’est pas une caractéristique exclusivement humaine, l’ensemble du règne vivant la partage. Par contre, l’homme tire sa spécificité et donc son humanité, de ce qu’il a su penser les concepts moraux, notamment celui de justice et d’équité, qui dépassent la stricte notion utilitariste. C’est dans la mise en œuvre effective des valeurs morales qu’il prétend partager, que l’homme s’honore, c’est quand il prend en compte l’intérêt général, fusse au détriment du sien propre, qu’il use pleinement, en toute conscience de sa liberté d’individu. Dans le cas contraire il ne fait que céder à ses instincts primaires tel le renard dans le poulailler.

Sauveur Ferrera

Le 21 Février 2012

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