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Les putains de la République.

vendredi 12 juin 2015, par Sausausau


Emmanuelle…
Lorsque j’avais 15 ans la seule évocation de ce prénom faisait naître dans mon esprit d’adolescent post pubère un monde de fantasmes incarnés par une beauté froide mais affolante, alanguie seins nus dans un fauteuil en osier, suçotant un collier de perle et semblant attendre qu’enfin je me décide à la débarrasser de ses jupons et comble de l’érotisme, de ses guêtres.
Les temps et les mœurs changent. Emmanuelle a perdu les ailes qui l’ont emmené le temps de quelques films, au sommet d’une gloire éphémère, portée par le désir qu’elle faisait naître chez ses admirateurs.
Elle ne susurre plus à nos esprits émoustillés ses douces invites.
C’est Emmanuel qui de bon matin sur France Inter, claudicant sur une aile, vient zozoter à nos oreilles, les tenants et les aboutissants de sa loi Macron.
Concernant les tenants, rien de nouveau sous le soleil - “Nihil novi sub sole” comme l’a dit en latin le jeune ministre ce matin, espérant prouver qu’il avait des chiffres, mais aussi des lettres - l’emploi est le but ultime de toutes ces mesures.
Pour les aboutissants, toujours plus de potion libérale et de précarité pour les salariés, mais comme toutes les potions même les plus amères, c’est pour leur bien. Depuis bientôt cinquante ans tous les gouvernements affichent une volonté sans faille visant à réduire le chômage, ce qui se traduit dans les faits par son augmentation quasi constante sur le temps long. Est-ce à dire que nous avons la classe politique la plus conne du monde ? Non, dans les pays où le chômage a baissé cela c’est fait au détriment du salaire, de la qualité des emplois et de leur pérennité, autrement dit sur le dos des salariés. Il est a peu près certain qu’une main d’œuvre pléthorique, quasi gratuite, bien formée, disponible en tous temps et en tous lieux serait le cadre idéal pour la naissance des vocations entrepreneuriales. Sauf que tout le monde rêvant alors de mettre son voisin au travail la ressource risque vite de s’épuiser. Nous ne sommes pas encore parvenu à cet Eden rêvé par Pierre Gattaz mais nos énarques politiques tracent avec courage le chemin qui nous y mène.
Ce que nous cachent les économistes libéraux et les gouvernements avec leurs montagnes de chiffres, de courbes et de vérités mathématiques c’est une bien banale réalité. Un employeur quel qu’il soit, n’embauche que dans un but unique : gagner plus d’argent à court ou moyen terme. Le but ultime de toute entreprise et donc la finalité de toute embauche, ce n’est pas le besoin de main d’œuvre, l’envie de se développer, la satisfaction du client, la pérennité de l’entreprise. Tout cela ne constitue que les moyens sous-jacents d’une raison ultime : gagner de l’argent. Pour cela une seule solution dans un monde de concurrence de tous contre tous, augmenter la productivité réelle ou relative de son entreprise, et ou, redistribuer le moins possible aux salariés et à l’état. La fluctuation des rapports de force entre les différents acteurs met en mouvement la fameuse “main invisible du marché” d’Adam Smith, qui finit le plus souvent dans le fondement des salariés.
Voilà résumé en dix lignes la seule théorie de l’emploi qui vaille !
Je vois déjà arriver sur moi une horde d’économistes orthodoxes qui entend bien me faire ravaler mon simplisme prétentieux à grands coups d’expertises expertes et doctrines doctorales, m’expliquant que la libéralisation a aussi pour but d’encourager la vocation d’entreprendre ce qui fera les emplois de demain.
Bien sûr, ce dont nous avons besoin c’est d’encore plus de concurrence pour aboutir à la situation ubuesque qui prévaut par exemple dans la restauration.
Bon nombre de chômeurs croyant fuir la précarité du salariat ont endetté leur entreprise en rachetant trop cher leur fond de commerce, et l’offre de restauration est devenu pléthorique. Le résultat de ce rêve d’entreprendre : une concurrence acharnée qui dégrade tout y compris la qualité des plats. Ces nouveaux "patrons" peinent aujourd’hui à gagner leur vie malgré des journées de douze heures et plus ; ils font supporter aux salariés indispensables qu’ils n’ont pas encore licenciés, des conditions de travail et de rémunération s’exonérant de toutes les règles de droits ; ils accréditent l’idée selon laquelle sans “toutes ces charges et ces contraintes” tout irait mieux et lassés ou ruinés, ils finissent par repasser la patate chaude à d’autres gogos fraichement sortis de Pôle Emploi.
Il faut dire stop à cette aberration qui présente le "coût" du travail comme un obstacle vers le plein emploi et rappeler certains fondamentaux.
La société permet à un entrepreneur de s’enrichir grâce au travail des autres, car elle considère que c’est le moyen le plus efficient pour organiser la production et la redistribution des biens nécessaires à chacun. A juste titre ou non là n’est pas encore le débat. La qualité et la quantité de ces biens jugés comme indispensables (Marx parlait de ce qui est nécessaire à la “reproduction de la force de travail”), varie en fonction des époques et depuis un siècle environ, en fonction du niveau de vie atteint par les générations précédentes. En effet, sous la pression d’une offre toujours plus pressante qui organise la production et la consommation de masse, une progression en cliquet de l’évaluation de ces besoins est constatée partout. Sauf accidents, guerres, famines ou épidémies, le niveau de vie atteint par la génération précédente est au moins préservé ce qui fini par constituer une norme. L’efficacité du système économique de production doit donc être évalué à sa capacité à maintenir cet ordre. Si tel n’est plus le cas la société doit réfléchir à nouveau à la pertinence d’un système qui permet aux uns de spolier les autres sans pour autant atteindre l’objectif initialement fixé, qui je le rappelle, est la satisfaction des besoins de chacun. Ainsi, les règles de redistribution qui ont pour but de garantir à chacun un niveau de vie minimum ne doivent pas être présentées - surtout par un gouvernement qui se dit de gauche - comme un frein à l’emploi. Il convient au contraire de rappeler avec force face aux revendications du MEDF et des “pigeons” en tous genres, qu’elles constituent la juste contrepartie qu’exige la société contre le droit exorbitant de s’enrichir, que nous concédons aux plus ambitieux d’entre nous. Quiconque ne veut où ne peut jouer avec ces règles est disqualifié. Les règles n’empêchent pas le bon déroulement du jeux, elles sont le jeu. Les changer revient à reconnaître que la satisfaction des besoins de chacun n’est plus le but mais que l’emploi - sous-entendu le moyen d’enrichissement qu’il représente pour une minorité - s’y est substitué. Peu importe que vous puissiez en vivre, pourvu que votre employeur tire bénéfice de votre travail. Ainsi dans la société post-libérale qui advient, la société organise la production non plus pour subvenir aux besoins du plus grand nombre mais pour ne pas décourager la volonté de s’enrichir d’une minorité. Ils ne faut pas désespérer - non plus Billancourt (usine Renault célèbre pour la combativité de ses syndicats ouvrier) - mais le Medef à qui Hollande et sa clique accordent ce qu’il n’osait même pas espérer d’un gouvernement de droite.
Non seulement la morale ne sort pas grandie d’un tel changement de paradigme qui proclame l’ambition égoïste, le goût du lucre et du pouvoir, l’avidité, la compétition de tous contre tous, comme les nouvelles vertus qu’il faut cultiver, mais en plus la logique en prend un sacré coup. Une société qui se fixe comme finalité de se préserver du droit du plus fort et qui consacre le droit du plus fort comme moyen de parvenir à sa fin, je vous laisse prendre la mesure de la contradiction.
Messieurs les politiciens de tous bords mais surtout vous qui vous dites de gauche et dont l’idéal historique était justement la défense du plus faible, si vous ne savez pas faire dites-le nous. Nous pourrons au moins prendre en compte cette nouvelle donne et s’organiser sans vous dans ce but. François Mitterrand en 1993 a eu au moins le courage de déclarer : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé." Il avait néanmoins omis un détail essentiel “on a tout essayé” mais sans toucher au cadre qui préserve la situation des plus puissants. Or du courage vous n’en avez point et vous préférez dissimuler vos renoncements sous le maquillage outrancier d’hommes responsables, revenus des vieilles idéologies mortifères, des vieilles lunes tout justes bonnes à réveiller des nostalgies malsaines et rétrogrades. Cependant vous ne trompez plus personne si ce n’est peut-être vous même. Vous n’avez renoncé à rien, plus sûrement, vous n’y avez jamais cru.
Il faut au moins deux camps pour une compétition démocratique à laquelle puisse croire les français, donc vous avez fait mine de choisir celui des plus faibles, l’autre étant déjà bien fourni. Pourtant dans les faits c’est celui des puissants que vous défendez car c’est celui qui mène le plus sûrement au pouvoir et donc à l’argent.

Emmanuelle a depuis les années 70 beaucoup perdu de son pouvoir érotique, évincée par la surenchère de films et d’images de sexe sans complexe que nous propose l’industrie porno à travers internet. Ses ébats sagement filmés passent aujourd’hui pour des bluettes aux yeux des plus prudes. Si elle voulait percer de nos jours il lui faudrait faire montre de beaucoup plus d’audace. Gang bang, sodomie, et douche de sperme sont le passage obligé de toute les Emmanuelle contemporaines. Personne ne souhaiterait à quiconque de vivre cela mais tout le monde à contribué plus ou moins directement à ce résultat.
Ainsi vont le parti socialiste, et depuis trois ans, Hollande notre président et Emmanuel et Manuel nos Dupont de ministres, sur le chemin tracé par les libéraux européens. De renoncements en collusions, de réformes “courageuses” en reculs sociaux “inéluctables”, de privatisations en abandon de souveraineté, de traités léonins en trahisons, les voilà affichant sans pudeur un libéralisme décomplexé, dévoilant sans honte leur amour de l’entreprise, exhibant sans vergogne leur parties les plus honteuses avec le libéralisme déchaîné, et quand le râle de jouissance des plus riches parvient à leurs oreilles, les voilà fiers de leur prestation pornographique, espérant en retour la reconnaissance généreuse de leurs débauches idéologiques.
Quand vient le temps des élections, tels les vielles putes qui savent encore faire monter le micheton en lui dissimulant les stigmates du turbin, l’émoustillant d’une œillade complice, leurs rides camouflées par un maquillage savant, voici nos "socialistes" outrageusement maquillés, aguichant les travailleurs, les plus démunis, ceux qui mesurent dès le 15 du mois l’ineptie du "partage" des richesse, le poids des gabegies financières, ceux qui espèrent encore la fin de ce système à bout de souffle. Puis une fois le cave conquis, ils l’essorent en vitesse et finissent soumis dans le lit du patronat, vautrés dans les parties fines de la finance, et ramènent consciencieusement leurs gains aux plus puissants maquereaux de la planète.

Le peuple de gauche est aussi responsable de cet état de fait. Il s’est laissé endormir par leurs promesses de changement sans révolution, d’évolution tranquille. Dans le confort petit bourgeois conquis de haute lutte par les générations précédentes, bercé par leurs discours lénifiants contre les discriminations, qui peu à peu se substituaient aux luttes contre un capitalisme toujours plus avide, il a accepté avec résignation toutes les surenchères libérales des gauches de gouvernement. Participant par ses votes à une alternance de façade en matière économique il a accrédité l’idée selon laquelle il n’y a pas d’alternative au capitalisme mais seulement des manières plus ou moins brutales de l’imposer.
Pourtant il existe une alternative, non pas dans la gauche extrême, qui n’a jamais su dépasser ses clivages et offrir aux électeurs une force unie capable de vraiment peser, et pour qui le combat essentiel est aujourd’hui est la cause des clandestins, des immigrés, des communautés ethniques ou sexuelles, laissant au Front National la place qu’elle laisse vacante dans l’esprit des travailleurs.
L’alternative n’est pas non plus a rechercher auprès d’un FN qui surfe sur nos plus mauvais penchants, sur nos travers les plus mesquins, sur nos peurs les plus légitimes, et qui s’est récemment découvert une fibre Marxiste dans sa tumeur raciste.

Non, l’alternative est à construire, sur de nouvelles bases, et pour cela il faut que le peuple subisse un électrochoc dont il sera lui-même l’énergie. Nos esprits apathiques, nos corps alanguis, nos estomacs rassasiés, rien ne laisse présager un futur grand soir révolutionnaire, il faut donc composer avec l’esprit du temps.
Que comme un seul homme, le peuple se lève à chaque élection et qu’il mette dans l’urne non pas le bulletin blanc de l’indécision mais un bulletin rouge, vierge de toute inscription mais empreint de toute sa détermination. Il faut que ce rouge se répande comme une tâche de sang, qu’il dégouline sur les consciences des corrompus, des transfuges et des déserteurs, qu’il enhardisse le cœur des résignés, que l’éclat de sa multitude éclipse la piètre victoire de ceux qui se considèreraient malgré tout élus, qu’il leur ôte toute légitimité, qu’il dépasse les frontières et se dresse comme une vague de refus indigné et irrévocable signifiant l’arrêt de la partie de Monopoly mondialisé et l’exclusion des joueurs fautifs. Qu’enfin partout des assemblées constituantes réfléchissent à un nouvel humanisme non pas désincarné dans de grands principes conceptuels mais un humanisme réel, pratique, incarné dans la possibilité factuelle et équitable donnée à chacun de satisfaire ses besoins humains. La constitution qu’il faudra se donner pour y parvenir fondera alors ce nouveau vivre ensemble et son avènement fixera le but du nouveau peuple de gauche.

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