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Plaidoyer pour une tolérance intelligente et intelligible.

mardi 31 juillet 2012, par Sausausau

La tolérance est devenue, dans nos sociétés occidentales une valeur qu’il est de bon ton de partager et de défendre. Il ne viendrait à personne de revendiquer son intolérance - sauf peut-être à la codéine ou à l’arachide. Il nous faut donc respecter autrui dans toutes ses diversités, qu’elles soient, ethniques, religieuses, culturelles, politiques ou sexuelles. D’aucuns y verront la nécessaire pénitence, l’indispensable réparation de nos coupables agissements, envers toutes les minorités qui ont eu la malchance d’avoir à nous fréquenter, et qui ont eu à subir esclavages, génocides, tortures inquisitoires, colonialisme civilisateur ou ostracisme moqueur, sous le seul fondement de leur différence. Qu’importe, réjouissons-nous : un monde apaisé et plus favorable au doux commerce, qui on le sait depuis Montesquieu, est lui même propice à l’épanouissement de tous les hommes sur terre, tous sauf bien évidemment, ceux qui subissent l’enrichissement des autres - mais là n’est pas mon propos, revenons à la tolérance.
Elle est souhaitable car elle tempère les tensions et permet le vivre ensemble ; elle nous présente l’autre comme un semblable malgré ses différences et nous permet d’en mesurer toute la dignité et de l’accepter tel qu’il est ; elle permet à chacun d’interroger sa propre culture, ses propres convictions, et de pouvoir éventuellement les remettre en cause ; elle est un des fondements de la lutte contre le racisme, la xénophobie, l’homophobie, et contre toutes les discriminations en général, puisque toutes naissent d’une conviction : notre façon d’être, de penser ou de croire est meilleure que celle de notre prochain, qui avouons-le a quand même de drôles de moeurs. Imaginez donc la difficulté qui se pose à notre bonne volonté lorsqu’il faut remonter aux premiers hommes, pour admettre notre proximité et notre filiation avec nos cousins Africains ou Chinois. La tolérance n’est pas naturelle, il est donc important d’avoir toujours à cœur de l’enseigner. L’école remplit ce rôle, les medias y participent et les hommes politiques de gouvernement se joignent le plus souvent à ce concert de bonnes volontés et malgré quelques couacs polémistes, l’orchestre de la bien-pensance joue à l’unisson. Pourquoi donc cette douce musique sonne-t-elle parfois si mal à mon oreille d’homme de gauche, pourtant bercé par cette mélodie depuis mon premier badge « Touche pas à mon pote ! ». Après force introspection j’en suis arrivé à la conclusion suivante : la tolérance enseignée et pratiquée de nos jours est souvent emprunte d’un relativisme dont je ne partage pas du tout la thèse : rien n’est parfaitement connaissable, nos sens nous trompent bien souvent, aussi la vérité est différente à chacun et il est donc vain, inutile et déraisonnable de vouloir convaincre autrui de partager mes valeurs et mes convictions morales, éthiques ou politiques que rien ne fonde hormis ma propre certitude. La tolérance du relativiste c’est l’anti-racisme revendiqué par le bourgeois de Neuilly qui refuse pourtant la construction de HLM dans son quartier, afin de continuer à cultiver un entre soi rassurant. Bien à l’abri derrière son scepticisme, le relativiste refuse la confrontation des idées, se presse de suspendre son jugement et reste à l’abri des autres, derrière sa bonne conscience, épousant le consensus des opinions, alimenté par la pensée politiquement correcte des médias de masse. Derrière la tolérance affichée par la société moderne se cache une indifférence à l’autre qui engendre un repli des individus à l’intérieur d’un cercle de plus en plus restreint de relations choisies, et qui génère une multitude de micro sociétés qui se font et se défont au gré des fantaisies de ses membres. C’est ce décalage que je me propose de décortiquer plus avant, entre le but affiché par les tenants d’une tolérance toujours plus grande qui disent œuvrer au mieux vivre ensemble, à l’avènement d’une société apaisée et les résultats réels de cette politique dans notre société toujours plus éclatée, où le calme apparent dissimule mal les tensions de plus en plus vives qui la traverse.

Je ne voudrais pas être trop académique, pourtant je vais me référer au dictionnaire de l’Académie française que ces vieux érudits élaborent, pour vous proposer une définition de la tolérance : « Condescendance, indulgence, action de supporter ce qu’on ne peut empêcher ou qu’on croit ne pas devoir empêcher…s’emploie particulièrement en matière de religion et se dit de l’action de supporter des idées, des sentiments différents des nôtres. » Il s’agit donc d’une certaine façon de supporter la différence des autres, de ne pas la nier mais de l’endurer quitte à en souffrir. Cette notion de souffrance semble avoir été évacuée de la vision moderne de la tolérance en même temps que du Larousse 2008 qui n’y voit plus que le « …respect de la liberté d’autrui ». On ne souffre plus la différence on l’accepte tout simplement. Dans un détachement proche de l’indifférence, on se refuse à juger et souvent à voir cette différence qui pourtant fait sens chez celui qui l’arbore plus ou moins ostensiblement. L’Autre devient invisible dans ses particularités, ses différences ne nous gênent pas, ne nous heurtent pas car nous décidons de ne pas les voir, de les ignorer par notre refus de discuter du message dont elles sont souvent porteuses. Ainsi l’altruisme est évacué de la tolérance pour se transformer en indifférence à l’Autre, en individualisme tranquille où chacun vit sa vie sans se mêler de celle de son prochain. Très pusillanimement on s’accorde à expurger toute notion hiérarchique des différences culturelles et on érige en principe sacro saint le droit à la différence. La musique Techno joue dans la même cour que Beethoven et peu importe la cacophonie, L’Urinoir de Marcel Duchamp est exposé dans le même musée que les sculptures d’André Maillol puisque « tout est art », la poésie du Rapp entend combler le vide laissé par Eluard et Aragon, l’Athéisme de Michel Onfray ne doit pas heurter Tariq Ramadam et les femmes musulmanes doivent pouvoir librement dissimuler leur charmes à la lubricité toute naturelle des hommes. Tout se vaut, donc rien ne vaut. On se rend bien compte que ce qui sous tend cette tolérance c’est le relativisme. Une doctrine dont l’un des plus fervent adepte est Pyrrhon d’Elis, philosophe sceptique grec (360-275 Av. J.C.) qui bien avant Jean Gabin avait conclu que l’on ne sait rien et qu’il fallait donc se presser de ne pas conclure, l’épochè menant on le sait tous à l’ataraxie (ceux qui ne savent pas font comme moi, ils cherchent sur internet). Effectivement il est sage d’admettre que l’on est jamais vraiment sûr de rien ; que le doute doit accompagner toute méthode scientifique ; que les théories les mieux assises n’attendent que d’être supplantées par d’autres encore plus précises ; qu’en matière d’art tous les goûts sont dans la nature ou plutôt dans l’arrière boutique de ceux qui nous les vendent comme tel ; qu’à l’oreille des fidèles,le dernier prophète qui a parlé a toujours raison, que l’on prend chaque jour la mesure de la pensée de Pascal qui énonce que « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » ; et après ? Faut-il en conclure que la vérité est indécidable, ou pire qu’elle n’existe pas ? Faut-il craindre à ce point l’erreur qu’il faille ne plus agir, ne plus avoir de but qui puisse nous égarer ? Même si elle est souvent complexe, toujours incomplète, difficile à cerner la vérité existe. Nous la rencontrons tous les jours. Les modèles que nous concevons ne sont peut-être pas parfaits pour la décrire mais ils permettent entre autres, aux avions de décoller, aux téléphones de fonctionner, aux voitures de rouler, aux télévisions de vendre du temps de cerveau disponible, à Sarkozy d’être élu, une seule fois, président de la république .
Force est de constater qu’en ces domaines si nous n’avons pas atteint la vérité nous n’en sommes pas loin. C’est il est vrai, plus compliqué dans les domaines métaphysiques ou des sciences humaines.
Pourtant la vérité existe et le fait que nous nous trompions souvent vient conforter mon affirmation !
En effet, l’erreur étant le contraire de la vérité, en logique elle suffit à la définir à contrario. Est vrai, ce qui n’est pas faux et inversement, sauf pour ce qui est du domaine de l’indécidable. Par exemple Dieu existe est une proposition indécidable, elle n’est ni vraie ni fausse ; toutes les notions qui contiennent un jugement de valeur le sont aussi : le chocolat est meilleur que les sauterelles grillées est aussi une proposition indécidable si je ne la précède pas d’un « pour moi » qui en réduit la portée. Pour certaine cultures qui la trouve certainement plus raffinée, la lapidation n’est pas pire que la pendaison et là le bon sens nous alerte des limites d’une telle approche. Sous prétexte d’indécidabilité, il ne faudrait avoir, ni avis argumenté, ni même convictions profondes ou intimes et encore moins d’opinions, qui puisse blesser les minorités, sur leurs croyances, leurs mœurs ou leurs coutumes. Nous n’aurions pas le droit de préférer notre mode de vie au leur et devrions sagement subir la pression de ces mêmes minorités, qui, c’est naturel, ont tendance à imposer le leur pour justement ne plus être minoritaires. Est-il si inavouable de croire au bien fondé de ses convictions même quand elles sont raisonnées et raisonnables.
Non bien évidement les tenants de cette philosophie, ne sont pas jusqu’au-boutistes, ils ménagent bien volontiers des exceptions à leur relativisme. Ainsi, La Déclaration Universelles Des Droits de l’Homme et ses trente articles, en dresse une liste, que la plupart d’entre eux accepte comme telles et dont beaucoup se font les propagandistes convaincus et convaincants. Et sur quelle vérité fondent-ils ces exceptions puisque dans ce domaine ils n’en reconnaissent qu’une seule, c’est qu’il n’y en a pas ? Et bien sur un supposé universalisme moral naturel qui transcenderait les différences culturelles. Ils sont bien incapables par contre, de nous expliquer en vertu de quoi cela suffirait à établir la justification des règles morales qui en découlent. On le voit, leur règle s’écroule sur elle même confrontée au poids de ses approximations et des doutes de ceux qui l’ont édictée. Je l’ai déjà dit le doute éclaire mais seulement celui qui s’en sert comme d’une lampe à la recherche de la vérité, pas celui qu’il aveugle. Qu’elle est l’attitude la plus utile, le scepticisme de Pyrrhon qui s’interroge sur la réalité de l’arbre sur lequel il s’est cogné, ou la certitude d’Archimède qui prétend pouvoir soulever le monde pour peu qu’on lui fournisse levier et point d’appui ?
La pensée est assurément plus agile libérée du carcan de ses certitudes, de ses dogmatismes, elle peut s’interroger plus facilement, elle peut aussi se perdre faute de repères. Le cadre conceptuel des relativistes est paradoxalement un dogmatisme et il les emprisonne bien plus surement dans l’aporie que les certitudes de Karl Marx ne l’ont gêné dans la production de son œuvre. Le doute pratiqué par les relativistes, enkyste la pensée, l’empêche de se développer au delà des limites qu’ils laissent au consensus de l’opinion le soin de poser. Ils deviennent incapables de forger une opinion raisonnée, hors du cadre sclérosant du politiquement correct qu’ils fixent de façon péremptoire, aidés en cela par des médias de masse soucieux de ne choquer personne, audience oblige. On se réjouit du consensus mou qui règne dans les rédactions autour des questions de société, mais qui n’est qu’une autocensure visant à ne heurter personne. On laisse le soin à des éditorialistes de sauver les apparences de la libre expression en leur permettant d’émettre s’ils le souhaitent, un avis discordant, qui bien évidemment n’engage qu’eux même, mais beaucoup préfèrent remplir avec zèle, leur rôle de « nouveaux chiens de garde » (Cf : Serge Halimi) de la pensée unique, quelle soit économique, politique, ou sociale. A la télévision la controverse est confiée à des personnalités comme Ménart et Zémour, antithèses évidentes de la figure de l’intellectuel éclairé, faisant du débat d’idée un fond de commerce médiatique peu reluisant, qu’ils alimentent à coup de provocations dont le but ultime est de faire parler d’eux . La société n’ose plus s’interroger, elle se sonde. Elle cache sa faiblesse derrière des grands principes tels que la Liberté, l’Egalité, dont des minorités agissantes se saisissent pour imposer leurs points de vue. Le sondage d’opinion est érigé en nouveau sommet indépassable de la démocratie. Un exemple le mariage « gay ».
On nous dit 63 % des français sont pour. Quel progrès ! Dans les années 60 tout le monde était homophobe ou presque. A l’époque le terme n’existait même pas. On n’aimait pas les pédés et puis c’est tout ! Ils étaient la risée des chambrés de bidasses, le show bisness les ridiculisait, le code pénal condamnait leurs étreintes coupables et ils faisaient l’objet d’agressions aussi gratuites que violentes sans que grand monde ne s’en émeuve. Les mentalités ont évolué et il faut s’en féliciter mais comment est-on parvenu à ce résultat. L’opinion publique n’est pas une entité qui évolue de façon autonome et raisonnée, elle est fluctuante, changeante, sans convictions réelles, elle réagit graduellement à la persuasion de ceux qui convaincus de leur bon droit, agissent sans relâche pour la rallier à leur juste cause. L’inertie qu’ils doivent combattre est souvent importante. Par contre, une fois le point de bascule atteint, confortée par des ralliements qui en entraînent d’autres, dans un effet boule de neige, l’opinion publique fini par s’imposer comme un horizon intellectuel indépassable. Personne ne voulant avoir tort tout seul, tout le monde est prêt à déclarer au premier sondeur venu, que le rêve qu’il caresse pour l’avenir de son petit garçon est de le voir rencontrer un beau jeune homme travailleur, qu’ils se marient et qu’ils aient beaucoup de petit bébés, qu’une gentille mère porteuse, bien choisie et pas trop chère aura bien voulu enfanter pour eux. Je plaisante bien sûr, c’est mon côté réactionnaire de gauche qui prend le dessus. Mais il faut voir là le signe d’une exaspération que j’estime fondée. En effet j’ai beaucoup de mal à admettre que des personnes qui font de la tolérance la plus haute des qualités morales, discréditent la première opposition formulée sur le mariage gay en la frappant du sceau infamant de l’homophobie, sans y voir la moindre contradiction logique. C’est pourtant le lot quotidien de tous les hommes politiques qui doivent répondre aux interrogations des journalistes, tous gagnés à cette cause : soit vous êtes pour le mariage des homosexuels, soit vous êtes un homophobe, qui s’ignore peut-être, mais dont les électeurs devraient se méfier : qui sait si en grattant un peu vous ne seriez pas aussi raciste.
La tolérance induite par le relativisme et son improbable et contradictoire allié, l’universalisme naturaliste des droits de l’homme, tracent une frontière morale en dehors de laquelle la pensée et plus encore le discours, peuvent difficilement s’échapper.
Le politiquement correct qu’il détermine exerce de fait un diktat sur la libre expression. Il s’érige en censeur de la pensée, quand il aboutit aux lois mémorielles qui figent dans le marbre la vérité historique gouvernementale et qu’il s’ingère sans complexe dans celle des autres. Il s’érige en juge partial, quand il distribue les accessits de bien-pensance sans lesquels il devient difficile de s’exprimer publiquement. Il se coupe de toute logique lorsqu’il milite pour la pénalisation des clients, contre l’avis des prostituées et sous la pression des féministes qui expliquent que quand c’est non, c’est non ! Mais que lorsque c’est oui, c’est quand même non !
Certains s’en félicitent : il existe aujourd’hui des valeurs morales ou éthiques qui font consensus et à propos desquelles il est archaïque, inutile et même dangereux de débattre et cela constitue un progrès pour le vivre ensemble. D’autres le regrette, je suis de ceux là. Seul le débat d’idées argumenté, qui convoque la raison, peut donner un fondement clair à une affirmation, à une décision politique, à une règle éthique, autant de domaines ou malheureusement l’argument d’autorité du politiquement correct tend à s’imposer de plus en plus fréquemment, traçant ainsi une limite paradoxale à la tolérance relativiste. Les tenants de ce système exercent leur réflexion dans un schéma conceptuel assez peu logique. Ils disent n’être sûr de rien, à quelques valeurs près, qu’ils qualifient d’humanistes et dont ils ont du mal à expliquer le fondement, sans recourir à un raisonnement qui devient vite circulaire. Ils ne veulent donc surtout pas imposer leur point de vue, sauf sur les valeurs dont on vient de parler et pour lesquelles ils sont prêts à mener une guerre sans merci contre ceux qui entendent juste défendre leur point de vue et à qui ils réfutent ce droit au nom des même valeurs. Même Pyrrhon n’y reconnaitrait pas les siens. On pourrait en rire si cela ne devenait pas contre productif.
Le but poursuivit loin d’être atteint semble s’éloigner. La tolérance n’ayant pas de fondement plus fort que l’argument d’autorité, elle devient une façade. Les plus faibles se cachent derrière par peur des invectives de l’intelligentsia ou des représailles des plus forts. Les plus forts eux démolissent la façade, les fondations et entendent bien imposer leurs opinions, leurs mœurs et pourquoi pas leur religion.
Les tensions dans les quartiers s’exacerbent, les individus se renferment sur eux mêmes, les communautés expriment avant tout leurs différences, les relations extra-communautaires se raréfient et sont souvent ressenties comme contraintes, le sentiment de faire société se dissout dans un communautarisme vécu comme la seule alternative à l’incommunicabilité croissante. Evidement c’est faire porter un lourd fardeau au tolérantisme que de le désigner comme seul coupable de cet état de fait. Le contexte économique, la mondialisation imposée aux peuples, l’inégale répartition des richesses font naître des antagonismes peu propices à l’altruisme. Pourtant si la tolérance pratiquée était plus authentique, moins systématique, plus argumentée le même contexte produirait j’en suis certains des effets différents. Expliquer à un enfant qu’il faut aimer son prochain tel qu’il est, avec ses différences, parce que c’est Bien, ne peut suffire à en faire un adulte capable de comprendre qu’il doit continuer à aimer son prochain, parce qu’il est différent, même quand ce même prochain est responsable de l’insécurité qu’il vit au jour le jour dans son quartier. L’amalgame et le racisme qui en découlent ne seraient pas aussi systématiques si cet enfant devenu grand, n’avait pas l’impression que la société bien pensante organise à l’égard de ce prochain, une tolérance complice qui se refuse à affronter certaines réalités dérangeantes, notamment en matière de délinquance, sous le voile d’un contexte socio-économique défavorable. De tout temps et en tous lieux la pauvreté a nourrit la délinquance. De tous temps et en tous lieux, la pauvreté s’est nourrie des situations précaires et difficiles que vivent les immigrés dans leur pays d’ « accueil ». Par conséquent, de tous temps et en tous lieux les immigrés ont constitué et constitueront une population surreprésentée dans les statistiques de la délinquance - du moins aussi longtemps que durera l’inégalité économique et sociale - et certaines nationalités seront elles mêmes plus présentes que d’autres dans ces mêmes statistiques. Ne pas vouloir admettre cette évidence n’aide pas à combattre le racisme elle l’alimente. Car le racisme se nourrit de tous les mensonges, aussi bien de ceux de Le Pen qui les décrits comme responsables de tous nos maux que de ceux de Mélenchon qui veut n’y voir qu’une richesse pour la France. Il se nourrit de l’ignorance et pas de la vérité, sauf à prétendre qu’il est des vérités qui doivent rester cachées. Hugues Lagrange, sociologue du CNRS, auteur d’un ouvrage « Le Déni des cultures » qui questionne le déterminisme culturel de la délinquance, a du subir les foudres des tenants de la bien-pensance qui voit dans ce questionnement une curiosité quasi malsaine. Comment prétendre agir pour le mieux vivre ensemble si on ne répond pas aux problèmes de la population. La délinquance en est un, certains y sont confrontés plus que d’autres, et ce ne sont pas toujours ceux qui y sont le plus préparé intellectuellement. Il ne faut pas que l’élite nie leur souffrance, ni qu’elle la mésestime car d’autres, mal intentionnés, se chargeront d’en tirer profit. Pour résoudre un problème il faut avant toute chose qu’il soit bien posé et il ne faut soustraire à son analyse aucune vérité, même si elle dérange nos convictions les plus nobles, la solution est à ce prix.
Parler de la tolérance sans parler de la religion, reviendrait à parler d’une boule de billard en omettant sa forme et sa couleur.
La tolérance religieuse est première dans le sens où c’est dans le domaine religieux que cette notion est née et qu’elle a fini plus largement par s’imposer comme une qualité d’âme.
Elle est première aussi par ce que c’est dans ce domaine qu’elle exerce une hégémonie totale pour ne pas dire une dictature morale. Elle se vit comme une foi, s’énonce comme un Credo, s’impose presque elle-même comme une religion avec son lots d’interdits, de tabous : on ne critique pas le fait religieux ; on ne juge pas la foi d’un autre !
Ainsi tout ce qui est largement condamné par nos sociétés occidentales, le machisme, la misogynie, la phallocratie, la ségrégation sexuelle, ethnique, religieuse, la violence physique ou morale, l’abus de pouvoir, la superstition, l’abrutissement de masses, l’endoctrinement des jeunes enfants, le mensonge, l’enseignement de contre vérités avérées, le maintien des peuples dans l’ignorance, tout ceci se trouve dédouané de tout jugement moral et éthique s’ il peut s’affubler d’un fondement religieux.
L’homme n’est même plus la mesure de toute chose, c’est la volonté de Dieu qui s’impose comme telle, même au mécréant, et surtout à l’athée. Avant il importait de ne pas désespérer Billancourt, maintenant il est primordial de ne pas froisser les consciences religieuses, de ne pas contrecarrer les plans Divins aussi antagonistes soient-ils et d’admettre le caractère sacré des rites, même les plus tordus , auxquels s’adonnent ses ouailles de toutes confessions.
En prison !... le mari qui exaspéré gifle sa femme ; absous, ceux qui la fouette ou la lapide au nom d’Allah.
Raciste !... la famille qui s’oppose au mariage mixte de sa fille ; respectueuse de la tradition, celle qui ne fait que respecter les interdits de l’Imam ou du Rabin.
Honte !... sur tous ceux qui détiennent des images pédophiles ; silence complice d’une société bigote, sur la pédophilie active qui se pratiquait dans le secret de certains presbytères.
Levée de boucliers et poursuites pénales, contre ses sectes qui endoctrinent, manipulent, dépouillent, isolent et enferment nos enfants ; respect d’un choix librement consenti, pour ceux qui ont décidé de renoncer à leur liberté, à leur biens, à leur identité, afin de vivre pleinement leur foi dans un couvent ou un monastère, et impunité totale pour ceux qui les ont soumis dès leur naissance à un lavage de cerveau en bonne et due forme.
Archaïques les dogmatismes politiques, économiques ou laïques ; respectables le caractère sacré de tous les dogmes dès qu’ils émanent d’une autorité religieuse.

Un livre entier ne suffirait pas à lister les incohérences de ceux qui professent une tolérance toujours plus grande face à des exigences toujours plus affirmées du fait religieux dans notre société laïque. Les batailles que l’on a gagnées face à l’obscurantisme religieux et qui ont abouti à la sécularisation de notre société, deviennent chez les défenseurs d’une laïcité apaisée de mauvais souvenirs qui nourrissent des rancoeurs d’un autre temps, et qu’ils vaut mieux oublier pour cultiver un vivre ensemble tolérant. Les crucifix qu’il a fallut décrocher par la force des murs de certaines salles de classes - qui aujourd’hui illustre ce qu’il ne faut surtout pas faire - y rentrent à nouveau, non sans concéder une place de choix au croissant et à l’étoile, avec l’enseignement du fait religieux à l’école. Voici instauré un catéchisme œcuménique, qui ne dit pas son nom, prêché par des professeurs, évangélistes malgré eux, qui en enseignant aux élèves l’histoire des religions, en même temps que l’histoire ou la géographie, donne un verni de rationalité, à des croyances ineptes et d’un autre âge. Bien sûr qu’il est difficile de comprendre le monde en méconnaissant l’impact des religions sur les civilisations. Mais selon moi la seule pédagogie vraiment utile est celle qui conduirait les enfants à prendre conscience que les religions ont été et sont encore responsables de nombreuses guerres, de l’abrutissement des masses, de la soumission des peuples, de l’endoctrinement des plus faibles. Je veux bien d’un cours d’éducation à l’histoire des religions mais un cours critique, qui en démonte les rouages, qui en dénoncent les mensonges, les méfaits, les manipulations. Un cours qui renverse les mythes fondateurs, qui en souligne les inepties, les inexactitudes, les absurdités, les impossibilités. Un cours qui sache rendre à l’imaginaire ce qui n’aurait jamais dû en sortir et qui attribue clairement le nom de fable à toutes ces histoires de Dieux qui font le monde en 7 jours, qui choisissent un peuple élu, qui envoient leurs fils sur terre, fils qui est en fait le rejeton d’un esprit et d’une vierge, d’hommes qui vivent 900 ans, d’autre capables de fendre en deux, qui la mer, qui la lune, qui réunissent tous les animaux de la création dans un bateau juste avant un tsunami géant , qui ressuscitent les morts, qui montent au ciel après avoir été crucifiés, non sans avoir partagé un dernier repas avec leurs potes, d’autres encore qui voyagent sur des chevaux ailés jusqu’au paradis, qui sont porteurs de la parole divine dictée par le même ange Gabriel, qui annonça à Marie que son fils serait un peu bizarre. Voilà ce qu’il faudrait enseigner à propos des religions, mais évidemment cela pourrait blesser les croyants, heurter leur foi et constituerait donc une intolérance manifeste. Admettons ! L’école laïque n’a donc pas à s’immiscer dans les convictions religieuses des citoyens , mais dès lors qu’elle ne peut pas exercer l’approche critique qui doit fonder tout enseignement, elle doit donc s’interdire d’en parler et laisser ce soin aux prêtres des différentes confessions (j’allais dire de tous poils).
Vous l’aurez compris je dénonce cette tolérance molle, sans grandes convictions, qui est prête à renoncer à celles qui lui restent pourvu qu’elle ne transige pas avec elle même ; la tolérance du faible, pour qui elle est souvent une condition nécessaire à son intégrité physique ou mentale ; celle du relativiste à qui elle s’impose comme une conséquence indépassable de sa doctrine ; la tolérance du repenti qui porte, la culpabilité de ses pères se condamnant de générations en générations à en expier les erreurs ; la tolérance du fait religieux dès qu’il sort du fort intérieur ou les sociétés laïques doivent le cantonner sous peine de le voir devenir hégémonique. On n’oblige pas les hommes à vivre ensemble, dans un Babel improbable, sans projet commun, ou chacun cultiverait ses différences de race, de classe, de religions, de sexe, sans faire naître des frustrations, des animosités et à terme des conflits.
La vraie tolérance est celle du fort qui pourrait contraindre mais qui ne le fait qu’après mûres réflexions, seulement quand ses propres valeurs se trouvent en conflits avec celle des autres. Elle est celle du convaincu qui sans renoncer à ses certitudes, tout en les portant haut et fort, tout en cherchant à les faire partager admet que tout le monde ne soit pas sensible à ses arguments. Une tolérance qui soit en adéquation avec les attentes du peuple, qui émane de sa volonté réelle, de sa générosité, de son altruisme, de sa philanthropie qui ne soit pas commandée par le diktat de la bien-pensance et du politiquement correct. Une tolérance qui fixe clairement ses limites sans susciter de vaines attentes, de faux espoirs, et sans céder à l’obscurantisme ; une tolérance qui érige un vivre ensemble malgré nos différences, assise sur un ensemble de valeurs communes à tous qui soit une fondation solide et qui pour l’heure reste encore à creuser.

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